« Roses ou noires : quelles lunettes pour 2015 ? » par Jean-Paul Betbèze (Cercle des économistes)

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2015 pourrait-il voir la Grèce sortir de la zone euro ? La question va hanter les marchés dans les prochaines semaines.
2015 pourrait-il voir la Grèce sortir de la zone euro ? La question va hanter les marchés dans les prochaines semaines.

Les débuts d'année sont toujours les périodes des prévisions, l'occasion pour les économistes de chausser des lunettes roses ou noires. Lunettes noires : ce sont toujours les plus faciles à dessiner, et les plus chics. Selon Jean-Paul Betbèze, de ce point de vue, 2015 offre l'embarras du choix.

Lunettes noires : en janvier, la Grèce entre des troubles graves et la question de son départ de la zone euro qui se pose en des termes plus aigus que jamais. L'Italie est affectée par l'inquiétude grecque, elle qui peine tant à repartir avec cette fois une nette remontée de ses taux. La question de sa solvabilité se pose à nouveau.

En février, Mario Draghi est embarrassé dans sa décision d'acheter des bons du trésor des pays de la zone euro prise en janvier 2015, puisqu'il se demande s'il doit ou non acheter les « papiers » des pays les plus risqués - Grèce et Italie notamment - ou acheter encore et encore des papiers allemands et français, ce qui ne fait qu'aider un pays solide (Allemagne) ou un autre qui ne fait pas assez d'efforts (France).

En mars, Janet Yellen commet un lapsus. Au lieu de comparer patience à considerable periode of time pour expliquer comment elle va monter ses taux courts, elle parle d'un considerable hike... des taux d'intérêt. Elle va aussitôt réparer mais le mal est fait : les marchés financiers se disent que la normalisation des taux courts est proche et sera significative. La patience a des limites. Ceci sans oublier que les chiffres de croissance de la Chine continuent de fléchir, ce qui fait encore baisser le prix du pétrole et détériore les situations des exportateurs d'or noir. Le Venezuela défaille, la Russie déraille, l'Algérie vacille...

Lunettes roses : le grand avantage du précipice, c'est qu'il donne la peur du vide. La Grèce se reprend, l'Italie accepte ses réformes, les marchés financiers, après un accès d'inquiétude, se disent qu'acheter les dettes de ces pays, de plus en plus garanties par la BE, c'est ce qu'il y a de mieux à faire. De fait, en achetant des bons du trésor en janvier-février 2015, la BCE a envoyé un signal très fort de soutien de la zone, notamment à ses économies les plus fragiles.

Les spreads se réduisent pour l'Italie, et plus encore pour la Grèce. La Russie, après avoir donné de la voix, se calme et se rapproche de la Chine. On verra plus tard ce que donne tout ceci, mais les marchés apprécient cette « première économie du monde » qui s'occupe désormais des membres les plus turbulents de sa classe, jouant sur son double visage : la première économie du monde au total certes, mais une économie encore pauvre si on raisonne par tête. Et c'est alors que Janet Yellen excelle : elle fait montre de « patience » dans la remontée des taux, fin du premier semestre, très légèrement, très lentement, de sorte que les taux longs se normalisent très légèrement. La zone euro finit par comprendre le plan Juncker et l'apprécie, l'argent afflue.

Et pour la France, lunettes roses ou noire ? Le début 2015 se présente mieux pour l'économie française : un pétrole, des taux d'intérêt, des prix et un euro bas... on ne peut mieux rêver pour repartir plus fort. C'est alors qu'il faut renforcer la dynamique interne, en acceptant plus de réformes et de flexibilité, plus de modernisation privée et publique surtout. On sait ce qui bloque, chez les entrepreneurs et les ménages, le moral, un moral qui vient surtout des faibles profits. Or ce qui se passe : inflation, taux, euro, pétrole, à condition que les salaires restent modérés - ce qui est en cours - est de nature à faire remonter les profits. La croissance française pourra donc se renforcer, la bourse avec. Bonne année.

Jean-Paul Betbèze

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  • M802641 le mardi 6 jan 2015 à 10:48

    pour être honnête, Betbèze a tout de même plus ou moins prévu le "Grexit" en première phrase - Bravo ! A quand ses prédictions pour la "Hexagonie"

  • unknown9 le mardi 6 jan 2015 à 09:05

    les petits économistes sont aussi neuneus que les politiques : ils n'ont pas compris qu'il y avait de moins en moins de croissance et de production à cause des importations asiatiques... Des taux à 0 ou à 2%, çà change quoi puisque ton épargne ne sera pas rémunérée mais que les banques te prêteront à 10 ? ben rien

  • d.jousse le mardi 6 jan 2015 à 04:33

    généralement quand on a plus une tune ça ne sent pas bon.

  • floalain le lundi 5 jan 2015 à 18:03

    L'art de causer (écrire) pour ne rien dire. Bravo!

  • delac12 le lundi 5 jan 2015 à 17:19

    si l'euro baisse et le pétrole baisse c'est pas bon; si l'euro monte et le pétrole monte, c'est pas bon non plus! alors ça sera jamais bon?

  • faites_c le lundi 5 jan 2015 à 17:12

    Même pas 12 h après son brillant billet et la bourse a déjà perdu 4% en 2015 et ce serait à cause de la baisse de l'euro et du pétrole (sic!) et de la Grèce dont l'Allemagne affirme que l'on peut s'en passer! Et ce monsieur voudrait que l'on soit optimiste?

  • TurbHaut le lundi 5 jan 2015 à 16:31

    Perso, je joue surtout sur une remontée de l'or et l'argent.En cas de crise, c'est un refugeEn cas de forte reprise, c'est un besoin industriel.

  • b26crest le lundi 5 jan 2015 à 13:42

    je suis d'accord avec M802641, ce résumé a l'avantage d'être bref

  • b26crest le lundi 5 jan 2015 à 13:39

    la chute de l'euro n'améliore pas la compétitivité de la France en Europe, pour le reste du monde que très relativement, il faut aussi importer les matières premières. Comme la France est en déficit commercial, le solde est négatif. La chute du pétrole est peut-être agréable à la pompe, les dommages collatéraux pourront être graves, si certains pays déclarent forfait, nouvelle crise financière !Les politiques monétaires contradictoires en EU et USA promettent des turbulences.

  • lorant21 le lundi 5 jan 2015 à 13:24

    Tout est là pour une "reprise": pétrole, taux, monnaie.. mais comme la confiance n'est pas là, je parie sur du mou-mou.