|
Le plan Paulson, objet de toutes les tractations au Congrès en pleine campagne présidentielle, peut-il échouer ? Les marchés ne semblent qu’à moitié rassurés. A quoi faut-il s’attendre selon vous?
Marc Touati : Malheureusement, tout est possible ! L’extrême volatilité à laquelle nous assistons sur les marchés doit nous inciter à la prudence. Nous ne devons pas nous imaginer que le système est sauvé mais il est difficile de penser que les Démocrates feront échouer ce plan étant donné l'importance de l'enjeu. Le montant de 700 milliards de dollars est indicatif mais répétons que cette somme, qui représente 4,8% du PIB américain, ne sera pas entièrement perdue. La réponse des autorités était de toute manière adaptée à la gravité de la crise, la plus grave depuis 1929. A la différence près qu’en 1929, les autorités américaines n’ont pas réagi et laissé l’économie plonger dans le marasme.
Vous prétendez que la crise des subprimes résulterait d’un trop-plein de réglementation. N’est-elle pas au contraire la conséquence de l’irresponsabilité d’institutions financières non suffisamment réglementées et qui ont vendu à leurs clients des produits « dynamiques » hautement « toxiques » ?
M.T : Les activités bancaires sont soumis à des ratios de solvabilité internationaux assez stricts. Cette réglementation a incité les banques à pratiquer le hors-bilan et à fabriquer des produits de plus en plus sophistiqués pour masquer la prise de risque. Des titres subprimes ont été mélangés dans des produits monétaires sûrs, notés AAA par les agences de notation, ce qui était extrêmement dangereux. Or, la réglementation valorise la dette en fonction de la notation.
Les agences de notation figurent donc, selon vous, au premier plan sur la liste des coupables recherchés par Nicolas Sarkozy ?
M.T : Il faut arrêter de chercher des coupables ! C’est une crise de système, nous sommes tous coupables ! Si l’on décide d’augmenter la réglementation, cela n’arrangera pas les choses. Les marchés sont ainsi faits qu’en créant des barrières, ils essaient toujours de les contourner.
Tout de même, Marc Touati, ne pensez-vous qu’il faille réglementer d’un peu plus près le fonctionnement des hedge funds et autres fonds spéculatifs ?
M.T : On peut effectivement appliquer une réglementation un peu plus strict sur les hedge funds mais leur existence n’est pas un problème en soi. Le problème survient quand il n’y a que les hedge funds qui font le marché !
Selon vous, la récession a été évitée outre-Atlantique. Les Etats-Unis s’en sortiront-ils mieux que prévu ?
M.T : A chacune des périodes de récession précédentes, certains voyaient l’économie américaine s’effondrer, ce qui ne s'est jamais vérifié. Pourquoi ? Parce qu’il y a de la réactivité de la part des autorités. La baisse des taux d’intérêt, le soutien budgétaire à l’activité, le dollar faible vont soutenir la croissance et permettre d’éviter le pire. Il faut enfin mentionner la révolution technologique en cours autour des économies d’énergie et les efforts d’investissement entrepris outre-Atlantique que l’on ne retrouve pas chez nous. Il n’y aura pas de croissance forte, certes, mais la dynamique permettra d'enregistrer une croissance américaine aux alentours de 2% cette année et en 2009.
L'Europe s’enfonce de son côté dans le marasme. Doit-on craindre une récession ? Quelles sont vos prévisions de croissance pour 2008 et 2009 ?
M.T : En 2007, la zone euro avait enregistré un taux de croissance de 2,6%. Elle devrait ressortir à +1,2% en 2008 et à +1,1% l’année prochaine. La France figure parmi les plus mauvaises élèves : +1,1% cette année, +1,0% en 2009. Seule l’Italie fait pire que nous avec +0,7% en 2008 et +1% en 2009. L’an prochain, nous allons assister à une égalisation par le bas de la croissance des différents Etats de la zone euro. Notons la chute brutale de l’économie espagnole, tombée de +3,8% en 2007 à +1,5% probablement cette année et +1,0% en 2009. C’est la conséquence d’une économie concentrée exagérément sur la construction qui représente 20% du PIB.
Pourquoi êtes-vous si dur envers la BCE et son président dans sa lutte contre l’inflation ? Jean-Claude Trichet ne fait-il pas que remplir le mandat pour lequel il a été désigné ? N’y aurait-il pas selon vous de menaces inflationnistes ?
M.T : La réalité prouve que la BCE a fait une mauvaise politique. L’article 105 du Traité de Maastricht explique bien qu'elle peut soutenir la croissance et ne pas se limiter à lutter contre l’inflation. Mais il faut hiérarchiser les priorités. Parle t-on d’une inflation à 15% ? Non. Risque t-on d’entrer en récession ? Oui. Il n’y pas d’hyper-inflation en Europe. Dès que le prix du baril recule, l’inflation baisse, donc il n’y a pas d’inflation sous-jacente, liée à l’évolution de la demande intérieure. La BCE nous parle depuis cinq ans d’effets de second tour qui n’existent pas.
Pensez-vous que la BCE baissera in fine ses taux directeurs avant la fin de l’année ?
M.T : Quand la BCE disposera des chiffres du troisième trimestre, elle baissera ses taux à ce moment là. Il est toutefois dangereux de constater que l’institution de Francfort refuse le débat, la contradiction. La réalité contredit la théorie monétariste selon laquelle la monnaie est un « voile » qui recouvre l’économie réelle et que par conséquent la politique monétaire n’aurait pas d’impact sur l’activité. Les marchés actions semblent hésiter depuis le début de la semaine après la vague d’euphorie de vendredi dernier. Vos prévisions sur le Cac 40 pour les mois qui viennent ?
M.T : Une analyse des résultats des sociétés et des PER fait ressortir une « fair-value » du Cac 40 autour de 4.700 points, même en tablant sur un recul de 2,4% des BPA (bénéfice par action). Actuellement, les indices intègrent les scénarios les plus pessimistes. Nous tablons sur un Cac 40 à 4.400 points à l’horizon trois mois et à 5.000 points à six mois. Nous allons assister en 2009 à des mouvements de restructurations massives et à des regroupements d’entreprises cotées, dans le secteur financier notamment, qui devraient soutenir les marchés actions.
Propos recueillis par Julien Gautier
|