La Martiniquaise entre au capital de Belvédère

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par Pascale Denis

PARIS (Reuters) - Le conseil d'administration de Belvédère a obtenu le soutien inattendu d'un nouvel actionnaire, La Martiniquaise Bardinet, à l'aube d'une assemblée générale décisive pour le spécialiste  des spiritueux.

Le conseil du groupe propriétaire de Marie Brizard, de la vodka Sobieski ou du whisky William Peel est contesté par son principal actionnaire, le marocain Diana Holdings qui détient 17,31% du capital.

Ce dernier  a réclamé la démission de quatre administrateurs indépendants  - dont le président - et la constitution d'un conseil de huit membres comportant quatre représentants du concert qu'il a constitué avec le groupe viticole Castel (5,66% du capital).

Avec la voix prépondérante dévolue à la présidence, qui serait assumée par sa PDG de Diana Holdings, Rita Maria Zniber, le contrôle de Belvédère serait, de fait, exercé par le groupe marocain.

Mais un allié de poids pour le conseil actuel s'est invité en fin de semaine dernière. La Martiniquaise, groupe de spiritueux français propriétaire du porto Cruz, du whisky Label 5 ou du gin Gibson's, a annoncé avoir franchi le seuil de 5% du capital et demandé un siège au conseil d'administration.

Se disant "très attaché à l'indépendance du conseil d'administration dans sa composition actuelle", La Martiniquaise assure ne pas souhaiter prendre le contrôle de Belvédère mais se propose de nouer avec lui des partenariats industriels.

Les demandes de Diana Holdings ont quant à elles été vivement dénoncées par l'Association de défense des actionnaires minoritaires (Adam), qui évoque une "tentative de putsch" et met en garde contre le risque d’une prise de contrôle rampante dispensant cet actionnaire d'avoir à en payer le prix.

Elles ont également été rejetées par les trois principales agences de conseil aux investisseurs, Glass Lewis, Institutional Shareholder Services (ISS) et Proxinvest.

"Nous analysons cette assemblée très particulière comme une tentative de prise de contrôle de la part de Diana Holdings qui n'a que 17% du capital", a déclaré à Reuters le directeur général de Proxinvest, Loïc Dessaint.

Les quatre administrateurs indépendants dont la démission a été réclamée par Diana Holdings - Benoît Hérault, président du conseil, Christine Mondollot, Constance Benqué et Benoît Ghiot - ont remis leur mandat en jeu lors de l'assemblée générale du 30 juin.

RÉSOLUTION "INTOLÉRABLE"

Proxinvest s'insurge aussi contre une résolution déposée par Diana Holdings qualifiée d'"intolérable", visant à ramener de quatre à deux ans le délai d'obtention de droits de vote doubles.

Le troisième actionnaire de Belvédère, le fonds SPC Lux (4,8% du capital), a quant à lui demandé la révocation des trois administrateurs non démissionnaires, estimant qu'il revenait à l'assemblée générale de se prononcer sur la composition de la totalité du conseil d'administration.

Pour Benoît Hérault, la position des administrateurs indépendants est "bien comprise" par les nombreux investisseurs institutionnels et individuels avec qui il a été en contact.

La principale interrogation semble porter sur la participation et le vote des petits actionnaires, qui détiennent environ 45% à 50% du capital. "Le risque, c'est un très faible taux de participation", souligne Loïc Dessaint.

Au bord du gouffre il y a deux ans, Belvédère est en voie de redressement. Sous la houlette de son nouveau directeur général Jean-Noël Reynaud, le groupe a réduit ses pertes en 2014 et renoué avec la croissance début 2015, récoltant les premiers fruits de son plan stratégique "Big 2018".

Diana Holdings dit apporter tout son soutien à la stratégie mais souhaite accélérer la distribution à l'international via son réseau et celui de Castel et juge que "cela nécessite quelques changements au niveau de la gouvernance qui manque clairement d'ancrage dans le secteur".

Compte-tenu des projets de contrats entre l'entreprise et ses actionnaires, la présidente de l'Adam Colette Neuville juge "suspecte la volonté du concert de vouloir se débarrasser des administrateurs indépendants".

Ces projets doivent pouvoir être approuvés par un conseil capable de s'assurer que la valeur sera répartie équitablement entre tous les actionnaires, plaide-t-elle.

Salués par le marché, les résultats du groupe comme la montée au capital de la famille Zniber ont fait grimper le titre en Bourse. Malmené depuis le début juin par les dissensions du conseil, il gagne encore 61,5% depuis le début de l'année, à 17,5 euros, pour une capitalisation de 463,5 millions d'euros.

Septième groupe privé du Maroc, Diana Holdings, propriété de la famille Zniber, est le premier producteur de vins du pays.

Arrivé au capital de Belvédère en septembre 2014, il cherche à se diversifier à l'international.

(Edité par Jean-Michel Bélot)

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