Marchés : « C'est dans des situations de stress que les opportunités émergent » (Tocqueville Finance)

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Daniel Fighiera, Directeur de la gestion collective de Tocqueville Finance.
Daniel Fighiera, Directeur de la gestion collective de Tocqueville Finance.

Depuis un mois, les marchés boursiers rebondissent nettement après leur difficile début d’année. Pourtant, les sujets de craintes ne se sont pas totalement envolés dans l’esprit des investisseurs. C’est dans ce contexte que nous posons nos questions à Daniel Fighiera, Directeur de la gestion collective chez Tocqueville Finance.

La question du « Brexit » est récemment revenue au cœur de l’actualité. Beaucoup de commentateurs y voient un sujet de craintes à venir sur les marchés en juin prochain. N’est-ce pas exagéré, alors que cela changerait peu de choses pour le Royaume-Uni qui n’a pas adopté l’euro ?

Daniel Fighiera : La question du Brexit est une des questions qui agitent ou qui risquent d'agiter les marchés au cours des semaines à venir, au gré des évolutions des sondages en provenance du Royaume Uni, sondages qui eux mêmes vont évoluer au gré de différents facteurs, la crise  des migrants en Europe par exemple. Et si personne n'est malheureusement capable d' anticiper les conséquences économiques d'une sortie de l'Angleterre de l'Union Européenne, on peut penser que cela se traduirait à court terme par une réaction négative sur les bourses. L'hypothèse d'un Brexit n'est heureusement pas notre scénario central.

Quelques indicateurs ont commencé à décevoir en Europe dernièrement. Les indices d’activité de la zone euro (PMI) se sont tassés en février par rapport à janvier. Peut-on dire que la conjoncture risque de se retourner en zone euro ?

D. F. : Quelques éléments montrent un certain tassement de l'activité dans la zone euro mais aussi au niveau mondial. Le FMI s'en est encore inquiété tout récemment en mettant en garde contre les signes de fragilité constatés au niveau de l'économie mondiale. Cependant nous ne pensons pas que la conjoncture va se dégrader au cours des prochains mois en Europe. En revanche, nous ne voyons pas non plus de raison d'espérer une accélération significative de l'activité au cours des prochains mois, en France comme en Europe.

Les rebonds et rechutes des marchés semblent toujours dictés par l’évolution des cours du pétrole, même si cela n’est pas forcément très rationnel. En termes de stratégie de gestion, comment vous adaptez-vous à ce contexte chez Tocqueville Finance ?

D. F. : Nous n'avons pas de scénario particulier sur le pétrole chez Tocqueville Finance car force est de constater que les experts, que ce soit au moment du pic de l'été 2008 aux environs de 140 dollars pour le Brent ou lors des plus bas atteints récemment en-dessous de 30 dollars, n'ont pas été capables de prévoir les renversements de tendance. Chez Tocqueville Finance, nous sommes restés investis sur les valeurs pétrolières et avons plutôt eu tendance à renforcer nos positions à compter de septembre. Nos positions s'observent néanmoins principalement chez les grandes sociétés d'exploration-production et nous restons largement absents des valeurs de services pétroliers qui resteront sous la pression structurelle de leurs principaux clients aux cours des prochaines années.

Pouvez-vous nous citer quelques valeurs présentes dans les fonds de Tocqueville Finance ? Certaines petites ou moyennes valeurs trouvent-elles grâce à vos yeux ? Pourquoi ?

D. F. : Nos fonds sont de nature diverses et intègrent en général à la fois des grandes capitalisations et des valeurs petites et moyennes. Parmi les principales positions dans notre gamme, nous trouvons ainsi des "grandes"  capitalisations  telles  Imperial Brands dans le secteur du tabac (Tocqueville Dividende, Tocqueville Ulysse), ou Thales dans le secteur de l'armement (Tocqueville Value Europe, Tocqueville Odyssée).

Globalement, nous apprécions la visibilité observée sur les business de ces sociétés que nous souhaitons accompagner sur plusieurs années, quelles que soient les configurations de marché car nous nous définissons comme des investisseurs de long terme.

Cette philosophie de sélection de titres s'observe bien évidemment aussi sur les valeurs petites et moyennes. Les sociétés de services informatiques comme Neurones (en France) ou Reply (en Italie) sont des dossiers que nous détenons depuis plusieurs années dans nos principales positions et sur lesquelles notre engagement de long terme peut s'observer également.

En cas de rechute des marchés dans les mois à venir, ce que l’on ne peut exclure, envisagez-vous de vous désinvestir des marchés, ou ferez-vous au contraire tout de suite la chasse aux bonnes affaires ?

D. F. : Nous n'envisagerions un allègement de nos positions qu'en cas de rebond  des marchés. Nous considérons que nous sommes aujourd'hui dans une configuration de marché compliquée car caractérisée par une forte volatilité et de forts mouvements spéculatifs. L'aspect réconfortant est que les valorisations sont aujourd'hui réalistes, en particulier considérant que les révisions récentes à la baisse des résultats par les analystes ont été intégrées par le marché.

En revanche, les facteurs d'incertitudes sont nombreux et de nature très diverses : politiques (avec le Brexit, les élections américaines, la crise des migrants...), mais aussi économiques (évolution des prix des matières premières, situation en Chine et en général sur les pays émergents, situation en Grèce...).  Bref, il est difficile d'imaginer que les marchés ne trouvent pas un moyen de "se faire peur" sur l'un de ces facteurs au cours des prochains mois. C'est souvent dans des situations de stress que des nouvelles opportunités d'investissement peuvent émerger.

Propos recueillis par Xavier Bargue

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  • guerber3 il y a 9 mois

    Merci, monsieur le censeur de me conforter dans mes analyses...!

  • cidem il y a 9 mois

    Où faut-il vous envoyer l'argent ?