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Au procès en appel de l'assassinat de Samuel Paty, la vie accablée du père de famille Chnina
information fournie par AFP 28/01/2026 à 21:54

Une plaque commémorative à la mémoire de Samuel Paty, le 16 octobre 2023, près du collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines ( POOL / Bertrand GUAY )

Une plaque commémorative à la mémoire de Samuel Paty, le 16 octobre 2023, près du collège du Bois d'Aulne à Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines ( POOL / Bertrand GUAY )

Le père de famille à l'origine de la cabale sur les réseaux sociaux contre Samuel Paty, dont l'accusation estime qu'elle a conduit à son assassinat, a raconté mercredi à son procès en appel à Paris une vie bousculée, parfois émaillée de débordements.

Brahim Chnina a beau être né en 1972, il paraît au moins vingt ans de plus que son âge.

Dans le box des accusés, il raconte confusément: d'abord une "enfance heureuse" en Algérie, au Maroc, avant une arrivée en France à l'âge de 10 ans, la séparation de ses parents, le retour de sa mère au Maroc et puis, surtout, ce frère handicapé. "Il m'a appris beaucoup de choses. Je croyais que c'était moi qui l'aidait, en fait c'était lui qui m'aidait."

La cour d'assises d'appel spéciale de Paris, constituée uniquement de magistrats professionnels, s'attarde sur la personnalité de cet accusé qui semble abruti par trois grammes quotidiens de codéine, usé par un infarctus et du diabète.

Les faits qui lui sont reprochés doivent être examinés ultérieurement: en l'espèce, avoir massivement relayé sur les réseaux sociaux les accusations de discrimination envers les élèves musulmans portées par sa fille de 13 ans contre son professeur d'histoire-géographie, Samuel Paty.

Quelques jours plus tard, le 16 octobre 2020, l'enseignant était décapité aux abords de son collège de Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) par un islamiste tchétchène, Abdoullakh Anzorov, abattu par la police juste après son crime.

Au troisième jour de son procès en appel à Paris - il a été condamné à 13 ans de réclusion pour association de malfaiteurs terroriste en première instance -, Brahim Chnina revient donc sur son existence.

À la barre, une enquêtrice de personnalité a déjà décrit un homme "respectueux, patient, poli, sociable", "généreux", "timide" et "naïf", tel qu'en tout cas présenté par ses proches.

Il complète: "pas très autoritaire" avec ses six filles, attaché à leurs réussites scolaires. "Il y a eu des séparations" avec sa femme, dit-il aussi, parce que "souvent absent": "mes enfants me le reprochaient: je m'occupais plus des personnes handicapées qu'eux, mais je voulais transmettre cette envie d'aider les autres".

De son expérience d'aidant pour son frère, Brahim Chnina en a tiré une vocation professionnelle, dans le transport de malades, et surtout associative.

- "Tu n'es qu'une femme" -

L'accusé traîne également un passif, notamment une condamnation pour transport de stupéfiants et des épisodes addictifs.

À l'une des magistrates qui l'interroge sur cette "contradiction" entre "les valeurs" altruistes qu'il porte et ce que lui appelle des "bêtises", Brahim Chnina rappelle "le divorce de ses parents", "les moments difficiles".

Est-ce toujours la faute aux autres? "Non, c'est ma faute à moi, c'est toujours ma faute à moi", se lamente-t-il.

Mais l'accusé n'était-il pas devenu au fil du temps "de plus en plus pratiquant" voire "prosélyte", tel que l'interroge l'une des deux avocates générales? L'accusation croit en effet déceler dans son association caritative une dérive "communautaire", "très orientée musulmans et pèlerinages".

"Non, le but, ça n'était pas d'apprendre la religion", proteste Brahim Chnina dont la défense fait diffuser des photos de famille en vacances - brassières, maillots de bains, aucun signe religieux.

Tout de même, note l'accusation, le père de famille a été condamné pour avoir menacé une assistante sociale, sur fond d'une absconse histoire de colis alimentaire. Et, à une voisine à propos d'une place de parking, "Je vais te rouler dessus et je vais te sortir les boyaux", avait-il vitupéré.

Quel est donc le regard de Brahim Chnina sur l'égalité des sexes, lui qui a lancé à une contrôleuse SNCF "Tu n'es qu'une femme, juste bonne à reproduire"?

Tous ces écarts datent d'il y bientôt trente ans, note l'une de ses avocats, Me Louise Tort.

De simples "paroles de colère", a ajouté la sœur de Brahim Chnina, appelée à témoigner à la barre, immédiatement coupée par la présidente de la cour d'assises: les vidéos diffusées sur les réseaux sociaux dans les jours précédant le 16 octobre 2020, dans lesquelles son frère apparaît virulent, "ce sont des paroles de colère".

"Et la cour devra s'interroger si elles ont contribué à aboutir à la mort de Samuel Paty", a ajouté la magistrate.

1 commentaire

  • 23:24

    Et il espère de la pitié ce s.a.l.o.p.a.r.d ?


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