« Les industriels allemands arrivent en force sur le marché européen de la consommation » par Véronique Riches-Flores du Cercle des analystes indépendants

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L'Allemagne est devenue, au cours des dernières années, une grande puissance exportatrice... dans l'agroalimentaire nous rappelle Véronique Riches-Flores.
L'Allemagne est devenue, au cours des dernières années, une grande puissance exportatrice... dans l'agroalimentaire nous rappelle Véronique Riches-Flores.

L'Allemagne n'exporte pas seulement des machines-outils et des voitures haut-de-gamme. Les produits allemands  de consommation courante sont de plus en plus plébiscités par les consommateurs européens explique Véronique Riches-Flores, économiste (Riches-Flores Research) et membre du Cercle des analystes indépendants.

C'est bien en effet sur les biens de consommation courante que les productions allemandes semblent avoir le vent en poupe ces toutes dernières années en Europe. La crise aidant, le temps où l'automobile et l'équipement du foyer haut de gamme faisaient l'essentiel des ventes des entreprises allemandes aux consommateurs du reste de l'Europe est dépassé. Les produits de faible valeur marchande et faible valeur ajoutée ont, à l'inverse, réalisé une percée exceptionnelle sur le marché européen ces dernières années, que ce soit dans l'agro-alimentaire, la chaussure, la maroquinerie, ou l'habillement. Entre 2005 et 2012, les exportations de ces produits vers les quatre principaux partenaires allemands de la zone euro ont enregistré des rythmes de croissance bien supérieurs à ceux des productions traditionnelles, souvent en déclin : 4,5 % par an en moyenne s'agissant des articles d'habillement, + 6 % pour les vêtements et accessoires non-textiles, + 7 % pour ceux de la chaussure, quand les ventes de produits laitiers, grains ou autres matières alimentaires de base ont le plus souvent gravi les marches à des rythmes de plus de 10 % l'an... alors, qu'au contraire, les exportations automobiles refluaient de 3 % par an.

Pas seulement une histoire de coûts...

Si les écarts de coûts expliquent une partie de ces évolutions, notamment grâce à l'afflux de main d'œuvre des pays d'Europe de l'Est dans l'agriculture allemande, l'origine de cette percée est toutefois plus complexe, relevant tout à la fois d'une évolution de la stratégie commerciale allemande mais également d'un changement d'influence de plus en plus notables, un peu comme si l'Allemagne bénéficiait d'un renouveau de son image en matière de mode de vie. La percée des marques allemandes dans la création, la mode, l'habillement ne s'explique guère par des écarts de coûts ou des critères spécifiques de qualité mais pourrait, en revanche, correspondre à une certaine conception du confort vestimentaire que revendiquent nombreuses marques en essor et à laquelle une population de consommateurs vieillissants peut être plus sensible. L'influence culturelle en provenance d'Europe de l'Est dont l'empreinte est dorénavant très présente dans les secteurs en vogue est une autre illustration de ce renouveau. Enfin, l'industrie agro-alimentaire allemande a connu un développement particulièrement rapide ces dernières années et s'impose aujourd'hui au premier rang des exportateurs, en lieu et place de la France, grâce notamment à la présence accrue de ses discounters tels Lidl et Aldi.

...mais une assise de plus en plus étendue des produits allemands en Europe

Le résultat de ces tendances combinées est aujourd'hui celui d'une diversification accrue des exportations allemandes à destination de l'Europe avec, à la clé, une mutation des relations bilatérales entre l'Allemagne et ses partenaires, en même temps qu'une pénétration plus étendue de ses produits au niveau régional. Malgré un contexte économique peu porteur ces dernières années, l'emprise commerciale de l'Allemagne sur le reste de la région s'est, incontestablement, élargie. Ce constat rappelle un certain nombre d'évidences qu'il est peut-être bon de rappeler, notamment de ce côté-ci du Rhin :

- l'existence d'un marché européen de la consommation toujours considérable, dont la valeur, supérieure à 10 trillions de dollars, concentre encore un cinquième du marché mondial. A l'heure où le discours ambiant ne semble plus n'avoir d'yeux que pour les marchés lointains du monde émergent sans doute n'est-il pas superflu d'en rappeler la réalité.

- L'évidence que le renouveau industriel ne passera pas uniquement pas le développement de productions à forte intensité technologique à l'égard desquelles se concentrent, peut-être excessivement, les stratégies industrielles.

- Celle, enfin, d'une ressource de développement considérable dans la sphère agricole et agro-alimentaire que la France a trop systématiquement délaissée.

« Les industriels allemands arrivent en force sur le marché européen de la consommation » par V&eac
« Les industriels allemands arrivent en force sur le marché européen de la consommation » par Véronique Riches-Flores du Cercle des analystes indépendants

Véronique Riches-Flores

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d'analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

 

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  • M8603854 le lundi 30 juin 2014 à 11:57

    Pourquoi les derniers détaillants de fringues et de chaussures qui survivent dans nos cantons malgré les hyper vendent-ils autant de produits allemands ou créés pour le marché allemand? Pas parce qu'ils sont moins chers, mais parce qu'ils sont d'une qualité incroyable par rapport aux ""spécialistes" du sportswear à la française, qui nous inondent de chinoiseries!

  • nbanba le vendredi 27 juin 2014 à 15:59

    Avec des salaires a 1 euro l'heure, n'importe quel pays de l'OCDE est capable d'exporter a peu près n'importe quoi.

  • M2801849 le vendredi 27 juin 2014 à 15:50

    @ zwang12 Parce que to tube fluo a été fabriqué dans les pays de l'est (et chine) et assemblé en Allemagne...

  • zwang12 le vendredi 27 juin 2014 à 12:13

    J'ai acheté un tube fluo made in Germany il y a 2 jours pour 11 euros. Ce n'est pas une technologie de pointe. Pourquoi les Français n'en fabriquent pas ? Ne me dites pas que les ouvriers allemands sont rémunérés par un salaire de misère !

  • faites_c le vendredi 27 juin 2014 à 12:04

    Il faudra apprendre à cette dame que même 100% d'augmentation par rapport à l'infiniment petit cela fait toujours quelque chose d'infiniment petit! Si l'Allemagne était un géant du textile, de la chaussure, de la maroquinerie ou de l'agro-alimentaire, il y a bien longtemps que cela se saurait!!! SVP, arrêtez de nous baratiner et de nous répétez que tout le monde il est beau tout le monde il est gentil si cela vient d'Allemagne car c'est complètement faux!