« Le crash obligataire est-il terminé ? » (Lyxor AM)

le , mis à jour à 16:10
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Après leur rebond de ces dernières semaines, les taux obligataires européens repartent-ils à la baisse pour une longue période ?
Après leur rebond de ces dernières semaines, les taux obligataires européens repartent-ils à la baisse pour une longue période ?

Les taux obligataires ont fortement rebondi au cours de la première quinzaine de mai, faisant chuter la valeur des obligations sur le marché. Jeanne Asseraf-Bitton, responsable de la recherche « multiactifs » chez Lyxor AM, estime qu’après ce rebond, les taux vont repartir à la baisse.

Depuis la remontée enregistrée au cours des dernières semaines, les taux souverains européens retombent progressivement. Principal « benchmark » dans ce domaine, le taux à 10 ans allemand redescendait à 0,529% ce jeudi 28 mai après avoir connu un passage de 0,05% à 0,75% entre le 17 avril et le 13 mai. La courbe des taux reprend-elle le chemin d’une baisse régulière ? Dans sa dernière note de conjoncture « Investment Views by Lyxor », Jeanne Asseraf-Bitton revient sur le sujet.

Le contexte : BCE et QE

La responsable de la recherche « multiactifs » revient tout d’abord sur le contexte macroéconomique influant sur les taux : « En mars dernier, la BCE a débuté ses achats sur le marché secondaire sur un rythme annuel de 400 milliards (en valeur faciale). C’est deux fois le montant des émissions ». En effet, « avec la contraction des déficits, les émissions nettes de dette souveraine tombent de 500 milliards par an début 2011 à 200 milliards aujourd’hui », rappelle-t-elle.

Du fait de ces achats d’obligations souveraines de la part de la Banque Centrale, « les marchés se sont envolés [jusqu’à la mi-avril]. Les rendements se sont écrasés, le 10 ans frôlant zéro en Allemagne et le taux moyen de la zone euro avoisinant 1% ».

Pour rappel, lorsque les taux baissent, la valeur des obligations monte. On dit donc que le marché obligataire s’envole lorsque les taux baissent.

Explications techniques sur la récente remontée des taux

Revenant ensuite sur la brutale remontée des taux entre la mi-avril et la mi-mai, Jeanne Asseraf-Bitton explique : « La correction qui a suivi a, elle aussi, été impressionnante et les deux épisodes illustrent bien les distorsions induites par la banque centrale ».

Alors que peu d’éléments fondamentaux ont permis d’expliquer ce rebond, la responsable de la recherche « multiactifs » de Lyxor AM entrevoit quant à elle des explications techniques.

« Parmi les facteurs techniques en jeu, la saisonnalité des émissions semble avoir tenu un rôle clé. Les émissions sont en effet passées d’environ 0 en avril à 70 milliard en mai, face à des achats de la BCE stables autour de 40 milliards par mois ; ce qui a déclenché la correction ».

« Des gestions systématiques ont amplifié le mouvement, comme en ont témoigné les larges volumes traités sur les futures. Les taux se sont tendus sur les niveaux de novembre dernier, lorsque que les marchés n’escomptaient pas encore le QE audacieux de la BCE. Le taux 10 ans moyen de l’Eurozone [s’est ainsi retrouvé] à 1.6% ».

Retour au calme envisagé

« Quid des prochains mois ? Nous entrevoyons un potentiel de baisse sur les taux », explique Jeanne Asseraf-Bitton.

« D’abord, Mario Draghi a réaffirmé sa détermination à sortir l’Eurozone de la crise paralysante dans laquelle elle est engluée. Pour qu’un cycle vertueux entre actifs financiers et activité s’enclenche, il est nécessaire que les taux longs restent durablement inférieurs à la croissance nominale de l’économie. Or, selon les dernières prévisions de la BCE, la croissance nominale de la zone serait proche de 1.5% en 2015 ». Autrement dit, il serait problématique que le taux obligataire moyen à 10 ans de la zone euro dépasse 1,5% pour que le plan de relance de la BCE soit un succès, et la Banque Centrale aurait donc pour but de maintenir les taux obligataires à un niveau inférieur au taux de croissance de la zone euro.

Enfin, remarque-t-elle, « depuis la crise, les banques centrales gèrent la partie longue de la courbe des taux et plus seulement les maturités courtes. Nous pensons que la BCE devrait peser sur les taux longs ». En somme, Jeanne Asseraf-Bitton estime que le rebond survenu ces dernières semaines sur les taux ne devrait pas se poursuivre.

X. Bargue

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  • faites_c le jeudi 28 mai 2015 à 14:21

    "Alors que peu d’éléments fondamentaux ont permis d’expliquer ce rebond, la responsable de la recherche « multiactifs » de Lyxor AM entrevoit quant à elle des explications techniques." Contrairement à e qui est dit, il y a des éléments fondamentaux : ce sont les banques qui ont encore trafiqué les cours et provoqué ce crash obligataire mais cela on ne le saura que dans 2 ou 3 ans!!!