Malgré son utilité, le QE de la BCE a certains effets négatifs sur les marchés (Amundi)

le , mis à jour à 18:34
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Amundi ne remet pas en cause les effets positifs du ''quantitative easing'' de la BCE, mais en souligne certains effets problématiques indirects.
Amundi ne remet pas en cause les effets positifs du ''quantitative easing'' de la BCE, mais en souligne certains effets problématiques indirects.

Depuis son lancement, et même avant, des critiques s’élèvent régulièrement contre le plan de relance de la BCE, accusé entre autres de créer un risque de bulle sur les marchés. Marie-Anne Allier, responsable de la gestion taux euro chez Amundi, essaie de faire la part des choses.

Plus de trois mois après son lancement, le quantitative easing (abrégé « QE ») continue de susciter de nombreuses questions. Pour rappel, ce plan de relance mené par la banque centrale européenne (BCE) depuis mars dernier a pour objectif de participer à la relance de l’économie de la zone euro grâce au levier de la politique monétaire.

Son principal but : faire revenir davantage d’inflation en zone euro, de manière à éviter le risque déflationniste, situation dans laquelle les prix et les salaires sont entraînés dans une spirale baissière potentiellement auto-entretenue. La méthode utilisée par la BCE : acheter 60 milliards d’actifs chaque mois sur les marchés jusqu’en septembre 2016 pour réaliser techniquement une injection de liquidités en euros dans l’économie. Or, pour certains, les effets secondaires de cette politique seraient dangereux.

Le plan de départ : plusieurs effets positifs recherchés

Amundi rappelle tout d’abord un peu plus en détails les principales raisons pour lesquelles le plan de quantitative easing de la BCE a été lancé. En-dehors d’une relance de l’inflation, le QE cherche surtout à avoir un effet sur les marchés obligataires, en obtenant « des taux aussi bas que possible » et « des spreads [écarts de taux] étroits, notamment pour les pays périphériques ». Ceci est notamment une réponse aux craintes qui s’étaient exacerbées lors de la crise de l’Eurozone.

Grâce à cette baisse des taux, le plan de relance cherche également à engendrer « une hausse du crédit bancaire, notamment aux PME ». Parallèlement, en provoquant une dévaluation de l’euro, le plan vise à dynamiser les exportations européennes, permettant d’augmenter leur chiffre d’affaires. Cette amélioration des perspectives financières des entreprises provoque logiquement une hausse de leur valorisation en Bourse, et donc un « effet richesse » chez les investisseurs. Ces derniers seraient ainsi enclins à dépenser plus, avec, à la clé, l’établissement d’un cercle vertueux en termes de dynamisme économique.

Les effets positifs du plan de relance de la BCE sont bien réels : « sans le QE, on n'en serait sans doute pas là », explique Marie-Anne Allier, responsable gestion taux euro chez Amundi, en faisant allusion à l'amélioration des perspectives de croissance européennes pour les mois et années à venir.

L’effet secondaire : trop de convergence des prévisions économiques

Pourtant, certains investisseurs, au lieu d’y voir un cercle vertueux, voient surtout dans ce mécanisme un risque de bulle sur les marchés d’actions et surtout sur les marchés obligataires. Marie-Anne Allier fait quant à elle la part des choses sur cette question.

« Les banques centrales ont toujours eu des conséquences sur les marchés, puisque c’est leur rôle avec le pilotage de la politique monétaire », rappelle-t-elle. « La nouveauté de nos jours, c’est l’aspect non conventionnel de ces politiques, qui poussent à appréhender différemment les risques sur les marchés ».

La responsable de la gestion taux euro met en garde contre les critiques simplistes, accusant la politique monétaire de tous les maux sans chercher à en analyser les effets exacts. Pour autant, Marie-Anne Allier reconnaît que les méthodes modernes  « non conventionnelles » des banques centrales peuvent engendrer un fonctionnement biaisé des marchés.

« Le problème, c’est qu’auparavant, les banques centrales laissaient un flou volontaire dans leurs discours. Je me souviens de l’époque où, après un discours de Greenspan, les analystes se battaient pour savoir si cela voulait dire que les taux allaient monter ou baisser. Ca donnait des opinions divergentes entre les agents du marché, et avec des opinions divergentes, on peut avoir un véritable marché ».

« Or, de nos jours, les banques centrales considèrent que ce flou risque de gêner les projections financières des agents. Pour cette raison, les banques centrales sont désormais très claires sur leur action à moyen-long terme. Par exemple, la BCE a annoncé son plan de quantitative easing pour une durée de plus d’un an et demi. C’est pratique pour y voir clair, mais en même temps, tout le monde a désormais les mêmes prévisions en même temps, et il n’y a plus de prises de positions divergentes entre les acteurs du marché. Or, si tout le monde pense la même chose au même moment, ça empêche au marché de bien fonctionner ».

Problèmes de liquidité

Tout en évoquant sans s'y attarder le risque de bulle sur les marchés (notamment sur les obligations), Marie-Anne Allier souligne surtout que les marchés obligataires sont désormais confrontés à un problème de manque de liquidités suscité par ce manque de convictions divergentes. « Or, ça peut être dangereux », souligne-t-elle. Ce problème avait déjà été relevé lorsque les taux souverains européens étaient brusquement remontés fin avril et début juin : le manque de liquidités sur le marché obligataire engendre en effet davantage de volatilité sur ce marché. Or, cette volatilité pourrait encore s’accentuer car « en cas de mauvaise surprise, les prévisions des analystes seraient toutes perturbées en même temps », explique-t-elle. Dans ce cas, les mouvements de marché pourraient être encore plus erratiques que ce qui s’est vu au cours des dernières semaines.

Ce risque n’est pas forcément grave pour autant : il faut simplement en avoir conscience dans le processus de gestion, explique Marie-Anne Allier. « Le problème de liquidité, même s’il n’est imputable qu’en partie aux banques centrales, devient un axe de gestion des portefeuilles au même titre que la gestion de duration, de courbe, ou d’allocation. Il requiert en amont des développements d’outils d’identification et de mesure des risques, de l’intégration de cet axe dans les process de gestion, et en aval d’outils de suivi ».

X. Bargue

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  • pascalcs le mardi 23 juin 2015 à 15:53

    Le QE est une imbécilité mastodontesque, un viol des épargnants et une monstrueuse manipulation des marchés. Le pire etant que les responsables de cette atrocité ne seront même pas traînés devant la justice pour leur action.

  • Isegoria le mardi 23 juin 2015 à 15:52

    Donner 60 milliards par mois aux banques sans AUCUNE contre partie est utile? Seul un économiste peut croire cette salade...