L'interview de Marc Touati : « Elections européennes ou pas, les marchés restent en apesanteur en attendant la BCE »

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Ces élections européennes confirment le fossé grandissant entre les élites politiques et économiques et la population estime Marc Touati.
Ces élections européennes confirment le fossé grandissant entre les élites politiques et économiques et la population estime Marc Touati.

La  très large victoire du Front national en France lors des élections européennes n'a pas fait réagir le Cac 40. Les investisseurs européens restent en apesanteur en attendant la réunion de la BCE le 5 juin prochain constate l'économiste Marc Touati (cabinet ACDEFI).

La victoire du Front national aux élections européennes est-elle vraiment une surprise dans le contexte actuel ?

Marc Touati : La vraie surprise vient de l'ampleur de cette victoire. Ne tournons pas autour des mots, le Front national est devenu dimanche, à l'occasion de ce scrutin, le premier parti de France. Le malaise de la société française est très profond. La classe politique ne donne pas le sentiment d'avoir compris ce malaise. Le fossé entre les élites politiques, voire économiques, et la population ne cesse de grandir...

Qui est responsable de ce résultat ?

M.T : Nous payons vingt ans d'erreurs de stratégie économique (fiscalité trop lourde, dépenses publiques trop élevées etc.) qui font que la France est devenue la lanterne rouge d'une zone économique qui est, elle-même, la lanterne rouge de la croissance mondiale. Les erreurs de politique monétaire ont également alimenté l'euroscepticisme. Nous souffrons d'un euro trop fort mais ce n'est pas une raison pour imputer à la monnaie unique ou à l'Allemagne toute la responsabilité de nos difficultés.

La France n'est pas le seul pays dont les électeurs ont manifesté dimanche leur mécontentement vis-à-vis de l'Europe de Bruxelles. Le fonctionnement de l'Union européenne doit-il être corrigé en profondeur ?

M.T : Bien sûr. Il reste que les classes politiques nationales sont les premières à devoir se remettre en question. Dans la plupart des pays européens, on a demandé aux peuples de faire des efforts pour réduire l'endettement mais les dirigeants se sont défaussés sur l'Europe. Quand le discours dominant consiste à expliquer aux gens que leurs difficultés proviennent des contraintes budgétaires imposées par Bruxelles, il ne faut pas s'étonner ensuite que les électeurs deviennent eurosceptiques. Ce phénomène ne concerne pas que la France en effet.  Pourtant, on ne doit pas réduire nos déficits pour les beaux yeux de la Commission européenne mais pour l'avenir de nos enfants !

Lundi, les marchés n'ont pas vraiment réagi à ce « séisme » électoral. Comment l'expliquez-vous ?

M.T : On constate même une sorte d'indifférence des marchés à l'égard de la France. Une bulle s'est créée sur les marchés obligataires souverains. La France se finance à bon marché (1,8% pour le taux 10 ans) alors que sa situation économique reste très morose (indice PMI inférieur à 50) et que le FN vient de remporter les élections. C'est le signe que les marchés vivent en apesanteur. En fait, les investisseurs européens ont les yeux rivés sur la réunion du 5 juin de la Banque centrale européenne. Ils restent dans l'expectative, élections européennes ou pas...

Justement, que peut faire Mario Draghi le 5 juin ?

M.T : Soyons clairs, cette réunion va provoquer de la déception. Mario Draghi va peut-être baisser les taux, prendre quelques mesures techniques mais il ne mettra pas en place un véritable plan d'assouplissement quantitatif (QE) sur le modèle américain. Les marchés ont mis trop d'espoirs dans la BCE. Attention au retour de bâton. Dans plusieurs pays européens, une remontée des taux longs serait catastrophique. Il faut se préparer au retour de la volatilité. Les prochains trimestres vont être difficiles...

Propos recueillis par Julien Gautier

 

 

 

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  • PHMAUVE le mercredi 28 mai 2014 à 14:26

    Allez voir les vrais économistes http://www.upr.fr/videos/conferences-en-ligne/vincent-brousseau-upr-sortir-de-leuro-pourquoi-et-comment Expert BCE

  • Garasixt le mercredi 28 mai 2014 à 13:46

    Quel choc? Rien de nouveau, tout était prévu. Mais le château de cartes FN va bientôt s'effondrer, comme cela s'est déjà passé, et il faudra encore vendre les bijoux de famille.

  • TurbHaut le mercredi 28 mai 2014 à 11:30

    Aie, je suis plutôt en accord avec lui mais vous semblez tous le considérer comme le meilleur indicateur contrarien. Du coup, j'avais le doigt sur la détente des TP(4620), mais j’hésite.

  • flexmoul le mercredi 28 mai 2014 à 11:29

    Preuve que l'intox : si vous votez FN vous serez montrés du doigt est de la pure INTOX.En route pour la sortie de l'euro !Touati et autres banksters ultralibéraux dégage et arrête de parler de la France, c'est juste une vache à traire pour les mecs comme toi

  • juillia3 le mercredi 28 mai 2014 à 09:53

    les francais veulent simplement du travail, entendre creation d entreprise , investissement , une ligne solide et bien tracé ils en ont marre d entendre restriction , economie , ect alors que la classe politique continue d en profiter completement deconnecté de la realité

  • bos1 le mercredi 28 mai 2014 à 09:14

    HIHI, sauf qu'il doit se faire payer pour ça.

  • AND.KOTE le mercredi 28 mai 2014 à 08:52

    Il enfonce une porte ouverte en confirmant que la bce ne fera pas grand chose, mon fils de 12 ans pourrait le dire

  • fquiroga le mercredi 28 mai 2014 à 07:55

    Mr je-sais-tout-sur-tout a dit.......

  • stochast le mercredi 28 mai 2014 à 02:00

    Il dit que le fossé s'est creusé avec les élites économiques. C'est peut-être parce qu'il pense faire partie de l'élite et qu'il ne comprend pas pourquoi il se fait basher à chaque sortie...

  • syjo le mardi 27 mai 2014 à 20:57

    le plus gros des incompétents qui en 2007 s'est moqué du journaliste de bloomberg inquiet d'un cac à 6000,en persifflant comme un âne bâté qu'il est,"et pourquoi pas 5000 points pendant que vous y êtes?" on connait la suite.