« Plan Juncker : un espoir à concrétiser » par Christian de Boissieu (Cercle des économistes)

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Le plan de relance de 100 milliards d'euros proposé par Jean-Claude Juncker ne représente que 0,6% du PIB de l'UE.
Le plan de relance de 100 milliards d'euros proposé par Jean-Claude Juncker ne représente que 0,6% du PIB de l'UE.

Le plan de relance économique présenté récemment par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a été accueilli avec scepticisme. Pour Christian de Boissieu, ce programme manquera de crédibilité tant qu'il ne sera pas mené de concert avec les politiques nationales d'investissement.

La panne de l'investissement est au c½ur de la crise européenne. Son recul se confirme trimestre après trimestre, alimenté par l'incertitude et les risques, l'instabilité des réglementations et des règles fiscales... et ce malgré des taux d'intérêt qui ont rarement été aussi bas et des liquidités abondantes. Il n'y aura pas de reprise de l'investissement et de l'emploi sans retour de la confiance, sans retournement des anticipations de tous les acteurs économiques, en particulier des entreprises.

Le plan Juncker de 315 milliards d'euros sur trois ans, à investir dans les pays de l'UE et dans des secteurs clés (numérique, nouvelles technologies en général, infrastructures, soutien aux PME,  etc.), est donc plus que bienvenu. Il nous redonne enfin le sens du long terme, alors que la crise n'a fait qu'accentuer la myopie ambiante. L'Europe n'a plus droit à l'erreur. Le plan Juncker est une bonne idée, mais aujourd'hui il manque de crédibilité. Voici pourquoi.

1- Ce plan représente quantitativement trop peu : un peu plus de 100 milliards par an, soit 0,6% du PIB de l'UE. C'est mieux que rien, mais c'est insuffisant à la fois au regard de l'impulsion à donner et de l'épargne privée disponible en Europe pour financer des projets.

2- En même temps, ce plan n'est pas crédible tant qu'il n'est pas financé. Dans le schéma proposé, il y aurait l'apport de 21 milliards d'argent public (venant de la Banque Européenne d'Investissement (BEI) pour 5 milliards et du budget européen et de garanties publiques pour 16 milliards), pour aboutir après le jeu de plusieurs effets de levier à 315 milliards. Un effet de levier de 15, correspondant donc à une très forte mobilisation de financements privés, est-ce crédible ? Certes, la BEI a déjà pu compter sur des leviers supérieurs à 15. Mais le plan Juncker est une opération d'une autre ampleur, et la venue  des financements privés dépendra des conditions (rendement et risque) qui leur seront faites et de leur plus ou moins grande association à la gouvernance de l'ensemble. Mon sentiment est qu'un levier de 15  relève quand même d'un pari audacieux !

3- Dans la sélection des projets comme dans les financements et la gouvernance du dispositif,  il faudra compter sur une coopération étroite entre le Fonds européen pour les investissements stratégiques (FEIS) créé à cet effet et les banques nationales de développement des pays-membres (en France, la CDC et BPI France). Or, malgré le rôle joué par la BEI pour faciliter la cohérence entre l'étage européen et les initiatives nationales, le climat de confiance entre les uns et les autres devra être amélioré.

4- Le plan Juncker doit s'ajouter, et non pas se substituer, aux mesures nationales en faveur de l'investissement. Ici intervient un problème d'aléa moral : certains pays-membres pourraient être tentés de tirer argument de l'existence du plan  pour réduire l'ambition et les moyens de leur politique en faveur de l'investissement. Plus de concertation entre les instances européennes et les pays-membres est nécessaire pour éviter un tel détournement du plan  Juncker.

Christian de Boissieu

Christian de Boissieu est vice-président du Cercle des économistes, professeur d'économie à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne, professeur au Collège d'Europe à Bruges, et membre du Collège de l'Autorité des Marchés Financiers (AMF).

Ses principaux domaines d'expertise sont la monnaie ; la finance ; la banque ; les politiques économiques et l'intégration européenne.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

 

 

 

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  • M802641 le mardi 9 déc 2014 à 14:49

    A la rigueur, on pourrait consentir de s'endetter encore "sainement" pour investir dans l'industrie et les services PRODUCTIFS, si en même temps on prenait des mesures importantes de réduction drastique de la dépense structurelle immodérée en France. Bruxelles ne dit pas autre chose mais ils parlent dans le vide à une nation qui ne veut pas trop entendre.

  • M802641 le mardi 9 déc 2014 à 14:35

    Au fond, il faut libérer l'industrie qui crée les emplois PRODUCTIFS, dégageant des capitaux en taxant et en prélevant moins. Comme cela, on ne sera plus en déficit chronique (source de la dette) et une dette croissante. Quand comprendrons-nous enfin que pour ne plus créer de la dette et même la rembourser il faut corréler les dépenses aux recettes, quelle que soit la monnaie! Sauf que l’euro nous protège actuellement de nos incuries, notre monnaie ne sera que le reflet de notre valeur !

  • guerber3 le mardi 9 déc 2014 à 12:38

    Tout ce que Junker peut proposer, c'est de reboucher les nids de poules sur les routes nationales, tout cela pour un salaire de l'inventeur de quelques centaines de milliers d' euros; il y a des noms que l'on peut associer à "gâchis "..!!!

  • y.batard le mardi 9 déc 2014 à 12:25

    M802641: s'il faut écouter ce que l'émission C dans l'air et ses intervenants ou encore ce que J. ATTALI ont à proposer, on n'est pas sorti de l'auberge. Ce cher Monsieur A. conseille les "puissants politiques" depuis des décennies: on constate que ce n'est surtout pas à ses actions qu'il faut se fier (ni à celles d'un quelconque Etat sauf si d'inspiration gaullienne ou chrétienne). Le problème de la dette ne sera jamais résolu tant qu'on ne se penche pas sur sa création et sur la monnaie.

  • M802641 le mardi 9 déc 2014 à 11:58

    J'ajoute que la réduction des dépenses va de pair avec (permet) une réduction importante des impôts, cotisations et prélèvements de tout genre, d’où une hausse des ressources pour l'investissement privé PRODUCTIF. Il faut bien sûr veiller au problème des dividendes et rémunérations excessifs.

  • M802641 le mardi 9 déc 2014 à 11:50

    @kov666 D'accord sur votre 1ère phrase. Je ne prône pas "Keynes" et l’investissement publique en laissant filer les déficits et l'endettement n'est pas possible. La SEULE solution est une réduction massive dépenses publiques/PIB, c'est à dire de l'assistanat généralisé et un état structurel démesuré, comme vous dites, et le ré-allocation des ressources vers la "nouvelle économie", gisement d'emplois. Les français sont devenus assez corporatistes !

  • M802641 le mardi 9 déc 2014 à 09:35

    @idem12 La source est la discussion générale sue les médias (C dans l'air, C politique, Attali etc.). C'est tout ce qu'il y a. Ce ne sont certes pas les oracles absolus mais dignes d'écoute tout de même. Ils sont tous très réservés sur notre sort en cas de sortie de l'euro, voire même du sort de l'Europe. Quant aux banques en 2012 .....!

  • idem12 le mardi 9 déc 2014 à 07:53

    @M802: "notre nouvelle monnaie perdra 30% de valeur" source ? comme vous dites attentions aux affirmations un peu risquées. Le dernier rapport (2012) d'une banque que je ne nommerai pas faisait état d'une dévaluation de....2% pour la future monnaie française en cas de sortie de l'euro. Arrêtons de croire sur parole la propagande europhile basée sur la peur...Depuis l'Europe nous avons une dette et un chômage record et ça c'est un fait (alors qu'elle devait créer croissance et emploi LOL)

  • M802641 le lundi 8 déc 2014 à 19:19

    @EuropeGa on aurait un avantage pour un temps (exporter) mais les importations (on a un déficit commercial) vont couter plus cher. En sortant de l'euro, il y aura d'abord un tsunami monétaire - notre nouvelle monnaie perdra 30% de valeur et notre dette augmentera donc d'autant. La France a connu maintes dévaluations qui n'ont rien résolu (la preuve). Attention aux affirmations un peu risquées. Je doute que la France puisse survivre une sortie de l'euro sans une casse sociale terrible.

  • EuropeGa le lundi 8 déc 2014 à 17:21

    @M802... Pour retrouver la croissance en France, il y a une solution efficace : la sortie de l'euro. Si la France sort de l'euro, elle retrouve la croissance en quelques semaines, et il y aura la création d'un million d'emplois en trois ans.