Marchés : « l'Inde offre une sorte de sécurité vis-à-vis de la Chine » (BNP Paribas IP)

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L'inde est plus sereine que la Chine sur le plan économique, malgré les imprécisions des données statistiques, explique Patrick Mange, stratégiste chez BNP Paribas IP.
L'inde est plus sereine que la Chine sur le plan économique, malgré les imprécisions des données statistiques, explique Patrick Mange, stratégiste chez BNP Paribas IP.

Après une analyse de la conjoncture au Brésil et en Russie, place aux deux autres émergents de l’acronyme « BRIC » : l’Inde et la Chine. La Chine est au cœur de l’actualité économique depuis six mois et inquiète les investisseurs. L’Inde, en revanche, résiste admirablement bien.

Depuis l’été dernier, la Chine est au cœur de doutes économiques majeurs de la part des investisseurs. Deux sujets inquiètent particulièrement : d’une part, la véracité des statistiques de croissance économique, d’autre part la dévaluation par à-coups du yuan face au dollar.

Ces deux sujets sont intimement liés entre eux : « on sent effectivement qu’il y a des doutes sur la véracité des chiffres chinois, et ces doutes se renforcent particulièrement à chaque dévaluation du yuan » reconnaît Patrick Mange, stratégiste chez BNP Paribas Investment Partners.

Il est impossible de connaître la véritable croissance de la Chine

« Les autorités publiques chinoises  ne sont pas transparentes sur la manière dont sont calculées les statistiques qu’elles communiquent. Leur communication est maladroite. Les statistiques économiques tombent brutalement et sont peu détaillées. Cela crée d’importantes incertitudes », explique Patrick Mange.

Dans ce contexte, certains économistes répètent depuis l’été dernier que la véritable croissance chinoise serait bien inférieure aux 6,9% officiels. Certains affirment que pour avoir une meilleure idée de la croissance chinoise « réelle », il conviendrait de se fier aux statistiques de consommation chinoise d’acier ou d’électricité, dont la croissance ne serait que de 2 ou 3% par an. Mais pour Patrick Mange, cette méthode alternative est tout aussi contestable que les statistiques chinoises officielles.

« Ces indicateurs sont ceux de la vieille économie » relève-t-il, et « ne parviennent pas à capter la croissance de la nouvelle économie », c’est-à-dire surtout des services. « Si l’on mesurait l’évolution de la consommation d’acier et d’électricité aux Etats-Unis, on aurait l’impression que la croissance est proche de 0% depuis de nombreuses années », relève-t-il, tout simplement car ces indicateurs ne mesurent pas l’ensemble de l’activité économique du pays.

Par nature, la croissance économique dans les pays émergents est difficile à saisir. « Il y a forcément des imprécisions dans l’estimation du PIB des pays émergents. En France, il faut déjà plusieurs mois pour regrouper les données avec une marge d’erreur, et les instituts de statistiques dans les pays émergents ont encore plus de difficultés à réaliser ce travail dans la mesure où l’économie informelle y est beaucoup plus présente (…). Aussi la productivité est généralement très mal mesurée dans ces pays ».

En somme, faute de chiffres fiables, « on ne pourra pas apporter de véritable réponse sur le niveau de la croissance chinoise » explique Patrick Mange. Néanmoins, « ce qui compte, c’est de saisir si la conjoncture est plutôt en phase d’accélération ou de ralentissement. Il est évident qu’actuellement ce momentum est négatif en Chine. C’est l’évolution du momentum qui doit être suivi ». D’où le fait que les investisseurs s’émeuvent régulièrement des statistiques médiocres de l’industrie chinoise.

À ce sujet, on sait que la Chine poursuit depuis quelques années un objectif de montée en gamme de son industrie, en plus du développement du secteur des services.

Si la montée en gamme de l’industrie chinoise est si importante pour le pays, « c’est parce que les salaires ont beaucoup monté en Chine et qu’à ce prix, l’industrie doit dégager davantage de valeur ajoutée pour rester rentable », explique Patrick Mange. Par ce processus de salaires relativement élevés et de « yuan fort », « la Chine cherche à marier un modèle coréen de champions nationaux et un modèle allemand de produits à haute valeur ajoutée ou à forte qualité » poursuit-il. « Mais cela est tout sauf facile à mettre en œuvre ».

Dévaluation du yuan : davantage de fantasmes que de vraies menaces ?

La seconde crainte des investisseurs, comme évoqué précédemment, tient à la dévaluation du yuan comme cela s’est vu en août puis en janvier derniers. L’idée d’un risque de « guerre des monnaies » revient régulièrement dans la presse économique.

L’idée est la suivante : la Chine pourrait décider de dévaluer massivement son yuan pour regagner en compétitivité économique sur le plan international, pénalisant en contrepartie les grandes économies développées, dont l’Europe et les Etats-Unis, qui seraient rendues moins compétitives.

Si la menace n’est pas à prendre à la légère, Patrick Mange souligne néanmoins le simple rééquilibrage des changes que provoquerait la dévaluation du yuan. « Le yuan s’est beaucoup apprécié face aux autres monnaies au cours des dernières années, alors que la Bank of Japan et la BCE ont successivement employé les grands moyens pour affaiblir leur monnaie face aux autres devises mondiales. Une dévaluation chinoise est plutôt à voir comme un retour à la fair value du yuan face aux autres monnaies ».

Il se pourrait également que les craintes autour d’une éventuelle dévaluation monétaire chinoise soient exagérées. La banque centrale du pays semble en effet avoir à cœur de libéraliser le mécanisme de fixation du taux de change du yuan face aux autres monnaies mondiales, laissant davantage la main aux marchés. Les dévaluations du mois d’août ont ainsi été présentées par la banque centrale de Chine comme un prérequis pour intégrer les « Droits de Tirage Spéciaux » (DTS) du FMI et donner au yuan le même statut que l’euro, le dollar ou le yen. Rien de dangereux à cela.

« L’Inde offre une sorte de sécurité »

La focalisation des investisseurs sur la Chine ferait presque oublier que la croissance mondiale est autant tirée à la hausse par la Chine que par l’Inde. L’Inde, discrète dans le paysage troublé des anciens « BRIC » (Brésil, Russie, Inde, Chine), tire son épingle du jeu.

L’activité économique continue en effet de progresser à un rythme soutenu dans le pays, avec une croissance de plus de 7% en rythme annuel depuis plusieurs trimestres. L’économie indienne se porte remarquablement bien dans un contexte toujours soutenu par la politique « pro-business » du Premier ministre Narendra Modi.

Ainsi, « l’Inde offre une sorte de sécurité » explique Patrick Mange, alors que « peu de secteurs d’activité indiens sont en concurrence directe avec la Chine ». Le pays est donc peu exposé au ralentissement chinois, « contrairement à d’autres pays asiatiques comme Taïwan par exemple », évoque le stratégiste.

L’économie indienne est en effet « bien diversifiée », avec une part déjà importante de l’économie consacrée au secteur des services, ces derniers étant parfois le résultat de délocalisations d’entreprises occidentales.

L’intérêt de l’économie indienne n’a pas échappé aux investisseurs, au point que plusieurs analystes soulignent régulièrement que le marché boursier indien est devenu cher. À ce sujet, Patrick Mange relativise : « Ça ne m’inquiète pas trop. Cela fait déjà environ deux ans que l’on en parle, mais le marché offre toujours des perspectives intéressantes ». Le stratégiste relativise ainsi les doutes que pourrait faire naître dans l’esprit des investisseurs la tendance baissière qu’a suivi l’indice de la Bourse de Bombay en 2015.

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

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