Qu'est-ce qu'un fonds alternatif ?

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Tout comprendre sur les fonds alternatifs, parfois désignés sous le terme de "hedge funds".
Tout comprendre sur les fonds alternatifs, parfois désignés sous le terme de "hedge funds".

Dans le monde de la finance, les fonds alternatifs, ou « hedge funds », ont une réputation très particulière. On les perçoit souvent comme spéculatifs ; pourtant, une large part d’entre eux cherchent au contraire à dégager des performances régulières et peu volatiles. Explications.

Auprès des particuliers, les « hedge funds » semblent souvent opaques. En cause : le peu de communication qui les caractérise souvent, et le sentiment que ces fonds s’adressent à une clientèle confidentielle et fortunée. La méconnaissance de ces établissements, et les difficultés rencontrées par certains d’entre eux en 2008, a donné au secteur l’image de fonds spéculatifs cherchant à maximiser les profits en dépit des risques. Il s’agit pourtant d’une idée reçue.

Le terme « hedge fund » fait d’ailleurs lui-même référence au terme de « hedging » (« couverture financière »), qui désigne le fait de bâtir une stratégie pour limiter les risques de pertes en capital en fonction de l’évolution des marchés. Ceci n’empêche pas que ces stratégies puissent utiliser des effets de levier importants, mais a priori maîtrisés.

Une terminologie qui peut prêter à confusion

Quelques confusions peuvent exister autour du terme de « fonds alternatifs ». Techniquement, ce terme désigne en réalité les établissements en charge de la gestion des fonds (sociétés de gestion). Pour l’AMF, les fonds en eux-mêmes sont donc des « fonds de fonds alternatifs ». Mais par simplification, on parle de « fonds alternatifs » ou de « hedge funds » pour désigner les fonds et non les établissements qui les gèrent.

Certains de ces fonds ne sont ouverts qu’à des investisseurs institutionnels, qui ne peuvent y entrer qu’avec une mise initiale d’un ou plusieurs millions d’euros. Néanmoins, contrairement à l’image qu’on leur prête, d’autres fonds peuvent en revanche être accessibles aux investisseurs particuliers avec des budgets plus modestes, mais qui restent élevés, souvent de l’ordre de plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Par ailleurs, il ne faut pas confondre un « fonds alternatif » avec les « placements alternatifs », qui désignent quant à eux des investissements dans des actifs non cotés tels que les vignobles, les forêts ou le marché de l’art.

Des fonds bénéficiant d’une gestion très réactive, destinés aux investisseurs avertis

En France, l’une des grandes particularités des fonds alternatifs est de répondre à des contraintes réglementaires différentes de celles qui s’appliquent aux OPCVM. Les fonds alternatifs sont désignés sous le terme de « fonds d’investissement alternatifs » (FIA) par l’AMF, et c’est la directive européenne AIFM qui en encadre la gestion. La directive UCITS, réglementant les OPCVM, ne s’applique pas aux fonds alternatifs.

La directive AIFM laisse aux gérants un large choix d’actifs dans lesquels ils peuvent investir. Cette directive permet surtout l’emploi de méthodes de gestion plus réactives que pour les OPCVM, avec notamment la possibilité de se désinvestir très rapidement du marché, ou de bâtir des stratégies que la directive UCITS ne permet pas de mettre en œuvre pour les OPCVM.

Pour autant, de nombreux fonds alternatifs adoptent des stratégies de gestion assez prudentes, avec une optique de diversification et de limitation des risques de pertes.

Les principales stratégies de gestion alternatives sur les marchés

Plusieurs types de stratégies d’investissement peuvent être mis en place par les fonds alternatifs. Leur dénominateur commun est souvent de parvenir à dégager une performance peu corrélée aux variations globales des marchés financiers, de manière à s’en démarquer et à réduire les risques en cas de « stress des marchés ». Voici quelques-unes des stratégies les plus fréquentes :

1/ La stratégie « long-short » consiste à bâtir un portefeuille investi à la hausse sur des valeurs qui semblent particulièrement solides, et à la baisse (ventes à découvert) sur des valeurs qui paraissent, au contraire, fragiles. Ce type de gestion permet généralement de bien résister lors des périodes de baisse des marchés, grâce aux gains réalisés sur la partie « vendeuse » du portefeuille. À noter que la stratégie long-short peut aussi être adoptée dans le cadre d’OPCVM, soumis à la directive UCITS et non à la directive AIFM.

2/ La stratégie « global macro », comme son nom l’indique, consiste à analyser et anticiper les tendances macroéconomiques à venir pour investir sur les actifs (actions, monnaies ou matières premières par exemple) qui devraient le plus en bénéficier, tout en évitant d’investir sur les actifs qui pourraient en pâtir. Cette stratégie s’approche fortement des stratégies classiques d’investissement et se retrouvent aussi, bien sûr, dans le cadre d’OPCVM.

3/ Les stratégies d’arbitrages sont généralement liées au trading haute fréquence. Ces stratégies, qui sont généralement réalisées sur de forts volumes de titres avec du levier financier, peuvent se décliner en de nombreuses sous-stratégies en fonction des algorithmes mis en place pour intervenir automatiquement sur les marchés. Partant généralement de modèles mathématiques probabilistes sur l’évolution des cours d’un actif, les programmes cherchent à repérer des comportements « excessifs » sur les marchés, et à parier à très court terme sur leur retour à la normale.

4/ Les stratégies de « situations spéciales », risquées, consistent à investir sur des entreprises dont on estime qu’elles pourraient connaître une envolée de leur cours de bourse pour une raison particulière. La stratégie « event driven » consiste par exemple à investir sur des entreprises qui pourraient bénéficier d’un rachat (OPA) ou d’une autorisation de mise en vente d’un produit sur le marché (notamment pour le secteur pharmaceutique). La stratégie « distressed securities » consiste quant à elle à repérer les cas dans lesquels des entreprises en difficultés financières devraient parvenir à sortir de ces difficultés. Le gérant cherche alors à bénéficier d’un rebond de leur cours de bourse. Ici, la stratégie peut rester nettement corrélée aux tendances boursières plus globales.

Enfin, en-dehors de ces stratégies directement liées aux marchés financiers, certains fonds alternatifs peuvent aussi être investis dans des entreprises non cotées (« private equity »), ou dans l’immobilier, pour dégager des performances sans corrélation avec les marchés.

Ces stratégies de gestion s’adressent à des investisseurs ayant bien conscience des niveaux de risque qui leur sont associés. Comme toujours, il est nécessaire qu’un investisseur s'informe sur les caractéristiques exactes d’un fonds avant d'y placer son argent.

Xavier Bargue

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