Le régime militaire a dissous en octobre 2025 la Commission électorale nationale indépendante, puis, en février dernier, les partis politiques, dont les activités étaient déjà suspendues.
Ibrahim Traoré à Moscou, en Russie, le 8 mai 2025. ( POOL / MIKHAIL METZEL )
"La démocratie c'est pas pour nous". Quatre ans après un putsch qui qui a signé la rupture avec l'ex-puissance coloniale française, le chef de la junte au pouvoir au Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré a sommé jeudi 2 avril ses compatriotes à "oublier" la démocratie, au cours d'un entretien avec la presse diffusé à la télévision nationale.
Le militaire est arrivé au pouvoir en septembre 2022 par un coup d'État, le deuxième en huit mois. La transition politique, devait s'achever en juillet 2024 par des élections. Mais la junte actuelle a adopté une charte qui lui permet de rester au pouvoir cinq ans de plus à compter de juillet 2024 , et autorise le capitaine Traoré à se présenter aux "élections présidentielle, législatives et municipales", prévues en principe au terme de ces cinq années.
Le régime militaire a dissous en octobre 2025 la Commission électorale nationale indépendante (Céni), puis, en février dernier, les partis politiques, dont les activités étaient déjà suspendues.
"On ne parle même pas d'élections d'abord (...) il faut que les gens oublient la question de la démocratie, la démocratie c’est pas pour nous", a déclaré le capitaine Ibrahim Traoré jeudi lors d'un entretien diffusé sur la radiotélévision du Burkina ( RTB , média d'État). "Nous ne sommes pas dans une démocratie" , avait-il déjà assumé l'année dernière.
Violences jihadistes
Ibrahim Traoré a été interviewé pendant plus de deux heures par des journalistes de médias burkinabè et étrangers, dont la télévision publique italienne Rai et la chaîne britannique privée Sky News -fait rare. Depuis son arrivée au pouvoir, le régime militaire hostile aux pays occidentaux et surtout à la France, a interdit ou suspendu la diffusion de nombreux médias internationaux et expulsé certains de leurs journalistes.
Jeudi, Ibrahim Traoré a également évoqué le cas de son prédécesseur, l'ex-lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba, arrivé au pouvoir par le putsch de janvier 2022. Ce dernier est accusé d'être le cerveau de plusieurs tentatives de putsch et est notamment poursuivi pour corruption. Il a récemment été extradé à Ouagadougou par le Togo, à la demande du Burkina. "Un juge l'a déjà vu (...) il est entre les mains de la justice" , a dit Ibrahim Traoré.
Le Burkina est miné depuis près de 10 ans par les violences de groupes jihadistes qui ont fait des milliers de morts.
L'armée burkinabè et ses supplétifs, les Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), sont accusés par des ONG de tuer eux des civils, ce qu'a nié Ibrahim Traoré jeudi, affirmant qu'"il n'y a pas de preuves". Le chef de la junte a également indiqué que la Russie, son allié, fournissait des équipements mais que "personne ne forme l'armée burkinabè", et "sur le terrain, ce sont les soldats burkinabè qui se battent".
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