L'inflation recule en zone euro et complique la tâche de la BCE

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    * L'inflation de base diminue pour le 2e mois d'affilée 
    * L'inflation globale, stable à 0,2%, est inférieure au 
consensus 
    * La BCE ne devrait pas modifier sa politique le 21 janvier 
 
 (Actualisé avec précisions, commentaire,) 
    par Jan Strupczewski et Balazs Koranyi 
    BRUXELLES/FRANCFORT, 5 janvier (Reuters) - L'inflation de 
base dans la zone euro a ralenti en décembre pour le deuxième 
mois consécutif, montre l'estimation publiée mardi par Eurostat, 
qui risque de compliquer encore la tâche de la Banque centrale 
européenne, dont la politique de création monétaire massive 
semble toujours incapable de relancer la progression des prix.  
    L'inflation est inférieure depuis près de trois ans à 
l'objectif que s'est fixé la BCE (un peu moins de 2% en rythme 
annuel) et il semble qu'il faudra encore des années pour que les 
mesures pourtant radicales qu'elle a mises en oeuvre, dont un 
programme de 1.500 milliards d'euros d'achats de titres sur les 
marchés, ramènent l'évolution des prix vers ce seuil, au risque 
de saper la crédibilité de l'institution. 
    Les opposants à l'assouplissement de la politique monétaire 
espéraient une remontée de l'inflation de base, une mesure qui 
exclut les éléments volatils que sont l'énergie et les produits 
alimentaires, en arguant du fait que la faible hausse des prix 
résultait avant tout de la chute des cours du pétrole.  
    Mais ce raisonnement se trouve aujourd'hui pris en défaut 
car l'inflation de base a commencé à diminuer, signe que la 
baisse des prix de l'énergie se diffuse rapidement aux prix des 
biens et services.   
    L'inflation globale, référence de la BCE, est restée stable 
en décembre à 0,2% sur un an, un taux inférieur à la progression 
de 0,3% attendue en moyenne par les économistes interrogés par 
Reuters. L'inflation de base, suivie de près par les "faucons" 
de la BCE, notamment au sein de la Bundesbank allemande, a quant 
à elle ralenti à 0,8% après 0,9% en novembre et 1% en octobre. 
    "Les chiffres d'aujourd'hui semblent indiquer que 
l'inflation pourrait ne pas connaître la remontée que la BCE 
prévoyait le mois dernier", a commenté Kenneth Broux, 
responsable de la recherche changes et taux à la Société 
générale.  
    "Cela donne au marché une raison de croire, et c'est bien ce 
que nous prévoyons, que la BCE devra faire davantage, peut-être 
dès mars, en abaissant encore le taux de dépôt et en augmentant 
encore le programme d'assouplissement quantitatif." 
     
    D'AUTRES INDICATEURS ÉCONOMIQUES SONT PLUS POSITIFS 
    Le mois dernier, la BCE a abaissé de nouveau son taux de 
dépôt, déjà négatif, pour le ramener à -0,3%, et elle a prolongé 
de six mois son programme d'achats d'actifs sur les marchés, au 
rythme de 60 milliards d'euros mensuels.   
    Le président de la BCE, Mario Draghi, a expliqué que la 
faiblesse de l'inflation de base était préoccupante car elle 
constituait un indicateur fiable du niveau auquel l'inflation 
globale est appelée à se stabiliser à moyen terme. 
    "La BCE devra probablement abandonner prochainement tout 
espoir d'une amélioration de la tendance de l'inflation 
sous-jacente cette année. L'amplification de l'assouplissement 
monétaire va donc rester à l'ordre du jour", écrit Commerzbank.  
    Un nouvel assouplissement ne semble toutefois pas imminent, 
faute d'arguments, car la croissance, le crédit et l'emploi, 
eux, montrent des signes d'amélioration. L'une des "colombes" de 
la BCE, son vice-président Vitor Constancio, s'est d'ailleurs 
déclaré la semaine dernière partisan d'une stabilité de la 
politique monétaire "à l'horizon de la prévision".   
    La croissance du crédit aux ménages, un baromètre de 
l'évolution future de la croissance, a atteint en novembre son 
plus haut niveau depuis la fin 2011 et celle du crédit aux 
entreprises est au plus haut depuis début 2012.  
    Parallèlement, l'indice des directeurs d'achats (PMI) du 
secteur manufacturier de la zone euro a atteint en décembre un 
plus haut de 20 mois à 53,2 et le chômage en Allemagne, première 
économie de la région, est resté stable au plus bas depuis la 
réunification de 1990 
    "La BCE ne va pas apprécier ces chiffres de l'inflation", 
juge Nordea. "Rien ne prédit une remontée significative de 
l'inflation de base. La réunion (de politique monétaire) de 
janvier sera probablement attentiste mais celle de mars pourrait 
être plus intéressante." 
    La BCE tiendra le 21 janvier sa première réunion de 
politique monétaire de 2016. 
    Tableau de la statistique:   
    Pour les indicateurs en temps réel sur la zone euro  ECONEZ  
 
 (Jan Strupczewski; Bertrand Boucey pour le service français, 
édité par Véronique Tison) 
 
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