L'interview de Franck Dixmier (Allianz GI) : « La BCE va poursuivre son QE, les taux vont rester bas »

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La Fed ne devrait pas repousser le relèvement de ses taux selon Franck Dixmier (Allianz GI)
La Fed ne devrait pas repousser le relèvement de ses taux selon Franck Dixmier (Allianz GI)

La Fed devrait remonter ses taux avant septembre et la BCE poursuivre son QE jusqu’en 2016, ce qui devrait maintenir les taux souverains européens à la baisse selon Franck Dixmier, directeur Europe de la gestion obligataire chez Allianz Global Investors.

Après un premier trimestre très favorable aux marchés actions, les indices boursiers semblent marquer le pas et renouent avec la volatilité… On a également assisté à des remontées brutales des taux des emprunts d’Etat européens.  Comment expliquez-vous ce retournement des investisseurs ?

Franck Dixmier : Nous sommes confrontés à un cocktail d’incertitudes macroéconomiques aussi bien aux Etats-Unis qu’en Europe. Il y a encore trois semaines, « l’alignement des planètes » semblait très favorable. Portés par l’effet QE, les taux souverains restaient à des niveaux très bas mais il a en effet suffi de quelques séances pour assister à un retournement des marchés. Depuis deux mois et demi, les indicateurs macroéconomiques en provenance des Etats-Unis n’ont cessé de décevoir alors que le phénomène inverse s’est produit pour la zone euro qui a surpris positivement. Les investisseurs ont donc revu leurs prévisions. La correction a été particulièrement visible sur le change avec une remontée de l’euro par rapport au dollar. Phénomène qui vient s’ajouter à la remontée des prix de l’énergie. La logique qui prévalait chez les investisseurs lors du lancement du QE a changé.

La Fed va-t-elle remonter ses taux en septembre ? Qu’anticipent les marchés aujourd’hui ?

F.D : Les marchés s’attendaient effectivement à une remontée des taux en septembre mais aujourd’hui cette remontée est à peine « pricée » pour la fin de l’année. Nous avons cependant du mal à croire à ce scénario. La Fed a pris du retard dans la normalisation de sa politique monétaire. Si l’on prend en compte les anticipations d’inflation et de croissance, la règle de Taylor nous apprend qu’un taux court approprié tournerait autour des 2,5%. En l’absence de marges de manœuvre budgétaires, la politique monétaire est la seule variable disponible pour contrer d’éventuels chocs externes. La Fed doit donc se recréer des marges de manœuvre. D’autant que l’économie américaine est proche du plein-emploi. Malgré les doutes sur la vigueur de la reprise, elle devrait tout de même croître à plus de 2% cette année. Rien ne justifie le maintien de taux « de guerre »… La remontée pourrait avoir lieu, selon nous, plus rapidement que prévu.

Les chiffres de la croissance du premier trimestre en zone euro (+0,4%), et notamment en France (+0,6%), témoignent-ils de la bonne santé retrouvée de l’économie européenne. On a parlé de chiffres en trompe l’œil, portés par la baisse des prix des carburants…

F.D : Ce sont des chiffres satisfaisants après des années de conjoncture difficile en Europe. Bien sûr, la zone euro a profité d’un « alignement des astres » particulièrement favorable. L’euro s’est tout de même déprécié de 20% par rapport au dollar depuis les plus hauts niveaux de mai 2014. Avec la remontée des taux de la Fed, la monnaie européenne devrait reprendre le chemin de la baisse. De même, nous pensons que Mario Draghi ira au terme du QE. Il y a des pressions en sens contraire mais nul doute que la BCE n’interrompra pas son programme en cours quel que soit le « newsflow » sur les anticipations d’inflation. L’objectif de 2% d’inflation sera vraisemblablement atteint en 2016 mais pas cette année.

L’heure de vérité approche pour la Grèce. Un accord semble possible mais les tensions restent très vives entre créanciers et gouvernement Tsipras ne manquent pas de créer de l’incertitude…

F.D : Pour l’instant, les marchés ne paniquent pas mais nous sommes proches du dernier acte. Entre le 5 et le 19 juin, la Grèce doit rembourser environ 1,5 milliard d’euros au FMI. Les recours sont aujourd’hui épuisés. L’Etat grec a besoin de fonds. Les banques grecques sont quant à elles confrontées à une pénurie de collatéral. La BCE a déjà fourni 80 milliards d’euros de liquidités dans le cadre du programme ELA alors qu’on estime que le collatéral disponible à l’actif des banques grecques ne représenterait qu’environ 95 milliards d’euros. Si les banques grecques n’ont plus accès à cette liquidité d’urgence, le système bancaire ne résistera pas. Il y aura vraisemblablement un compromis entre les parties qui pourrait alors provoquer un rally sur les actions et les taux.

En attendant, quelle est votre stratégie d’investissement chez Allianz GI ?

F.D : Nous gardons une surpondération actions vs. taux. Cette tension vive sur les taux intervenue dans un laps de temps très court a constitué un événement de marché. Néanmoins, le QE va continuer à produire ses effets. Gardons en tête que les montants engagés par la BCE représentent deux fois les montants nets émis chaque année par les Etats. Dans un tel contexte de déséquilibre offre/demande, les taux obligataires vont rester bas…

Propos recueillis par Julien Gautier

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  • juillia3 le lundi 25 mai 2015 à 19:02

    rien n a changé que de la speculation !!!la hausse des taux serait catastrophique pour l economie europenne a t on envie de revivre une nouvelle crise !!!! avec cette fois ci les caisses vident ......

  • M4314275 le lundi 25 mai 2015 à 15:12

    Si c'est la fin du P.Q., il nous reste les feuilles qui naissent en mai.

  • guerber3 le samedi 23 mai 2015 à 09:22

    Les taux ne peuvent pas remonter, ce serait la faillite générale et la fin du P.Q....!

  • domsko le vendredi 22 mai 2015 à 21:54

    pour éviter cela consommons le moins possible, signe de bonne gestion de particuliers

  • wanda6 le jeudi 21 mai 2015 à 09:26

    La reflation des actifs enrichit encore plus les ultra-riches : http://www.agoravox.tv/actualites/economie/article/la-minute-de-philippe-bechade-la-49979