L'interview de Paul Younès (UFF) : « il faut oser prendre davantage de risques »

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Les placements sans risque sont devenus sans intérêt
Les placements sans risque sont devenus sans intérêt

Les marchés ont été rassurés le 22 janvier dernier avec l'annonce d'un vaste plan de rachats d'actifs de la part de la BCE. Pour Paul Younès, directeur général de l'UFF (Union Financière de France), c'est le moment d'oser prendre des risques pour capter des rendements qui peuvent être attractifs.

Pouvez-vous nous présenter l'Union Financière de France (UFF) ?

Paul Younès : L'UFF est une banque conseil en gestion de patrimoine, leader sur son marché. Nous sommes une société cotée en Bourse : notre actionnaire majoritaire est Aviva, qui détient 74% des parts, et notre action s'échange sur l'Euronext. Notre société compte désormais près de 1500 collaborateurs, dont plus d'un millier de conseillers en gestion de patrimoine répartis dans 25 agences en France. Notre métier est de conseiller nos clients sur leurs affaires d'argent pour leur permettre de prendre de bonnes décisions, sur la durée, en fonction de leurs objectifs et de leur profil d'investissement. Nous travaillons en architecture ouverte, c'est-à-dire que nous sélectionnons, auprès de l'ensemble des gérants d'actifs et acteurs immobiliers du marché, les solutions qui nous paraissent les mieux correspondre aux besoins de nos clients.

Nous avons par ailleurs désormais 11 milliards d'euros d'actifs sous gestion, ce montant a fortement progressé l'année dernière sous le double effet d'une belle année commerciale et d'une acquisition externe. Nos fonds sous gestion sont globalement investis à 70% en actifs financiers de type actions ou obligations.

Que peut-on attendre des performances de l'année 2015 en termes de placements ?

P.Y. : Aujourd'hui les placements sans risque sont devenus sans intérêt. Le Livret A est à seulement 1%, son taux sera maintenu en février mais pourrait encore baisser par la suite. Le rendement des fonds en euros dans le cadre d'assurances-vie accuse une baisse moyenne de l'ordre de 0,3%  en 2014 et, surtout, va inexorablement continuer sa glissade les années suivantes...

Pour avoir un espoir de gains, il n'y a plus le choix, il faut se montrer plus audacieux et prendre davantage de risques. Pour cela, il faut être prêt à accepter de bloquer son épargne un certain temps sur des actifs qui sont certes plus volatils, mais qui peuvent en contrepartie être beaucoup mieux rémunérés.

La récente relance monétaire de la BCE accentue encore le mouvement que vous décrivez de baisse du rendement des actifs. Est-ce quand même une bonne décision économique selon vous ?

P.Y. : Oui, c'est une décision qui agit dans le bon sens.  Ce ne sera sans doute pas suffisant, mais c'est nécessaire. En France et en Europe, la croissance est atone. La BCE ne peut pas directement créer la croissance, mais elle peut créer les conditions nécessaires à sa réalisation en envoyant des signaux de confiance. Cette confiance est nécessaire pour que les investisseurs puissent se projeter dans l'avenir pour investir. Cette défiance en l'avenir est visible dans les comportements des épargnants particuliers qui, bien que conscients des problèmes de retraite et de dépendance par exemple, s'y sont très insuffisamment préparés.

Par ailleurs, la baisse des rendements provoquée par la décision de la BCE peut avoir des effets bénéfiques. Si les épargnants ont de l'argent qui ne rapporte plus assez, cela peut leur donner envie d'investir davantage dans des entreprises, sous forme d'actions et d'obligations, ou dans l'immobilier. Ces choix seront revigorants pour l'économie, plutôt que le fait de laisser son épargne sur du « sans risque » qui ne finance pas l'économie réelle.

Avec les taux bas, le crédit immobilier est par ailleurs devenu très bon marché. Il n'a jamais été aussi intéressant de s'endetter pour acheter un bien immobilier avec une part importante de levier financier. Attention toutefois à ne pas surestimer et excéder sa capacité de remboursement.  

Avez-vous des conseils généraux à donner à nos lecteurs pour leurs placements en 2015 ?

P.Y. : Tout dépend des objectifs d'investissements de chacun. Si l'on veut faire des placements sans risque, il faudra se contenter d'un rendement compris entre 0 à 2% maximum. Si l'on a en revanche du temps devant soi, on peut se tourner vers de l'investissement immobilier physique qui peut rapporter du 3% net en location avec le dispositif Pinel, voire même du 5% en intégrant l'avantage  fiscal et en achetant avec une part d'endettement.

Enfin, en montant dans le niveau de prise de risques, on peut aller chercher des rendements de plus de 5% nets de frais, en se tournant par exemple vers les SCPI, qui permettent de détenir des parts d'immeubles sous forme de titres financiers. Autre possibilité : acheter des obligations d'entreprises « high yield », c'est-à-dire relativement risquées, qui peuvent offrir aujourd'hui un couple rendement/risque attractif. Attention toutefois à être très sélectif avec ces dernières : mieux vaut confier la gestion à des spécialistes. Le marché des actions reste également prometteur en 2015,  en zone euro mais aussi du côté des actions américaines et des pays émergents. Un seul mot d'ordre ici : bien diversifier son portefeuille et investir progressivement pour lisser la volatilité des marchés.

Pour vous, est-ce que le nouveau chemin économique qu'emprunte la Grèce peut créer des remous ?

P.Y. : Ce que l'on constate, c'est que les marchés n'ont pas réagi lundi à l'annonce des résultats électoraux, estimant donc que cet évènement, en soi, n'est pas susceptible de modifier les paramètres économiques européens ou mondiaux.  Cependant, à l'image de ce qui s'est produit hier en Grèce, toute action prise par le nouveau gouvernement sera évaluée à l'aune de son impact économique potentiel."

Propos recueillis par Xavier Bargue

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