''Les étrennes empoisonnées de Janet Yellen" (Cercle des analystes indépendants)

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Après la première hausse de ses taux directeurs la semaine dernière, qu'attendre désormais de la Fed ? L'analyse de l'économiste Véronique Riches-Flores.
Après la première hausse de ses taux directeurs la semaine dernière, qu'attendre désormais de la Fed ? L'analyse de l'économiste Véronique Riches-Flores.

"Promis, on ne vous parlera plus de la Fed de sitôt". Lassés par des mois de tergiversations, les économistes sont ravis ; la Fed enfin passée à l'acte, ils vont pouvoir se consacrer à d'autres questions… Il y a fort à parier, pourtant, que l'on ne puisse pas se débarrasser aussi facilement d'un sujet dont tout laisse penser qu'il nous promet, encore, bien des rebondissements.

Le premier de ces rendez-vous interviendra sans tarder avec la publication dès le 6 janvier, des minutes du FOMC de décembre, c'est à dire du compte-rendu détaillé du comité de politique monétaire au terme duquel a été décidée la hausse des taux. Car entre le communiqué officiel et les propos tenus par Janet Yellen lors de sa conférence de presse le ton est, en effet, assez différent. Si les marchés ont retenu de l'extrême prudence de la Présidente de la Fed la garantie d’un processus très graduel de remontée des taux directeurs, le communiqué, lui, est assurément moins "colombe" ne laissant aucunement supposer un exercice de normalisation particulièrement étalé dans le temps. Les minutes, d’ordinaire plus fidèles au communiqué officiel pourraient ainsi créer quelques mauvaises surprises… Et si la prochaine hausse des taux était envisagée dès janvier ou mars ?

Deuxième rendez-vous, celui de l’inflation dont on voit incontestablement progresser les composantes sous-jacentes des secteurs abrités de l’économie ces derniers mois. Il y a là probablement l’une des principales raisons pour lesquelles la Fed a fini par se décider à passer à l’action. Les données d’inflation n’ont donc pas fini d’être scrutées, surtout si, comme le suggère Janet Yellen, les effets de base négatifs de la chute des cours du pétrole sont amenés à disparaître (voir graphique ci-dessous). Ces données pourraient-elles la convaincre d’accélérer la cadence des hausses des taux, jusqu’où les cours du pétrole devraient-ils baisser pour l’en dissuader ?

Inflation américaine : gare aux effets de base.
Inflation américaine : gare aux effets de base.

Troisième rendez-vous, celui du dollar, pour lequel les conditions d’une appréciation supplémentaire à l’égard de la plupart des devises du reste du monde sont réunies. Si européens et japonais peuvent se réjouir de cette tendance, ce sont à peu près les seuls.

- Avec une industrie en récession ou presque, l’économie américaine pourrait payer cher l’envolée de sa devise au point que la menace d’une récession n’a pas tardé à s’imposer dans le radar des perspectives pour 2016.

- dans le monde émergent, la hausse du dollar a deux implications fondamentalement préoccupantes. Pour les économies à taux de change flottant, elle renchérit leur dette en dollars fragilisant d’autant une situation, souvent, déjà précaire. Pour les économies dont le taux de change est arrimé au dollar, elle impose une appréciation de leur taux de change souvent très mal venue, à l’instar de la Chine dont la monnaie s’est appréciée de quelque 30% ces trois dernières années à l’égard de ses principaux partenaires commerciaux, une situation intenable face à laquelle le gouvernement chinois ne peut rester inerte.

À partir de quand l’appréciation du billet vert remettra-t-elle en question le processus de « normalisation » des taux de la Fed ?

La liste de questions que soulève la hausse de 25 points de base des Fed Funds pourrait être encore étoffée ! On l’aura compris, malgré le bon accueil réservé à la décision de la Réserve Fédérale américaine, les raisons de douter de sa capacité à satisfaire les attentes d’un processus de normalisation suffisamment édulcoré pour ne pas inquiéter ou la poursuite tout court de cet exercice de remontée des taux sont encore nombreuses… De quoi largement continuer à monopoliser l’attention et des économistes et des marchés et, ce faisant, une volatilité hors norme des marchés obligataires et boursiers.

Véronique Riches-Flores

Véronique Riches-Flores est membre du Cercle des Analystes indépendants et présidente de RichesFlores Research.

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d’analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

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  • Tinou23 il y a 12 mois

    Je suis d'accord Janet yellen ne devrait pas remonter les taux rapidement avec la crise du pétrole

  • ccondem1 il y a 12 mois

    Au contraire, je pense qu'elle aura eu raison (un peu) trop tôt !

  • landerna il y a 12 mois

    ELLE preche dans le vide ,en pleine detresse veronique