Tesco poursuit sa descente aux enfers

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* Erreur comptable plus lourde que prévu * Performance commerciale en net repli en GB * La prévision annuelle est abandonnée * Le président va démissionner * L'action au plus bas depuis 11 ans (Avec décisions de Moody's et Fitch, cours de clôture, commentaire) par James Davey et Neil Maidment LONDRES, 23 octobre (Reuters) - Le président de Tesco TSCO.L , le numéro un britannique de la grande distribution, a annoncé sa démission jeudi après la publication d'un trou plus profond encore qu'attendu dans les comptes, qui oblige le groupe à renoncer à toute prévision de résultat. Premier employeur privé de Grande-Bretagne, Tesco, qui fut un temps une référence dans le secteur, a vu sa valeur boursière chuter de moitié depuis le début de cette année, la découverte de lourdes erreurs comptables étant venue s'ajouter à plusieurs avertissements sur les résultats. Son nouveau directeur général, Dave Lewis, en poste depuis sept semaines seulement, a expliqué jeudi qu'il ne pouvait plus présenter une prévision de bénéfice pour l'exercice en cours faute de connaître l'ampleur réelle des problèmes du groupe et de pouvoir évaluer le coût de son redressement. Confronté tout à la fois à l'augmentation de ses dettes, au creusement du déficit de son régime de retraite et à la détérioration de ses ventes sur le marché britannique, le numéro trois mondial du secteur dit étudier toutes les options possibles pour lever des capitaux frais. Moody's et Fitch Ratings ont annoncé avoir dégradé la note du groupe, la ramenant un échelon seulement au-dessus de la catégorie spéculative (junk). A la Bourse de Londres, l'action du groupe avait terminé auparavant en baisse de 6,56% à 171 pence après avoir touché son plus bas niveau depuis 11 ans. "Notre entreprise vit des temps difficiles", a dit Dave Lewis. "Les conditions d'activité sont dures et notre rentabilité opérationnelle est malmenée". "Le Royaume-Uni, le bilan, la confiance, la transparence et l'image de marque de l'entreprise sont les priorités pour l'instant." Le président, Richard Broadbent, mis en cause par de nombreux investisseurs pour la faiblesse de la gouvernance du groupe depuis trois ans, a expliqué qu'il démissionnerait une fois la nouvelle direction bien en place et son plan opérationnel lancé. INCERTITUDE Tesco avait annoncé le mois dernier qu'il avait surestimé son bénéfice semestriel de 250 millions de livres (317 millions d'euros) mais il a précisé jeudi que la surestimation était en réalité de 263 millions de livres. Outre une chute de 91% du bénéfice semestriel, le groupe a fait état d'une baisse de 5,5% de ses ventes sur le marché britannique hors carburants et TVA au deuxième trimestre, après un recul de 3,8% sur les trois premiers mois de l'exercice. L'enseigne est exposée depuis quelques années à une concurrence de plus en plus féroce et à des habitudes de consommation très inconstantes. La croissance organique négative de 5,5% en Grande-Bretagne faisait suite à une croissance négative de 3,8% au premier trimestre. L'erreur comptable qui a accentué les déboires du groupe s'explique par une mauvaise imputation des paiements liés aux accords passés avec les fournisseurs. L'affaire fait l'objet d'une enquête du régulateur financier britannique. Le directeur général a chargé le cabinet comptable Deloitte de vérifier les comptes, avec le concours du cabinet d'avocats Freshfields. Huit responsables, dont celui des activités britanniques, ont été mis à pied, un coup dur pour une entreprise qui doit se préparer, comme ses concurrentes, aux fêtes de fin d'année. "La surestimation du résultat commercial affectera nos résultats du second semestre", a dit le distributeur dans un communiqué. "Beaucoup d'incertitudes limitent la visibilité de la performance future; pour ce motif, nous ne fournissons pas de projections annuelles". L'endettement net, lui, a atteint 7,5 milliards de livres contre 7,0 milliards il y a un an. Quant au déficit du régime de retraites, il s'est creusé de 800 millions en six mois à 3,4 milliards. "Tesco a connu quelques années de difficultés et de déception, mais il est impossible de retrouver une période aussi dommageable pour la réputation de l'entreprise que le premier semestre (de l'exercice) 2015", a commenté Clive Black, analyste de Shore Capital. Prié de dire s'il envisageait de solliciter les actionnaires pour renflouer le bilan, Dave Lewis a répondu que toutes les options étaient à l'étude mais il a ajouté que les économies et les cessions d'actifs seraient privilégiées avant d'envisager une augmentation de capital. (Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Angrand)


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