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À Lyon, des funérailles personnalisées pour les sans-famille
information fournie par AFP 28/05/2026 à 09:10

Les funérailles d'une personne décédée seule, en présence des membres du collectif "Morts sans Toi(t)" au cimetière de la Guillotière à Lyon, le 11 mai 2026 dans le Rhône ( AFP / Jeff PACHOUD )

Les funérailles d'une personne décédée seule, en présence des membres du collectif "Morts sans Toi(t)" au cimetière de la Guillotière à Lyon, le 11 mai 2026 dans le Rhône ( AFP / Jeff PACHOUD )

Severino Portos Sande est mort cet hiver à 87 ans dans son appartement où il vivait seul depuis longtemps. C'était un homme discret, matinal, et un fumeur invétéré, ont dépeint des bénévoles l'ayant inhumé en petit comité à Lyon, sans jamais l'avoir connu.

Un après-midi de mai sous les platanes en feuilles, Geneviève, Mina, Nicole, Pascal et Arielle accueillent le corbillard qui vient de passer la grille du cimetière de la Guillotière.

"On n'en loupe aucun", se félicite Geneviève, 75 ans, qui a cocréé le collectif des Morts sans toi(t) en 2003 lorsqu'elle était adjointe au funéraire à la ville de Lyon, et s'y investit au quotidien depuis son départ à la retraite.

Fort d'une centaine de membres, le collectif accompagne jusqu'à leur mise en terre ceux qui sont décédés dans la solitude, sans famille ni proches retrouvés, parfois à la rue.

Des membres du collectif "Morts sans Toi(t)" se recueillent devant le cercueil d'une personne décédée seule au cimetière de La Guillotière, le 11 mai 2026 à Lyon,dans le Rhône  ( AFP / Jeff PACHOUD )

Des membres du collectif "Morts sans Toi(t)" se recueillent devant le cercueil d'une personne décédée seule au cimetière de La Guillotière, le 11 mai 2026 à Lyon,dans le Rhône ( AFP / Jeff PACHOUD )

"L'essentiel, c'est qu'ils ne partent pas tous seuls", confie Geneviève de sa voix rauque. "Partir seul, ce n'est pas digne. Vous savez, même les animaux ont droit à des rituels funéraires."

Ni une, ni deux, Mina Hajri, 53 ans dont 18 de bénévolat, claque la bise à l'un des agents du service municipal des pompes funèbres. Le collectif suit entre 50 et 100 enterrements ou crémations par an. Alors à force, on se connait.

Avant l'inhumation dans le terrain général couvert de coquelicots, où reposent les indigents, les autres sans-famille ou ceux qui en ont simplement fait le choix, les bénévoles se placent autour du cercueil en pin.

Celui-ci est payé par la Ville, tout comme la gerbe de fleurs qui sera déposée sur la tombe, la concession et autres frais d'obsèques.

- Tabac du coin -

Geneviève a prévu la musique "adéquate". Depuis son téléphone, elle lance le célèbre titre espagnol "¿Porqué te vas?". Un clin d'oeil à la terre d'origine du défunt, M. Severino Portos Sande.

Mina puis Nicole, 70 ans, récitent ensuite un discours, un poème, qu'elles ont écrits en son hommage.

Le cercueil d'une personne décédée seule,  lors de ses funérailles en présence de membres du collectif "Morts sans Toi(t)" au cimetière de la Guillotière, le 11 mai 2026 à Lyon, dans le Rhône ( AFP / Jeff PACHOUD )

Le cercueil d'une personne décédée seule, lors de ses funérailles en présence de membres du collectif "Morts sans Toi(t)" au cimetière de la Guillotière, le 11 mai 2026 à Lyon, dans le Rhône ( AFP / Jeff PACHOUD )

Employée aux ressources humaines de métier, Mina se charge toujours d'investiguer sur la personne décédée. Elle récolte des informations pour personnaliser et humaniser les funérailles.

Pour ce monsieur, l'enquête de voisinage a porté ses fruits. Mina évoque un homme discret, profondément sourd, qui jusqu'à sa mort se rendait tous les matins au tabac du coin pour acheter des cigarettes.

Parfois, elle finit par dénicher de la famille. Récemment, un Guinéen a ainsi pu être enterré à Lyon, en visio avec des proches restés au pays. Des rapatriements peuvent aussi être organisés, mais cela a un coût.

Si nécessaire, elle s'occupe également de fournir des vêtements au mort. "Comme ça, personne ne part dans un sac plastique", dit-elle.

- Sans solde -

Il y a des monsieur et madame Tout-le-monde, des SDF dont les camarades de rue viennent trinquer près de la tombe. Un jeune migrant qui s'est jeté dans la Saône, un bébé abandonné.

Des membres du collectif "Morts sans Toi(t)" se recueillent devant la tombe d'une personne décédée seule au cimetière de La Guillotière, le 11 mai 2026 à Lyon,dans le Rhône  ( AFP / Jeff PACHOUD )

Des membres du collectif "Morts sans Toi(t)" se recueillent devant la tombe d'une personne décédée seule au cimetière de La Guillotière, le 11 mai 2026 à Lyon,dans le Rhône ( AFP / Jeff PACHOUD )

Sur les sépultures, certains ont leurs noms gravés sur une plaque en métal: José Nganzi, Paulette Barange, Bernard Berthomé... D'autres non. "Souvent, ceux retrouvés dans l'eau sont tellement décomposés que c'est impossible de les identifier", explique Mina.

Si les retraités ont du temps à donner, Arielle Delmas, communicante de 59 ans et bénévole des Morts sans toi(t) depuis peu, profite de ses vacances pour assister à la cérémonie laïque du jour.

Pascal Merlin, 64 ans, qui travaille dans les marchés publics, a posé une demi-journée de RTT. "Parce que c'est noble", estime ce fervent catholique dans sa veste en velours côtelé.

"Les années où c'est l'hécatombe, ça finit en congés sans solde", ajoute Mina.

Des membres du collectif "Morts sans Toi(t)" se recueillent devant la tombe d'une personne décédée seule au cimetière de La Guillotière, le 11 mai 2026 à Lyon,dans le Rhône  ( AFP / Jeff PACHOUD )

Des membres du collectif "Morts sans Toi(t)" se recueillent devant la tombe d'une personne décédée seule au cimetière de La Guillotière, le 11 mai 2026 à Lyon,dans le Rhône ( AFP / Jeff PACHOUD )

Quelques collectifs similaires existent ailleurs en France, comme les Marseillais solidaires des morts anonymes, dans la cité phocéenne.

À Lyon, sous les yeux des chats qui veillent sur le cimetière, le cercueil est lentement descendu dans le caveau.

Geneviève s'incline, lance une poignée de terre en contrebas. Nicole, un pissenlit. Discrètement, Pascal esquisse un signe de croix, murmure une prière.

Mina rassure le défunt, lui dit qu'il s'apprête à retrouver ceux qu'il a aimés. "Bon voyage Severino, ils t'attendent sûrement pour l'apéro."

1 commentaire

  • 09:55

    Un geste magnifique de solidarité humaine. Bravo à tous ces bénévoles.


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