La BCE entrevoit quatre risques éventuels pour la stabilité financière de la zone euro

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La faible rentabilité des banques et le shadow banking font partie des principaux risques qui pourraient assombrir le paysage en Europe selon la BCE.
La faible rentabilité des banques et le shadow banking font partie des principaux risques qui pourraient assombrir le paysage en Europe selon la BCE.

Un communiqué de presse de la Banque Centrale Européenne, diffusé le 28 mai dernier par la Banque de France, fait le point sur la stabilité financière du Vieux Continent. Le communiqué souligne la persistance de certains risques éventuels pour la stabilité financière européenne.

« Les tensions systémiques au sein de la zone euro sont demeurées faibles au cours des six derniers mois », affirme dans un premier temps le communiqué de presse de la BCE, qui souligne que cette période a coïncidé en Europe avec « un contexte d’amélioration de la croissance économique, qui demeure toutefois modérée ».

« Sur les marchés financiers, on observe un renchérissement persistant des actifs et des accès de volatilité, mais sans surévaluations généralisées », estime par ailleurs la Banque Centrale Européenne, qui ne considère donc pas qu’une bulle boursière s’est formée au cours du premier trimestre 2015.

Néanmoins, « en dépit d’un sentiment globalement positif sur les marchés financiers, au plan mondial, de fréquents épisodes de tensions ont été observés sur ces marchés. Les grandes banques sont moins confiantes en leur capacité à jouer le rôle de teneur de marché en période de tensions », remarque l’institution.

L’activité économique peine à redémarrer

Le communiqué revient sur la conjoncture économique actuelle, soulignant les difficultés d’une véritable reprise en Europe.

« Alors que la prise de risque s’accroît dans le domaine financier, la prise de risque dans le domaine économique reste timide, ce dont témoigne tout particulièrement le contraste entre l’appréciation des actifs financiers et le bas niveau de l’investissement en volume. La reprise économique s’est accélérée dans la zone euro, mais elle demeure faible au regard des normes internationales ».

Par ailleurs, « le risque d’une croissance nominale durablement faible reste un défi pour la stabilité financière dans la zone euro », affirme la BCE. « La survenue de difficultés propres aux pays, aux secteurs et aux institutions nécessiterait de prendre des mesures de politique macroprudentielle, la politique monétaire restant axée sur la stabilité des prix ». Par ces mots, la BCE laisse entendre qu’elle ne pourra pas sauver à elle seule l’économie européenne avec le « quantitative easing », et semble faire allusion au dossier grec sur lequel un compromis ne parvient toujours pas à être trouvé entre les dirigeants politiques et les créanciers.

Seul point véritablement positif, « les crédits à l’économie réelle se redressent, sous l’effet bénéfique des mesures de politique monétaire prises par la BCE », affirme le communiqué.

Environnement difficile pour les banques et les assurances

La note de la BCE affirme par ailleurs que « les vulnérabilités du système financier continuent de découler non seulement des marchés financiers, mais également des institutions financières, allant des banques aux sociétés d’assurance et, de plus en plus, du secteur bancaire parallèle ».

Par « secteur bancaire parallèle », la BCE désigne le « shadow banking ».

Surtout, « la rentabilité bancaire reste faible et le rendement des fonds propres est toujours inférieur au coût du capital pour de nombreuses banques », estime l’institution.

Quant au secteur des assurances : « En dépit de la solide rentabilité dont elles ont fait état jusqu’à présent, les sociétés d’assurance de la zone euro doivent faire face à des difficultés croissantes, le contexte de bas rendement remettant en question leur recours traditionnel aux actifs à revenu fixe pour générer des rendements ». Les actifs à revenus fixes désignent les obligations.

Enfin, « le secteur bancaire parallèle continue d’afficher une croissance soutenue, accentuant les risques systémiques potentiels ». « En raison de leur niveau d’endettement élevé, les émetteurs souverains restent vulnérables aux chocs aussi bien économiques que financiers ».

Quatre risques pour la stabilité financière dans les 18 prochains mois

La BCE conclue sa note en estimant que quatre principaux risques pour la stabilité financière européenne doivent être surveillés au cours des 18 prochains mois.

Faisant allusion à la récente remontée des taux d’intérêts sur les marchés obligataires européens, la BCE remarque qu’un premier risque pourrait provenir d’« une inversion brutale des primes de risque  à l’échelle mondiale, amplifié par une faible liquidité du marché secondaire ». Autrement dit, l’un des risques pourrait provenir d’une remontée trop rapide des taux d’intérêts.

Un second risque pourrait également provenir « de médiocres perspectives concernant la rentabilité des banques et des sociétés d’assurance dans un contexte de faible croissance nominale et de lents progrès vers la résolution des actifs à problème ».

Troisième risque : « une résurgence des préoccupations concernant la soutenabilité de la dette souveraine [pourrait réapparaître] parmi les émetteurs souverains et le secteur des entreprises, dans un contexte de faible croissance nominale ».

Enfin, le quatrième risque serait lié au « shadow banking », qui pourrait créer des « effets de contagion » entre les différents acteurs de la sphère financière si l’un des trois précédents risques venait à se concrétiser. On notera que la croissance des activités plus ou moins opaques de « shadow banking » avait déjà participé à l’accentuation des difficultés financières dans la crise de 2008.

X. Bargue

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  • stricot le mercredi 3 juin 2015 à 09:19

    L'argent n'est pas plus thesaurise maintenant qu'auparavant... Et je ne comprends pas bien ce qu'ils entendent par "shadow banking". Le trading informatise? Ca accentue la volatilite mais ca ne contribue pas a la valorisation sur le long terme des marches. Sinon ca creerait des opportunites que je me depecherais de saisir avec un peu de jugement et d'analyse humaine.

  • stricot le mercredi 3 juin 2015 à 09:16

    Bien sur mlcbnb... Et ce que l'immense majorite de gens ne comprennent pas, c'est qu'inflation + rendement quasi a zero, en plus d'avoir une population qui vieillit vite et vit plus longtemps et des caisses de retraites par repartition deja en deficit structurel... C'est le pire scenario pour les retraites dans quelques decennies (comme la mienne). Au pire, les caisses prendront des risques qui leur feront perdre encore plus.

  • pierry5 le mardi 2 juin 2015 à 21:44

    Ils racontaient la même chose en 2007. Tout allait bien ... Madame la Marquise.

  • mlcbnb le mardi 2 juin 2015 à 19:22

    les problèmes majeurs actuels sont un rendement nul, voire négatif des obligations de qualité, le risque de défaut des emprunteurs et la chute de la valeur de l'euro par surimpression de papier, à un rythme plus important que le rendement des obligations. Donc en détenant des obligations, les banques et assureurs perdent en termes réels de l'argent

  • monjohn le mardi 2 juin 2015 à 19:18

    Il y a un 5ème risque: La peur d'une dépression qui fait que l'argent est thésaurisé plutôt que dépensé dans l'économie. La peur du lendemain, conséquence des agissement s éhontés de nos chers financiers...