Incendies de forêt dans le sud-ouest de la France
Un retour à la normale s'est amorcé jeudi sur le front des incendies en France, notamment en Gironde où 84.000 personnes ont été autorisées à regagner leur domicile dans neuf communes, mais le risque de feux "reste extrêmement important" en raison de la sécheresse, ont déclaré les autorités.
"Aujourd'hui 30 juillet, c'est la première journée un peu optimiste parce qu'on a l'impression qu'on est en train de revenir sur le chemin d'une vie normale et que les choses commencent à s'améliorer nettement", a dit Sophie Brocas, préfète de Nouvelle-Aquitaine et de Gironde, au cours d'une conférence de presse après plus d'une semaine de lutte contre les flammes.
En Gironde, où le mégafeu historique qui s'est déclaré le 22 juillet à Saumos restait "stabilisé" après une nuit "très calme", la préfète a autorisé le retour immédiat des habitants dans neuf localités au sud de Bordeaux : Mios, Le Barp, Cestas, Saint-Jean d'Illac, Martignas-sur-Jalles, Saint-Médard-en-Jalles, Saint-Aubin du Médoc, Salaunes et Sainte-Hélène.
Au total, 144.000 personnes "ont pu revenir chez elles", si on ajoute les habitants déjà autorisés à retrouver leur maison mardi à Eysines, Mérignac et au Haillan, sur les quelque 220.000 résidents et touristes évacués depuis le 22 juillet, a dit Sophie Brocas.
Autres signes d'accalmie, l'autoroute A63 a été rouverte dans les deux sens et la SNCF espère pouvoir rouvrir la ligne de chemin de fer vers Hendaye d'ici la fin du weekend, a-t-elle ajouté.
"Par principe de précaution", la préfète a toutefois invité les personnes autorisées à rentrer chez elles à rester attentives à tout nouveau message d'évacuation.
De fait, "la situation est toujours compliquée" en France, pour reprendre les termes du ministre de l'Intérieur, qui signale jeudi 14.131 feux depuis le début de la saison, soit 117.000 hectares brûlés.
Pour la seule journée de mercredi, 26 départs de feu ont été recensés sur le territoire et "traités", avec pour singularité que le phénomène affecte des zones communément épargnées, dans le Nord-Est et l'Ouest, a dit Laurent Nuñez lors d'un point de presse à Paris.
"Le risque reste extrêmement important puisqu'on est dans une situation de sécheresse forte avec une végétation abondante", malgré "une amélioration météo assez légère avec une remontée de l'humidité, un peu de moins de vent", a-t-il souligné.
Si un optimisme prudent est de mise dans le Sud-Ouest, la situation reste tendue dans le Sud-Est, la vallée du Rhône et le Nord-Est et l'Ouest.
275 INTERPELLATIONS
Trois feux d'importance étaient en cours ou en passe d'être stabilisés jeudi : à Corte, en Haute-Corse où mille hectares ont été brûlés; à Thuès-Entre-Valls dans les Pyrénées-Orientales (70 hectares brûlés); et à Couchey en Côte-d'Or (125 hectares).
Les feux sont désormais fixés à Brignoles et Pontevès (Var), à Rion-des-Landes et Biscarrosse (Landes), dans les Vosges et à Fontainebleau (Seine-et-Marne), où sont survenus trois départs de feu mercredi, a déclaré le ministre.
Des pompiers de Nouvelle-Calédonie, La Réunion, Mayotte et de Polynésie, notamment, étaient attendus en renfort, et les autorités françaises poursuivaient les consultations pour renforcer les équipes et moyens européens déjà à l'oeuvre.
Laurent Nuñez a indiqué que le président Emmanuel Macron aurait ce jeudi plusieurs contacts à ce sujet avec des homologues européens et qu'il avait accepté l'aide de l'Ukraine proposée la veille par Volodimir Zelensky. Le ministre français de l'Intérieur a par la suite précisé sur X que l'Ukraine fournirait "dans les jours à venir 70 personnels de la sécurité civile et 10 véhicules".
Les efforts se concentrent toujours sur la Gironde, où 42.000 hectares ont été détruits, avec 3.300 sapeurs-pompiers, 1.500 gendarmes, 1.250 policiers et 24 moyens aériens mobilisés.
Priorité est donnée au traitement de la lisière de l'incendie, longue de 240 kilomètres, avec des feux tactiques, des coupes préventives et autres travaux de génie.
Cette stratégie va être poursuivie dans la nuit de jeudi à vendredi puis dans la matinée, a dit Sophie Brocas, selon laquelle il n'existe plus que "deux points actifs", au sud de Lacanau et la presqu'île du Cap-Ferret.
"Les conditions météorologiques sont plutôt favorables", a souligné à ses côtés Marc Vermeulen, directeur départemental et chef de corps du Service d'incendie et de secours de Gironde (Sdis 33), en remarquant qu'il n'y a pas eu jeudi de "départ de feu significatif en dehors de l'enveloppe du feu de Saumos".
Pour le maire de Lège-Cap-Ferret, la prudence doit cependant primer.
"Nous espérons que le feu ne pourra pas migrer vers le Sud. (...) Nous avons vu que ce feu était totalement erratique, je crois qu'il faut savoir raison garder", a dit Philippe de Gonneville sur BFMTV.
"Je veux être extrêmement prudent et ne pas appeler mes populations à revenir sur la presqu'île", a-t-il insisté.
L'origine des derniers feux en date reste à établir en certains points, mais le ministre de l'Intérieur a mis en avant un taux alarmant de sinistres d'origine criminelle. Dans 70% des cas, a-t-il affirmé, les feux ont été provoqués intentionnellement par la main de l'homme.
La police et la gendarmerie ont procédé à 275 interpellations à ce jour, qui ont conduit à 31 détentions - après condamnation ou détentions provisoires dans l'attente d'un jugement.
(Rédigé par Sophie Louet, avec Yves Herman et Janis Laizans en Gironde, édité par Jean-Stéphane Brosse)

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