« ISR : vers un label soutenu par la puissance publique » par Renaud Serre Lapergue du Cercle des analystes indépendants

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Les fonds ISR doivent intégrer de manière systématique des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance.
Les fonds ISR doivent intégrer de manière systématique des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance.

 

Le label proposé par Novethic n'est pas exempt de toute critique. La mise en place d'un label soutenu par la puissance publique pourrait dans ce contexte s'avérer positif explique Renaud Serre Lapergue, analyste RSE chez EthiFinance et membre du Cercle des analystes indépendants

Comme chaque année depuis 2009, Novethic (centre de recherche de la Caisse des Dépôts spécialisée dans l'Investissement Socialement Responsable ou ISR) a publié la liste des fonds d'investissement ayant reçu son label ISR. En 2014, ce sont 111 fonds ouverts aux particuliers et aux institutionnels qui ont ainsi été récompensés pour leur  degré de transparence et leur processus de gestion ISR. Événement de la rentrée pour la communauté des investisseurs responsables et annonciateur de la semaine de l'ISR qui se tiendra du 29 septembre au 5 octobre prochain, l'avenir du label décerné par Novethic reste pour le moins incertain.

L'édition 2014 du label ISR Novethic apporte deux principaux enseignements sur le niveau de maturité des fonds ISR, du moins des candidats à la labellisation. D'une part, les fonds ISR ont désormais fait de la transparence une des pierres angulaires de leur processus de gestion. En cela, le label de Novethic a permis incontestablement de faire évoluer les pratiques. Pour rappel, pour être labellisé un fonds doit se conformer à quatre grands principes : i) intégrer de manière systématique des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) ; ii) communiquer le processus de gestion ISR appliqué ; iii) publier la composition du portefeuille ; iv) élaborer un reporting extra-financier. D'autre part, de nouvelles tendances émergent dans la gestion ISR des fonds. À l'attention portée par les gérants aux pratiques et performances RSE des entreprises se rajoutent désormais des démarches d'exclusions de certains secteurs et des émetteurs les plus controversés. Sont notamment visés les secteurs extractifs et financiers pour des motifs évidents. Alors que l'approche de gestion ISR de type « best-in-class » permettait, à défaut de résoudre, de masquer un apparent n½ud gordien entre impératif financiers (liberté dans la gestion) et éthiques, certains investisseurs décident de le trancher.

Ces nouvelles approches plus discriminantes viendraient-elles résoudre la crise d'identité que traverse l'ISR depuis les années 2000 et son appropriation par les grandes institutions financières (l'ISR est né dans les années 1980 par des acteurs militants) ? Rien n'est moins sûr. D'identité, l'ISR n'en a officiellement que depuis 2013 avec le consensus crée par les acteurs de place autour d'une définition commune. Selon une enquête menée par EIRIS et le FIR en 2013, seulement 7% de sondés étaient en mesure de définir l'ISR quand 30% en avaient entendu parler (ces chiffres étaient respectivement de 6% et 28% en 2012). De plus l'abondance de l'offre en fonds d'investissement, ISR comme non ISR, et la variété de leur approche est de nature à éloigner les investisseurs particuliers de ces produits. Dans ce contexte, un signal de qualité comme l'est un label vient répondre à ce besoin d'information, pour peu que  les réseaux de distribution aient la volonté de promouvoir ledit label. Celui proposé par Novethic a le mérite d'apporter une réponse à ces attentes et a su s'adapter pour enjoindre le marché à évoluer dans le sens souhaité. Cependant, ce label n'est pas exempt de toute critique. Il lui est par exemple reproché les fréquentes modifications de ses conditions d'attribution et sa légitimité en tant qu'organisme de  labellisation est également questionnée, Novethic n'étant pas un syndicat professionnel ou un organisme parapublic.

Ces critiques et le contexte politique ont amené le gouvernement français à vouloir mettre en place un label ISR public. Un groupe de travail organisé lors de la conférence bancaire et financière du 26 juin dernier avait notamment comme objectif d'avancer sur ce projet de labellisation. Les conclusions des travaux menés n'ont pas encore été rendues publiques. Le gouvernement s'est manifesté au préalable à plusieurs reprises sur ce sujet, notamment par la mise en place d'un groupe de travail sur le thème de l'ISR dans le cadre de la plateforme RSE ainsi que lors de la publication du Livre Blanc sur le financement de la transition écologique. Si la volonté est de réellement « favoriser une économie responsable » dans le cadre de la transition écologique, il conviendra que le futur label, lorsqu'il sera mis en place, s'accommode nécessairement de critères discriminants et contraignants afin de démontrer des bénéfices sociaux et environnementaux. Les fonds ISR étant par nature des biens de confiance, la mise en place d'un label soutenu par la puissance publique pourra ainsi s'avérer bénéfique. Il reste que la situation actuelle semble pour le moins confuse, les modalités du nouveau label restant encore à clarifier.

Renaud Serre Lapergue

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d'analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

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  • guerber3 le samedi 20 sept 2014 à 11:34

    Etant donné la confiance accordée au service public, il y a de quoi rigoler, mais ce jeune homme en verra d'autres...!

  • mlemonn4 le vendredi 19 sept 2014 à 12:42

    Malheureusement le problème c'est que les volumes des spéculateurs l'emporteront toujours sur la finance responsable qui essaie de faire changer les comportements de court termisme des spéculateurs; il paraitrait qu'ils apportent de la liquidité! qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre ! Aujourd'hui ils l'ont tuée et détruit les marchés financiers car ils ont fait fuir les vrais investisseurs finaux de long terme FAUTE DE CONFIANCE;