Les élections américaines influent-elles sur les cours de Bourse ?

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Les élections américaines influent-elles sur la Bourse ?
Les élections américaines influent-elles sur la Bourse ?

Mardi, le « Super Tuesday » a confirmé l’avance d’Hillary Clinton et de Donald Trump dans leur course respective aux Primaires démocrates et républicaines. Mais la politique américaine a-t-elle une influence sur les cours de Bourse ? Pas si sûr !

Existe-t-il un véritable lien entre la ligne du parti politique au gouvernement et l’évolution des cours de Bourse ? On pourrait penser que oui, puisque chaque parti a un programme économique différent de celui des autres partis, notamment en termes de libéralisation de l’économie. Pourtant, l’influence de la politique sur les cours de Bourse est loin d’être démontrée.

Les cours de Bourse sont en effet bien plus influencés au quotidien par les publications économiques que par les décisions politiques. Par ailleurs, l’interdépendance des différentes places financières fait que l’évolution de la croissance brésilienne aura par exemple plus d’impact sur la bourse de Paris qu’une éventuelle modification des règles d’imposition en France.

Cette vérité est également valable aux Etats-Unis. « Le "Super Tuesday" est certes important dans la course à la présidence, mais il est toutefois peu probable qu’il ait un impact significatif sur les actions américaines », rappelait ainsi dernièrement la société de gestion Fidelity. Dont acte : les indices américains ont ouvert proches de l’équilibre mercredi, plus influencés par une statistique sur l’emploi que par l’inquiétante confirmation de la popularité de Donald Trump au sein du camp républicain.

Historiquement, la Bourse apprécie les Présidents démocrates

Malgré tout, Fidelity creuse le sujet et s’amuse à analyser l’évolution des tendances boursières en fonction de la couleur du gouvernement aux Etats-Unis.

On sait que dans la patrie de l’oncle Sam, le camp républicain est très libéral sur le plan économique et généralement favorable à une dérégulation des marchés, contrairement au camp démocrate qui, tout en restant libéral, aime davantage mettre ses mains dans les rouages de l’économie pour tenter d’en corriger les éventuelles imperfections, notamment en termes de creusement des inégalités.

Ainsi, « Beaucoup ont l’impression que les Présidents républicains sont gages de meilleures conditions économiques compte tenu de leurs positions plus libérales à l’égard des affaires et de l’économie », résume Fidelity de son point de vue très « business ». « Il est également pensé qu’une présidence républicaine favorisera une appréciation des cours sur les bourses ».

Pourtant, « ces présupposés sont inexacts, pour ce qui est des cours des actions tout au moins » remarque la société de gestion.

S’étant plongée dans l’historique des cours de bourse, Fidelity résume : « L’analyse de l’évolution des cours des actions américaines, représentées par l’indice S&P 500, de 1928 à aujourd’hui révèle en effet que les gouvernements dirigés par des républicains donnaient lieu à des performances boursières moins bonnes. Quatre périodes sous l’égide de Présidents républicains se sont clôturées dans le rouge. A l'inverse, seule une période sur quatre s’est avérée synonyme de pertes sous l’égide d’un Président démocrate ».

Dans le détail, « Les actions ont signé une progression annuelle moyenne de 10,0 % lorsque des Présidents démocrates étaient à la tête du pays, mais de seulement 1,8 % durant les périodes placées sous la présidence républicaine. Cette tendance est également manifeste au cours de la période allant de la fin de la Seconde Guerre mondiale jusqu’à nos jours. En effet, ces mêmes chiffres sont alors respectivement de 11,4 % et 4,8 % ».

Comment s’expliquent de de telles différences ?

La différence, très significative pour des données s’étalant sur près de 90 ans, peine à s’expliquer. Le programme économique démocrate est-il finalement beaucoup plus favorable à la croissance économique que le programme économique républicain ? Eventuellement, mais le sujet mériterait d’être étudié de manière approfondie pour trouver des illustrations concrètes de cette idée.

Peut-être inverse-t-on également cause et conséquence. En inversant le lien de causalité, il se pourrait que les périodes de croissance et de prospérité soient des périodes plus favorables au vote vers le camp démocrate. Il serait en effet plus facile de voter pour un parti prônant la redistribution des richesses lorsque le pays ne connaît aucune crise, plutôt que lorsque les relations sociales sont tendues par une dégradation de la conjoncture.

Enfin, tout cela est peut-être plus simplement le fruit du hasard. Les années 1990, aux Etats-Unis, ont par exemple été marquées par le développement fulgurant du secteur technologique, et furent des années exceptionnelles sur le plan boursier, les menaces géopolitiques s’étant également amoindries après la dissolution de l’ancienne URSS. Le démocrate Bill Clinton était en poste au cours de ces années, mais rien n’indique que cette croissance économique provienne spécifiquement de décisions politiques prises entre 1992 et 2000.

Même chose au cours des années 2000, sous la présidence de George Bush Jr. Les années 2000-2008 ont été marquées par deux crises : le krach de la bulle Internet et la crise des subprimes. Les choix politiques peuvent-ils expliquer ces crises ? Pas vraiment : l’éclatement de la bulle Internet est un pur phénomène de marché, tandis que la crise des subprimes a surtout été causée par des pratiques risquées au sein du secteur financier, la faiblesse prolongée des taux directeurs de la Fed entre 2001 et 2004 ayant également favorisé un surendettement des ménages américains.

Le débat reste donc entier mais n’en est pas moins intéressant. À noter que la France est également un bel exemple de l’aspect a priori contre-intuitif de l’évolution des cours de Bourse vis-à-vis de la couleur du gouvernement.

Les années Mitterrand ont ainsi permis à la bourse de Paris d’enregistrer de remarquables performances, malgré les craintes d’alors relatives à l’entrée d’anciens communistes au sein du gouvernement. Inversement, les années 2007-2012 de la présidence de Nicolas Sarkozy, très favorable à l’économie de marché, ont été particulièrement douloureuses en Bourse avec la double crise des subprimes (2008) puis des dettes souveraines de la zone euro (2010-2011). Encore une fois, le hasard de la conjoncture semble plus influent sur la Bourse que la nature des décisions économiques des gouvernements en place.

X. Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • guerber3 il y a 9 mois

    Les marionnettes des banksters ne peuvent plus intéresser que les basses classes sociales, l' oligarchie pilote la politique comme elle le veut...!