La directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, à Bangkok le 13 octobre 2026. ( AFP / Lillian SUWANRUMPHA )
La cheffe du FMI a estimé mercredi qu'il "faudra du temps" à la France pour ramener sa dette et son déficit à des niveaux "inspirant confiance" aux marchés, appelant les économies avancées à restaurer "d'urgence" leur discipline budgétaire face aux chocs mondiaux.
"La France cherche actuellement à adopter un budget qui placerait son déficit et sa dette sur une trajectoire descendante", a reconnu la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva.
"Il faudra toutefois du temps pour les ramener à des niveaux susceptibles d'inspirer confiance, une entière confiance, tant à la population qu'aux investisseurs", a-t-elle averti lors d'une conférence de presse à Bangkok.
Le projet de budget 2027 discuté à l'Assemblée nationale a l'ambition de retrouver l'an prochain un déficit à 5% du PIB. Mais son adoption apparaît très incertaine, faute de majorité et à l'approche de l'élection présidentielle.
Or, sur le marché de la dette, la France pâtit particulièrement des interrogations sur sa stabilité économique et politique: son taux d'emprunt à 10 ans s'approche des 5%.
Le gouverneur de la Banque de France Emmanuel Moulin a appelé de son côté les parlementaires et l'exécutif français à "prendre leurs responsabilités" sur le budget.
"Il existe un certain nombre de dispositions dans la Constitution française permettant qu'un budget soit voté ou adopté même sans majorité au Parlement", a-t-il rappelé , dans une allusion apparente à l'article 49.3.
"Fissures"
Plus généralement, la cheffe du FMI a appelé les gouvernements des économies développées à restaurer "d'urgence" leur discipline budgétaire face à l'envolée des taux de leurs dettes sur le marché obligataire.
Le gouverneur de la Banque de France Emmanuel Moulin, à Paris le 15 septembre 2026. ( AFP / Ludovic MARIN )
Les rendements des bons du Trésor américain à 10 et 30 ans ont atteint des sommets depuis 2002, tout comme les taux français.
Et "ils resteront élevés plus longtemps, car il ne s'agit pas d'une hausse spéculative, elle repose sur une évolution des conditions sous-jacentes" durables, a noté Mme Georgieva.
"Trop de pays n'ont pas profité de la reprise post-pandémie pour reconstituer leurs marges de manoeuvre budgétaires, chaque nouveau choc a fait grimper davantage le niveau d'endettement", a-t-elle observé. "Cette fois-ci, les économies avancées sont les plus mauvais élèves".
"Il faut réparer d'urgence les fondations budgétaires avant que les fissures ne s'élargissent. Le moment est venu d'accroître les recettes, de rationaliser les dépenses, d'améliorer la gestion des finances publiques", a souligné la cheffe du FMI.
Pour elle, "il n'y a pas de recette miracle. Il faut s'engager dans la voie d'une réduction de la dette et du déficit (...) Mettez de l'ordre dans vos affaires, sinon, vos citoyens et entreprises en paieront le prix".
L'Europe "doit investir davantage"
Plusieurs facteurs interviennent dans l'accès de fièvre sur l'obligataire: inflation énergétique, remontée des taux directeurs des banques centrales, levées de dette des géants de l'IA qui concurrencent les émissions gouvernementales... Mais aussi l'inquiétude sur le sérieux budgétaire et l'endettement.
Si le problème est généralisé, les économies avancées ont particulièrement vu leurs ratios dette/PIB exploser depuis la crise financière de 2008, le Covid et les guerres en Ukraine et au Moyen-Orient, les gouvernements étant contraints d'accroître leurs dépenses pour amortir les chocs.
Et les économies en développement sont touchées par ricochet.
Certes, le FMI a relevé mardi sa prévision de croissance mondiale pour 2026 à 3,1% (+0,1 point).
L'économie "fait preuve de résilience face à des chocs répétitifs très fréquents et à l'incertitude. Mais cette résilience atteint ses limites: les marges de manoeuvre, tant énergétiques que budgétaires, s'amenuisent", a tempéré mercredi la patronne du FMI.
Déjà, sont plus durement touchés "les pays à faible revenu ainsi que les États fragiles et en situation de conflit, en particulier ceux qui importent de l'énergie ou demeurent à l'écart" du boom technologique lié à l'IA.
Le choc inflationniste des prix des hydrocarbures provoqué par le conflit au Moyen-Orient continue d'assombrir la conjoncture.
Et les récentes attaques contre l'Arabie saoudite pourraient avoir des répercussions sur les populations "partout" dans le monde, en poussant encore davantage les cours énergétiques, a averti Mme Georgieva.
La Chine, plombée par une consommation interne atone, "doit dépenser davantage; les États-Unis doivent davantage épargner et l'Europe doit davantage investir", a-t-elle résumé.

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