« L'embellie, jusqu'où ? » par Véronique Riches-Flores (Cercle des analystes indépendants)

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La zone euro connaît une embellie économique depuis quelques mois.
La zone euro connaît une embellie économique depuis quelques mois.

La zone euro profite actuellement d'une conjoncture beaucoup plus favorable. Mais, paradoxalement, le reste du monde ne suit plus et les effets de la baisse de la devise européenne pourraient décevoir estime Véronique Riches-Flores, économiste, fondatrice de RF Research et membre du Cercle des analystes indépendants.

Le fait est suffisamment rare pour être souligné, la zone euro caracole en tête de la conjoncture mondiale. Certes la croissance y est encore bien maigre, à peine 0,9 % au cours des quatre derniers trimestres écoulés, contre 2,4 % aux États-Unis, pour autant s'il est une région du monde où l'amélioration va bon train c'est bien en zone euro ces temps-ci. Au point, sans doute, que les perspectives seront assez substantiellement revues à la hausse par les économistes dans les prochaines semaines. La confiance est donc de rigueur, jusqu'où peut-elle nous pousser ?

Evolution de la confiance des ménages en zone euro
Evolution de la confiance des ménages en zone euro

C'est acquis la zone euro redémarre. Et pour cause, les deux principales entraves à la croissance de ces dernières années ont été levées de concert : la restriction budgétaire d'une part, l'euro de l'autre, avec en prime un écrasement exceptionnel des cours du pétrole. La réaction ne s'est pas fait attendre : la confiance des ménages s'envole et leurs dépenses décollent. En moins de six mois le contexte domestique a fait volte-face, passant d'une  situation de récession-déflation latente  à celle d'une embellie généralisée. Depuis son point bas de novembre, le baromètre de confiance des consommateurs européens a gagné quasiment huit points, les ménages redevenant confiants non seulement sur la situation économique générale mais également sur les perspectives du marché de l'emploi, cette composante de l'enquête de la Commission étant d'ailleurs celle qui a le plus progressé. À en juger par la relation entre la confiance et la consommation, cette dernière semble bien partie pour s'accélérer substantiellement en ce début d'année. Les témoins sont d'ailleurs déjà allumés. En France, les dépenses de consommation affichent en février une hausse de 3 % par rapport l'an dernier, leur plus forte progression en quatre ans ; en Italie, les immatriculations sont en hausse annuelle de 16 %, le chiffre atteint 24 % en Espagne, 34 % au Portugal, 9 % en Allemagne,  5 % en France.

Confiance des ménages et consommation en zone euro
Confiance des ménages et consommation en zone euro

Alors est-ce parti pour déboucher sur une embellie durable, comme cela a généralement été le cas lors de phases comparables du passé ? La réponse par l'affirmative est tentante mais n'est guère plausible tant que perdurent les incertitudes actuelles sur l'environnement international, que ce soit du côté américain ou de celui des pays émergents. Car, à l'inverse de ce qui se produit en zone euro, la conjoncture du reste du monde a plutôt eu tendance à se détériorer ces derniers mois, en témoigne le repli de l'indicateur synthétique calculé par l'OCDE de confiance dans l'industrie mondiale. En d'autres termes, la demande internationale n'est pas au rendez-vous, bien au contraire. Si cela n'a pas trop d'importance à ce stade de la reprise, il pourrait en être différemment dans quelques mois. Sans reprise des exportations, difficile d'envisager un rebond de l'investissement suffisant pour pérenniser la croissance de demain, en particulier sur le front de l'emploi.  En somme, les effets de la chute de l'euro pourraient donc décevoir, non pas en matière de marges des entreprises, l'impact étant quasiment mécanique, mais en matière de croissance future des exportations.

Confiance des ménages et commandes à l'exportation
Confiance des ménages et commandes à l'exportation

La baisse de l'euro ne donne pas l'assurance, en effet, d'une remontée des volumes exportés. En l'absence de demande, et dans un contexte mondial déjà détérioré, elle se révèle particulièrement difficile à absorber par nos concurrents américains et asiatiques, avec pour résultat de peser sur leur croissance et leurs importations.... Les débouchés escomptés du regain de compétitivité du taux de change sont ainsi en partie confisqués. Le Japon a fait l'expérience de l'échec de la baisse de sa devise comme instrument de sortie de crise depuis deux ans et il pourrait en être de même pour la zone euro.

Les initiatives en matière de soutien à l'investissement sont, dans un tel contexte, assurément bienvenues, sous réserve, toutefois, que les investissements de demain s'accompagnent d'une croissance de la demande qui, si elle ne vient de l'international devra être domestique. Paradoxalement, c'est donc sur ce dernier front, qu'il faudra que nos responsables de politique économique fassent porter tous leurs efforts pour consolider la croissance européenne.

Véronique Riches-Flores

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d'analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

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  • b.renie le dimanche 5 avr 2015 à 06:57

    Tous les printemps finissent dans les orages de l'été, surtout quand on décide de ne plus bouger alors que les circonstances favorables devraient y inciter. C'est toujours plus facile de réformer quand ça marche que quand on traine la patte.

  • M8252219 le vendredi 3 avr 2015 à 22:21

    Les réformes qui auraient du être faites:la TVA SOCIALE tous les français et d'autres en bénéficient et certains en profitent,tous devraient participer à sont financement,pas seulement les salariés et les entreprises.RÉDUCTION de moitié du nombre des élus et des fonctionnaires à tous les niveaux nationaux et locaux,SUPPRESSION: de tous les régimes et statuts spéciaux:travail tous à 39 hrs payées 35:tous la retraite à 65 ans avec le même calcul;tous à 3 jrs de carence en arrêt maladie.

  • m1234592 le vendredi 3 avr 2015 à 21:34

    Pourquoi faut-il réduire sa dette à moins de 3% du PIB ? mais c'est très simple : 1) parce qu'un calcul théorique vérifier empiriquement indique qu'en deçà de 3% du PIB la dette n’augmente plus du seul fait de la charge de la dette(remboursement et intérêts) 2) parce qu'avec une dette basse, si on a besoin d'investir, il est plus facile d'emprunter, plus et à de meilleures conditions. J'en vois qui roupillent sur les bancs du Gvt!

  • m1234592 le vendredi 3 avr 2015 à 21:29

    Attention au retour de bâton ! La baisse -50% du prix du pétrole masque l'effet qu'aurait du causer la baisse de l'Euro - 18%. Bien joué Dragui le moment a été bien choisi. Mais imaginez que les cours du brut remontent et nous allons crier très très fort car il va falloir le payer. Y en a qu'une qui sera c'est l'idiote de Paris, celle de Charrentes-moi-le-trout et ses copines des EELV : pétrole plus cher = moins de voitures.

  • m1234592 le vendredi 3 avr 2015 à 21:20

    Hého réveillez vous les mecs ! les chiffres, les courbes ce sont les chiffres et les courbes de l'europe pas ceux de la France ! Un exemple : " les immatriculations sont en hausse annuelle de 16 %, le chiffre atteint 24 % en Espagne, 34 % au Portugal, 9 % en Allemagne, 5 % en France". L'homme malade de l'Europe c'est bien la France. La faute à Qui ? à ceux qui ont fait face aux de 2008 ? NB le Portugal et l'Espagne ont fait le Job, elles profitent des conditions ...