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Après Lyhanna, les femmes de gauche prennent la parole sur la responsabilité des hommes
information fournie par AFP 12/06/2026 à 12:18

La sénatrice écologiste Mélanie Vogel le 3 juin 2025 à Paris ( AFP / Thibaud MORITZ )

La sénatrice écologiste Mélanie Vogel le 3 juin 2025 à Paris ( AFP / Thibaud MORITZ )

"La violence est un problème d'hommes, nous avons un problème d'hommes". En lançant cette phrase au Sénat dans l'émotion de l'affaire Lyhanna, l'écologiste Mélanie Vogel s'est fait la porte-voix d'un discours tenu par des femmes, surtout à gauche, de prévention et d'éducation, face au réflexe sanctions et répression.

Aux deux tiers masculin, l'hémicycle s'est offusqué mais la sénatrice a poursuivi sur le même ton sa question au gouvernement mercredi: "Le viol est un problème d'hommes. Le meurtre est un problème d'hommes. La violence est un problème d'hommes. (...) Pas tous les hommes mais tous des hommes".

Depuis une semaine que la société française est secouée par la mort de cette collégienne de 11 ans, dans le Gers, dont le principal suspect, Jérôme Barella, n'a jamais été arrêté ni convoqué malgré plusieurs plaintes et signalements pour des violences sexuelles sur mineures, des femmes de gauche répètent "la réalité des chiffres": selon l'Insee, 97% des infractions à caractère sexuel recensées en France sont perpétrées par des hommes.

La députée socialiste Céline Thiébault-Martinez (C) s'exprime à l'Assemblée nationale le 28 mai 2025 à Paris ( AFP / Thibaud MORITZ )

La députée socialiste Céline Thiébault-Martinez (C) s'exprime à l'Assemblée nationale le 28 mai 2025 à Paris ( AFP / Thibaud MORITZ )

"C'est un sujet que la société a beaucoup de mal à aborder", a reconnu jeudi sur France 2 Céline Thiébault-Martinez, députée socialiste qui a travaillé pendant un an sur une proposition de loi globale et transpartisane contre les violences sexistes et sexuelles, dite "loi intégrale". Et elle a évoqué "la manière dont nous éduquons les hommes".

"Systémique"

Une position partagée par la cheffe des députés Insoumis Mathilde Panot pour qui ces violences contre les femmes et les enfants sont le "résultat de la domination patriarcale systémique". "Personne ne vous parle jamais de comment est-ce qu'on évite ces violences", a-t-elle protesté sur BFMTV mercredi.

La présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale, Mathilde Panot, le 7 avril 2026 à l'Assemblée nationale à Paris ( AFP / JULIEN DE ROSA )

La présidente du groupe LFI à l'Assemblée nationale, Mathilde Panot, le 7 avril 2026 à l'Assemblée nationale à Paris ( AFP / JULIEN DE ROSA )

Constatant "un continuum sur le fait que notre société ne traite pas bien les enfants, ne traite pas bien les femmes", la responsable écologiste Marine Tondelier a, sur le même plateau, dénoncé "un contexte patriarcal".

Toutes deux évoquent l'impératif de mieux éduquer les enfants contre ces violences, en enseignant l'intégrité du corps et le consentement dès la maternelle.

Elles critiquent les baisses de subventions aux associations comme le Planning familial et privilégient l'accompagnement psychologique des auteurs d'actes pédophiles, plutôt que la seule répression mise en avant à droite de l'échiquier politique.

Dans leur bouche, revient le terme "systémique" pour décrire un construit culturel et historique qui irrigue toutes les couches et tous les âges de la société.

Cette situation a été dénoncée dans les nombreux rassemblements populaires cette semaine, où l'on trouvait très majoritairement... des femmes.

"Où étiez-vous, les hommes?", interrogeait d'ailleurs jeudi le journal Libération dans un éditorial.

"Privilèges"

Comme en contrepoint, des responsables de droite, des hommes pour la plupart, ont égrené les mesures selon eux indispensables - législatives ou réglementaires - à prendre pour sanctionner les auteurs de violences sexuelles et les éloigner de leurs victimes potentielles.

Le patron de LR et candidat à la présidentielle Bruno Retailleau pose le 29 avril 2026 à Paris ( AFP / Joel Saget )

Le patron de LR et candidat à la présidentielle Bruno Retailleau pose le 29 avril 2026 à Paris ( AFP / Joel Saget )

Sébastien Lecornu a annoncé un allongement des peines de prison ou l'obligation pour les juges de motiver un classement sans suite dans les affaires concernant les mineurs.

Le candidat à la présidentielle et patron de LR, Bruno Retailleau, est allé plus loin, réclamant la "castration chimique obligatoire" pour éviter la récidive.

Tous pointent la "responsabilité individuelle" des magistrats qui ont tardé à traiter le cas de Jérôme Barella et l'urgence d'alourdir l'arsenal répressif.

"Cette logique de déresponsabilisation qui vient souvent d'idéologues de gauche, qui expliquent que c'est +le patriarcat+, le terme +systémique+ qu'on entend partout, comme si la société française, la civilisation française tolérait ces violences", a balayé le député RN, proche de Marine Le Pen, Jean-Philippe Tanguy.

Pour la sénatrice socialiste Laurence Rossignol, cette divergence a des explications historiques et culturelles.

La sénatrice socialiste Laurence Rossignol (G) participe le 29 mai 2024 à Paris à une manifestation contre les violences sexistes et sexuelles dans le secteur de la santé, au côté de l'Insoumise Sophia Chikirou ( AFP / Geoffroy VAN DER HASSELT )

La sénatrice socialiste Laurence Rossignol (G) participe le 29 mai 2024 à Paris à une manifestation contre les violences sexistes et sexuelles dans le secteur de la santé, au côté de l'Insoumise Sophia Chikirou ( AFP / Geoffroy VAN DER HASSELT )

"Les racines de l'expertise des femmes de gauche aujourd'hui et de leur réactivité sur ce sujet viennent de ce lien historique avec les associations féministes, dans la contestation de l'ordre établi", assure-t-elle à l'AFP.

D'autant plus que la majorité des faits de violence sexuelles interviennent dans un contexte familial. Or "à droite, la famille est une institution magnifiée", rappelle l'ancienne ministre, pour qui "on n'entend pas une personnalité de droite parler du patriarcat".

Pointer des responsabilités individuelles permet de ne "pas interroger ce qui est systémique", analyse-t-elle, et de protéger "les privilèges dont bénéficient les hommes depuis tout petit".

Pour autant, sourit cette militante féministe, chez les hommes de gauche et les femmes de droite, "ça évolue quand même!"

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