« Remontée des taux américains, oui mais quand ? » par Anton Brender du Cercle des économistes

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Les investisseurs seront particulièrement attentifs au discours de Janet Yellen mercredi 17 juin.
Les investisseurs seront particulièrement attentifs au discours de Janet Yellen mercredi 17 juin.

Pour Anton Brender, la remontée des taux d'intérêt aux Etats-Unis ne fait aucun doute.  Selon l’économiste, la vraie question est de savoir à partir de quand le mouvement va s’enclencher.

Le communiqué qui sera publié mercredi 17 juin 2015 à l’issue de la réunion du Comité de politique monétaire de la Réserve fédérale, et les déclarations de sa Présidente, devraient donner une idée plus précise du moment où la Banque centrale américaine va procéder au « lift-off » de son taux directeur. La probabilité qu’une hausse du taux des fed funds – la première depuis six ans – intervienne à l’automne devrait se trouver renforcée. Janet Yellen ne tiendra sans doute pas compte de l’appel à la prudence lancé au début de ce mois par le FMI. Tout laisse penser qu’elle a raison.

Certes, le dynamisme de l’économie américaine est loin d’être extraordinaire et l’inflation n’est pas menaçante. En outre, les traces de la crise des subprimes ne sont pas encore complètement effacées : obtenir un prêt hypothécaire reste pour beaucoup d’Américains anormalement difficile. Mais c’est précisément parce que la reprise actuelle est encore fragile qu’une hausse du taux des fed funds est maintenant nécessaire.

L’économie américaine est en effet moins sensible, il ne faut pas l’oublier, au niveau des fed funds qu’à celui des taux à long terme[1] : ce sont eux qui déterminent le coût des prêts hypothécaires. Or, si la Fed n’engage pas bientôt une remontée des taux à court terme, elle prend le risque de voir une hausse incontrôlée des taux longs mettre brutalement un terme au lent redémarrage du crédit immobilier aux ménages.

Car, si la reprise reste fragile, l’économie américaine n’en a pas moins largement avancé en direction du plein emploi : à la fin de cette année, le taux de chômage devrait être proche de 5 %, moitié moins qu’au lendemain de la crise. Pendant ces années, plus de dix millions d’emplois ont été créés. Ils ne sont pas tous de mauvaise qualité : le nombre d’emplois à temps partiel n’a pratiquement plus augmenté depuis le début de la décennie. Et si le rythme des hausses de salaires n’a pas encore franchement accéléré, des frémissements sont visibles, même dans les secteurs où les rémunérations sont les plus basses.

Des taux directeurs nuls sont-ils compatibles avec un marché du travail dans un état toujours plus « normal » ? Le marché obligataire pourrait très vite se poser la question. Et s’il se persuade que la Réserve fédérale est « en retard », il risque de pousser brutalement à la hausse les taux à long terme. Ce risque est d’autant plus réel que le niveau des fed funds n’est pas seul à être anormal : la taille du bilan de la Fed l’est tout autant.

Faire monter, dans ces conditions, les taux du marché monétaire américain est une expérience inédite. La Réserve fédérale a maintenant intérêt à ne plus trop attendre pour s’y engager. Pourvu, bien sûr, qu’elle explique auparavant que la normalisation du niveau des taux à court terme sera très progressive et adaptée au rythme de l’activité… Même si aucune décision n’est attendue, la prochaine réunion du FOMC mérite une attention particulière !

Anton Brender

 

Anton Brender est chef économiste de Candriam et professeur associé honoraire à l'Université Paris-Dauphine. Ses principaux domaines d'expertise sont la mondialisation financière et les thématiques monétaires et financières.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.


[1] Voir Monnaie, finance et économie réelle,  A. Brender, F. Pisani et E. Gagna, La Découverte, Paris, 2015

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  • M9425023 le mardi 16 juin 2015 à 08:59

    Ou bien si médiatisation devait entraîner les agents économiques sains à se placer dans une situation équivalente à celle des états sur-endettés afin d'acheter leur silence lors de la grande remise de dettes à venir.Dans les deux cas, le Cercle des Economistes pourra disparaître, la queue entre les jambes...

  • M9425023 le mardi 16 juin 2015 à 08:57

    Et si toute cette médiatisation sur la remontée des taux n'avait d'autre but que d'engager les agents économiques privés à emprunter, même à un taux bas, pour leur faire partager le poids d'une déflation à venir, exactement comme ils avaient subi l'érosion de leurs avoirs et revenus par l'inflation.

  • faites_c le lundi 15 juin 2015 à 12:09

    C'est un économiste ce gars là? Je comrpends beaucoup mieux pourquoi le krach économique de 2008 n'a pas été prévu s'ils sont tous du même tonneau! Ce n'est pas parce que ce monsieur a une chaire d'enseignement à Paris Dauphine qu'il peut s'attribuer le titre d'économiste. C'est fantastique, ce monseiur estime que les taux US finiront par augmenter! Quelle brillante prévision même si aucune date n'est donnée (on ne se doutait pas que c'était possible)!!!

  • fquiroga le lundi 15 juin 2015 à 11:42

    N'importe quel "pekin" est capable de poser la question et surtout de ne pas y repondre......

  • Raf07Ard le lundi 15 juin 2015 à 11:27

    Maintenant qu'un Chef économiste / Professeur à Dauphine, nous le dit on peut en être enfin sûr : après la pluie viendra le beau temps, phénomène appelé "lift-off", .... mais on ne sait pas quand ... voilà un article qui fait considérablement avancer le schmilblick.