La volatilité des marchés est-elle due au plan de relance de la BCE ?

le
4

Les récentes turbulences constatées sur les marchés européens seraient une conséquence inattendue du ''QE'' selon Alberto Gallo (RBS).
Les récentes turbulences constatées sur les marchés européens seraient une conséquence inattendue du ''QE'' selon Alberto Gallo (RBS).

Depuis quelques semaines, les marchés connaissent des variations erratiques en enchaînant les séances de fortes baisses et de forts rebonds, sans parler des variations chahutées du marché obligataire. Pour certains analystes, cette volatilité serait un effet indirect du « QE » de la BCE, qui provoquerait des comportements « grégaires » de la part des investisseurs.

Deux mois après sa mise en application, le plan de la BCE suscite toujours autant de débats et d’interrogations sur ses effets. Les Echos reviennent sur la question dans leur édition de ce mercredi.

Depuis son lancement, on attribue au plan de relance une partie de l’amélioration des perspectives économiques en zone euro, et donc une part non négligeable de la hausse des marchés européens observée ces derniers mois (hausse des actions et baisse des taux). Or, les turbulences de ces dernières semaines rouvrent le débat sur les effets potentiellement « déstabilisateurs » du « quantitative easing ».

Effet sur la volatilité des marchés actions

« Les marchés sont devenus moins stables, trop binaires et trop dépendants du QE », expliquait ainsi aux Echos Alberto Gallo, analyste chez RBS, estimant par ailleurs que désormais « beaucoup de fonds d’investissements fonctionnent de la même façon et prennent les mêmes risques. Ainsi, quand les marchés sont sous l’eau, la plupart liquident leurs positions en même temps ».

Revenant sur le récent mouvement de baisse des marchés d’actions, l’analyste poursuivait son idée : « la fête du QE n’est pas terminée pour autant, mais ce qui vient de se passer est peut-être un exemple de ce qui arrivera lorsqu’il touchera à sa fin ».

D’après l’analyste, le « QE » accentuerait donc la volatilité des marchés à cause des comportements grégaires qu’il engendrerait. Tant que les statistiques économiques sont bonnes, les investisseurs se dirigeraient ainsi plus massivement qu’auparavant sur les actions européennes en considérant que la relance fonctionne. Inversement, quand certains indicateurs ressortent moins bons que prévu, les allègements simultanés de titres provoqueraient des séances de fortes baisses sans que les fondamentaux économiques évoluent véritablement.

Effet sur les taux souverains

En-dehors des marchés d’actions, le plan de la BCE a aussi des effets importants sur le marché obligataire. Ce dernier semble désormais tiraillé entre deux effets très opposés.

D’une part, les rachats massifs d’obligations souveraines de la part de la BCE pèsent techniquement sur les taux : la hausse de la demande provoque en effet une hausse de la valeur des titres obligataires, et donc une baisse de leur taux de rémunération.

D’autre part, le plan de relance a pour but de contrer le risque déflationniste en zone euro, d’où un éventuel rehaussement des anticipations d’inflation susceptible de pousser les taux à la hausse.

Lors du lancement du plan, c’est clairement le premier effet qui l’a emporté, entraînant les taux souverains à des niveaux historiquement faibles. Cependant, depuis une quinzaine de jours, c’est désormais le second effet qui semble dominer, entraînant une volatilité assez inhabituelle sur le marché des obligations souveraines. L’exemple souvent pris est celui du taux allemand à 10 ans, qui a fortement rebondi dernièrement après avoir considérablement baissé ces derniers mois, mais cela est également vrai pour la totalité des taux souverains des pays de la zone euro. Concernant le taux d’emprunt français à 10 ans, celui-ci se situait à 0,86% mercredi 13 mai, après avoir atteint un point bas autour de 0,25% le 20 avril.

Variations décorrélées des fondamentaux

Rien n’explique pour autant de manière très claire ce brusque changement de comportement des investisseurs sur le marché obligataire. Certes, le risque déflationniste s’éloigne en zone euro, mais pas au point d’expliquer une si brutale hausse des taux en quelques semaines. De même, le rebond du pétrole, aux effets potentiellement inflationnistes, n’est pas un argument convaincant : ce rebond est principalement survenu de la mi-mars à la mi-avril, alors que les taux souverains européens continuaient alors à baisser.

En réalité, seule la nervosité des investisseurs dans un contexte de taux excessivement bas semble pouvoir expliquer les récentes variations observées. Revenant ainsi à l’idée des comportements « grégaires » évoqués par Alberto Gallo, le simple sentiment d’un changement de tendance semble provoquer de brusques variations sur le marché, sans corrélation particulière avec les fondamentaux économiques. Reste à savoir si cet effet est véritablement imputable au plan de relance de la BCE comme l’évoquait Alberto Gallo : il n’est pas du tout certain que les marchés auraient davantage gardé leur calme sans l’action monétaire de la Banque Centrale.

X. Bargue

Retrouvez tous les articles de la rédaction de Boursorama dans la rubrique dédiée.

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • M1616498 le dimanche 17 mai 2015 à 21:51

    le trop plein oriental de la bise sous-jacente essaimait au loin la divine tentation.

  • monjohn le vendredi 15 mai 2015 à 13:33

    Et tu QE?

  • PHMAUVE le mercredi 13 mai 2015 à 17:11

    Nous n'y échapperons pas : http://www.upr.fr/conferences/le-jour-dapres-la-sortie-de-lunion-europeenne-fin-du-monde-ou-liberation

  • zwang12 le mercredi 13 mai 2015 à 17:09

    Trop de QE tue QE