L'ancien chef du service allemand du renseignement extérieur (BND), August Hanning, a été arrêté mardi pour des soupçons de tentative de trahison, une affaire qui constitue l'un des plus importants scandales ayant éclaboussé les services des renseignements allemands depuis la guerre froide.
August Hanning est accusé par le parquet d'avoir payé pour se procurer des documents secrets après avoir quitté ses fonctions et d'avoir utilisé ces documents pour effectuer une analyse au bénéfice d'un service étranger du renseignement.
Les procureurs n'ont pas précisé dans l'immédiat de quel service étranger il s'agissait ni si l'analyse en question a effectivement été transmise à son destinataire voulu.
Jamais, auparavant, un ex-chef du service du renseignement extérieur n'avait été arrêté en Allemagne, dont les relations en matière de renseignements avec des pays alliés pourraient pâtir de cette affaire, a déclaré un élu sécuritaire de haut rang.
Dans un communiqué, le parquet a déclaré qu'August Hanning était "fortement suspecté d'espionnage perfide, d'avoir obtenu des secrets d'Etat, de tentative de trahison et d'espionnage".
Aucun commentaire n'a été obtenu auprès d'August Hanning. La chancellerie a décliné une demande de commentaire.
Selon les procureurs, August Hanning était convenu avec le responsable de bureau du BND, cinq ans après son départ du service, dont il a occupé la présidence pendant sept ans jusqu'en 2005, de recevoir des renseignements confidentiels en échange de paiements.
Ce responsable de bureau, identifié comme étant Manfred D., dans le respect des règles de confidentialité en Allemagne, a également été arrêté mardi.
Les deux hommes devaient comparaître devant un juge de la Cour fédérale de justice.
L'AFFAIRE NE CONCERNE PAS LA RUSSIE
Manfred D. a été responsable de bureau du BND pour plusieurs présidents successifs du service, jusqu'en mars dernier, ce qui lui a potentiellement permis d'accéder à certains renseignements toujours d'actualité au moment où, d'après les procureurs, des documents ont été "siphonnés" du BND.
Quelque 2.000 documents auraient été fournis par Manfred D. au fil des années, ont dit les procureurs, ajoutant que parmi ces documents figuraient des éléments classifiés destinés uniquement à un usage interne au BND et à des compte-rendus auprès de représentants de haut rang à la chancellerie.
Selon le journal Sueddeutsche Zeitung, les documents en question concernent le programme nucléaire iranien et l'armée russe, de même que des documents classés secrets transmis par des services de renseignement alliés à propos d'autres pays.
Les procureurs accusent August Hanning d'avoir utilisé des informations classifiées transmises par Manfred D. pour préparer une analyse destinée à un officier d'un service étranger du renseignement et d'avoir pendant des années partagé des informations politiques avec un représentant de ce service.
Cette affaire ne concerne pas la Russie, selon une information obtenue par le Sueddeutsche Zeitung.
L'actuel président du BND a déclaré que le service a lancé une enquête interne approfondie dès que les premiers soupçons sont apparus. "Il ne peut y avoir aucun compromis sur la sécurité interne", a ajouté Martin Jäger.
(Friederike Heine, Andreas Rinke et Holger Hansen; version française Jean Terzian, édité par Benoit Van Overstraeten)

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