par Yurii Kovalenko
Après plus de quatre ans de guerre, les menaces russes de bombardements intensifs sur Kyiv n'impressionnent guère les habitants de la capitale de l'Ukraine.
Evoquant des représailles après une attaque de drone ukrainien vendredi contre un internat de la région de Louhansk, occupée par la Russie dans l'est de l'Ukraine, Moscou a deversé missile et drones contre Kyiv dans la nuit de samedi à dimanche, faisant trois morts, plus de 90 blessés et des dégâts sur environ 300 sites dans la capitale ukrainienne, selon les autorités locales.
Les autorités russes ont ensuite menacé lundi de lancer des "frappes systématiques" contre des cibles à Kyiv, tout en conseillant aux étrangers et diplomates de partir.
L'armée ukrainienne a dit avoir bombardé une unité de drones russe vendredi.
Pour les habitants de Kyiv interrogés par Reuters, ces nouvelles menaces russes ne valent pas plus qu'un haussement d'épaule.
"Je pense que ces menaces relèvent de la manipulation: davantage destinées à semer la panique parmi la population", dit Oleksandr Korj, âgé de 43 ans. "Je vais rester en Ukraine. Et je vais rester à Kyiv."
Le 14 mai déjà, un bombardement russe a tué 24 civils à Kyiv.
"Honnêtement, notre peuple est las de tout cela, et je suis aussi lasse de cette guerre", dit Viktoriia Paramonova, âgée de 21 ans, serveuse dans un bar touché par les bombardements de dimanche.
Mykola Bielieskov, de l'Institut national ukrainien pour les études stratégiques, doute que la Russie soit en capacité d'augmenter la fréquence et l'ampleur de ses bombardements aériens.
"Pour des attaques combinées de l'ampleur des 13-14 et 23-24 mai, ils ont besoin d'accumuler des missiles car ils ne disposent d'aucune réserve en termes de capacité, de personnel et d'argent en Russie pour produire beaucoup plus que le rythme de production des missiles atteint en 2024-2025", dit-il.
Les menaces russes relèvent de la "fanfaronnade" destinée à détourner le regard des échecs subis par ailleurs, insiste ce chercheur.
Pour les habitants de Kyiv, au-delà de la lassitude domine l'habitude.
"Nous les prenons au sérieux", dit Kateryna Kozechenko au sujet des menaces russes. "Parce qu'ils n'arrêtent pas de nous bombarder. Ils nous ont bombardés pendant tout l'hiver et ils continuent de nous bombarder maintenant."
"Il n'y a rien de nouveau, c'est comme d'habitude, nous sommes prêts. Nous allons toujours dans les abris", ajoute-t-elle.
(rédigé par Anna Pruchnicka à Gdansk, version française Bertrand Boucey, édité par Benoit Van Overstraeten)

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