Le Porge, le 3 août 2026 ( AFP / Christophe ARCHAMBAULT )
"De la maison, il ne reste rien", lâche un habitant. "On a tout perdu", souffle une autre. Les sinistrés du Porge (Gironde) ont pu revenir lundi dans ce village fantôme, où le mégafeu a brûlé près de 200 habitations.
La route "de la désolation" qui traverse la commune, comme on l'appelle désormais, est bordée d'arbres calcinés et de bâtiments en cendres. Le bourg est désert, les volets clos, les commerces fermés.
En début d'après-midi, à l'heure autorisée, les véhicules affluent. Le maire serre la main aux arrivants. "Si vous avez besoin de quoi que ce soit, passez au centre d'accueil à l'école, on a tout ce qu'il faut", assure Martial Zaninetti.
Dans une voiture, une femme, le visage fermé, essuie des larmes silencieusement. Son mari ouvre la boîte aux lettres, remplie à ras bord, et qui a miraculeusement survécu au brasier.
Plus loin, Anna, son mari et ses deux enfants s'approchent de ce qu'il reste de leur maison, achetée il y a trois ans. Dans le jardin, le petit de quatre ans est accroché à la main de sa mère : "Regarde maman, là c'est le trampoline, là la piscine en plastique, là le hamac, là le potager..."
"C'était", rectifie sa mère de 36 ans. "On avait acheté un petit coin de paradis, avec un coin de forêt, et on a tout perdu."
"Néant"
Avec 183 maisons brûlées sur 240, Le Porge a payé le plus lourd tribut dans le département.
Le Porge, le 3 août 2026 ( AFP / Christophe ARCHAMBAULT )
"On va retrouver notre maison qui est entièrement brûlée. Je l'ai déjà vue mais pas ma compagne et le choc va être assez dur parce qu'entre les photos et la réalité, ce n'est pas la même chose", confie à l'AFP Yves Brugieregarde, retraité de 69 ans.
"De la maison, il ne reste vraiment rien. On ne sait même pas où étaient les meubles, tout a disparu. Toute une vie réduite à néant", ajoute-t-il.
La Croix-Rouge est là pour accueillir les revenants et un guichet France Services a été mis en place avec des représentants du conseil départemental, de l'administration fiscale et des services sociaux.
"Pendant plusieurs jours, on va mettre à la disposition un ensemble de compétences et de services pour répondre de manière personnalisée aux questions de chacun", explique sur place la préfète de Gironde, Sophie Brocas.
"C'est un grand traumatisme que les habitants ont vécu et il faut les accompagner, les écouter", insiste-t-elle sur fond de polémique. Dans le village, certains estiment avoir été abandonnés dans la lutte contre l'incendie quand il a menacé la presqu'île du Cap Ferret puis la métropole bordelaise, ce que les autorités démentent.
"Miracle"
Dans ce désastre, certains ont eu de la chance. "C'est un miracle, le feu s'est arrêté aux graviers", s'exclame Aurore Marino, 69 ans, devant son jardin. "Les oliviers et mes statues de Bouddha nous ont protégés."
Elle et son compagnon avaient vu une vidéo montrant leur clôture sur le point de s'enflammer : "On ne savait pas dans quel état on allait retrouver la maison." Une forte odeur se dégage de l'habitation, abandonnée en catastrophe il y a dix jours. "La première chose que je vais faire, c'est vider les poubelles et les congélateurs parce que ça pue."
Un autre habitant n'a perdu que la grange historique de sa famille, implantée ici depuis plus de deux siècles, alors que la maison de sa voisine a brûlé "bien comme il faut".
Mais "je ne vois plus mon avenir ici", souligne Grégory, 49 ans, qui n'a pas souhaité donner son nom. "Tous les quatre ans, il y a soit une tempête, soit un incendie. Ce n'est plus possible."

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