Valtech : une nouvelle star pour le marché parisien

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Valtech a fortement progressé en bourse au cours des derniers mois.
Valtech a fortement progressé en bourse au cours des derniers mois.

Cette semaine, Jérôme Lieury (Cercle des analystes indépendants) revient sur les fondamentaux financiers de Valtech, société de services informatiques cotée sur l’Eurolist compartiment C, qui s’est récemment envolée en bourse.

Le cours de Valtech a cassé récemment la barrière psychologique des 10€, et, avec une progression de plus de +110% depuis le début de l'année, la société est sans contestation possible une "darling" du marché parisien. Et pour cause : tout d'abord, l'exercice 2015 devrait plus que confirmer le décollage de 2014, avec une forte progression attendue du chiffre d'affaires, qui est qui plus est en accélération, soit +15,9% à périmètre et change constant au S1, dont +19% au T2 ! Ensuite, les objectifs du plan de transformation Rocket 2017 dévoilé récemment ont déjà été revus en hausse, et pourraient l'être encore, soit éventuellement encore plus que les +20% de croissance moyenne de la "topline" et les gains de marges d'au moins 4 points d'Ebitda promis par la direction, qui a pour ambition de hisser la société dans le Top 5 mondial de son métier.

Bref : on attend de la croissance et des gains de marge, soit tout ce qu'on aime chez les investisseurs. Et de quoi mieux comprendre pourquoi le principal actionnaire, Verlinvest/SiegCo, a remis 27M€ dans la société lors d'une augmentation de capital réservée fin 2014.

De fait, lors de son premier Investor Day, qui s'est tenu le 3 juillet, la direction a démontré aux investisseurs le bon positionnement de la société, sur un marché très bien orienté : Valtech est un "pure player" réputé du marketing technologique, un métier qui consiste à aider les entreprises qui servent les marchés Grand Public dans leur transformation digitale. Valtech propose de fait à la fois du diagnostic et du conseil stratégique, pour repenser la relation client (et l'utilisation des systèmes informatiques), et la conception et la mise en place des plates-formes techniques : les logiciels et leurs interfaces qui, de plus en plus, gèrent la relation avec le client connecté. Valtech n'est donc ni une agence de pub dotée de filiales digitales, ni une société de conseil et de services informatiques. Et ce même si son personnel compte 70% d'ingénieurs, qui intègrent chez les clients les logiciels d'Adobe, de Hybris (SAP), d'Episerve, etc…

Plus généralement, si le terme "changement de paradigme" est bien passé de mode, il semble bien que les choses changent radicalement cependant. D'une part, le premier support publicitaire, et un des piliers de la société de consommation traditionnelle, l'écran télévisuel, n'est plus ce qu'il était : le téléspectateur i) regarde le plus souvent en même temps l'écran de son smartphone, et ii) passe en moyenne plus de temps de sa journée à regarder l'écran de son mobile que l'écran de sa télé. D'autre part, avec l'avènement du streaming vidéo OTT, les contenus sont de plus en plus délivrés en dehors des chaînes traditionnelles. Enfin, et surtout, on peut ajouter un bouton "Achat" sur un écran de smartphone. Ce qui change tout, avec en plus l'avènement de systèmes de paiement mobile, notamment Apple Pay, déjà le premier aux USA, qui rendent l'acte d'achat toujours plus agréable…

En conséquence de quoi, et toujours selon la direction de Valtech, on réalise dans les entreprises du mass-market, voire du Luxe, que le mobile devient peu à peu l'interface stratégique pour "engager" le consommateur. Ce qui suppose de réallouer l'investissement publicitaire sur ce nouveau support, et, de reformater le message : l'écran du mobile est vertical avant tout. L'enjeu est de taille : toucher la fine fleur du consumérisme, la génération Y, qui veut de l'interactivité, voire de la co-création de produits, et aide bien en générant elle-même une partie des contenus sur les réseaux sociaux et ailleurs. Ce qui permet aussi de remettre le client au centre des préoccupations de l'entreprise, d'être plus fréquemment en contact avec lui, voire de faire de la CRM "temps réel". Bref: de proposer une meilleure expérience consommateur, et, plus prosaïquement, d'améliorer le taux de transformation de chaque contact. Et ce en ligne comme en magasin : nous sommes dans le monde du commerce omni-canal à présent.

Selon Valtech toujours, rien n'arrêtera ce changement de comportement du consommateur, lié à la généralisation du mobile, alors que la Loi de Moore continue de s'appliquer, soit toujours plus de puissance pour les outils numériques qui offrent toujours plus d'opportunités, et que dans un monde corporate darwinien, ne pas s'adapter, c'est disparaître. Il vaut donc mieux "être disruptif pour ne pas être disrupté", et "maîtriser l'omni-canal dans un monde qui bascule 100% on-line", comme le répète inlassablement la direction. Ce qui vaut à la société de travailler pour nombre de belles marques grand public (d'Audi à L'Oréal), de marques de luxe (Chanel), et de grandes enseignes de distribution.

Tout ceci, le discours enthousiaste de la direction de la société y compris, explique vraisemblablement le parcours météorique du titre. Celui-ci affiche toutefois une valorisation élevée à présent, soit 25x les résultats attendus pour 2016 et environ 1,8x CB/CA. Ce qui ne laisse pas le droit à l'erreur, alors que les objectifs affichés peuvent paraître très ambitieux, et que la société évolue sur des marchés High-Tech très mouvants, et où l'évolution rapide des technologies remet parfois rapidement en cause des pans entiers d'activité.

Jérôme Lieury

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d’analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.


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