« Inflation négative, une bonne nouvelle pour les consommateurs européens ? » par Véronique Riches-Flores (Cercle des analystes indépendants)

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La BCE devrait revoir à la baisse en décembre ses prévisions d'inflation et envisager de nouvelles actions pour lutter contre la déflation.
La BCE devrait revoir à la baisse en décembre ses prévisions d'inflation et envisager de nouvelles actions pour lutter contre la déflation.

La chute des prix du pétrole serait susceptible de doper le pouvoir d'achat des ménages et d'alléger les coûts des entreprises. Un choc positif susceptible de relancer in fine l'inflation selon Véronique Riches-Flores, économiste, fondatrice de RF Research et membre du Cercle des analystes indépendants.

La chute des cours du pétrole devrait faire basculer l'inflation en territoire négatif dans les tout prochains mois. Doit-on s'en inquiéter ou, au contraire, s'en satisfaire ?

A 0,4 % selon les premières estimations du mois d'octobre, le taux d'inflation de la zone euro a regagné un dixième de point par rapport à son point bas du mois de septembre. Il est cependant peu probable que cette tendance s'inscrive dans la durée ; non seulement parce que l'anémie de croissance de la demande continue d'exercer d'importantes pressions à la baisse sur le niveau des prix domestiques mais, surtout, du fait des conséquences de la chute des cours du pétrole. Ces derniers ont en effet enregistré un repli de 25 % au cours des cinq derniers mois sur les marchés internationaux, correspondant à une baisse de 17 % en euros. Le mouvement, s'il n'est pas inédit, est suffisamment marqué pour avoir des effets significatifs sur le taux d'inflation annuel, compte-tenu de son très faible niveau présent.

Car si les prix du pétrole ne sont pas la seule composante du panier-énergie de l'indice des prix à la consommation, ils en sont un élément essentiel, avec notamment d'importants effets de diffusion sur ses autres items. En moyenne, l'élasticité de la composante énergie de l'inflation aux fluctuations des prix du brut est de 0,5 en zone euro. Ceci signifie qu'une chute des cours du pétrole de 10 % fait refluer les prix moyens de l'énergie de 5 %. Ces derniers représentant 11 % de l'indice d'ensemble, l'impact, toutes choses égales par ailleurs, serait, dans ce cas d'école, négatif à hauteur de six dixièmes sur le taux d'inflation annuel. Un calcul un peu plus précis sur la base du maintien des cours et du taux de change à leurs niveaux présents, que la baisse des prix du pétrole aurait un effet négatif de l'ordre d'un demi-point de pourcentage sur le taux d'inflation de la zone euro d'ici au début de l'année 2015. L'inflation devrait donc passer en territoire négatif assez rapidement, ceci d'autant plus les prix de la plupart des autres matières premières, notamment agricoles, évoluent également en territoire négatif.

A l'heure où l'inquiétude sur le risque de déflation en zone euro gagne de jour en jour plus de terrain, une telle perspective n'est pas pour rassurer. La BCE, lors de la mise à jour de ses perspectives, début décembre, ne pourra guère s'épargner d'une forte révision à la baisse de ses prévisions d'inflation, ce qui pourrait la pousser à envisager de nouvelles actions de lutte contre la déflation. Il se pourrait bien pourtant que cette baisse effective du taux d'inflation en territoire négatif soit plutôt bienvenue.

 

Impact de l'évolution des prix du pétrole sur l'inflation en zone euro
Impact de l'évolution des prix du pétrole sur l'inflation en zone euro

 

À la différence des mécanismes préoccupants qui, ces derniers mois, ont poussé les taux d'inflation en zone de danger - pertes d'emplois, faiblesse des gains de pouvoir d'achat, restriction budgétaire, en particulier -, la chute des prix du pétrole est un choc externe, susceptible non seulement de doper le pouvoir d'achat des ménages mais également d'alléger les coûts des entreprises. Ses implications économiques sont donc positives et incontestablement bienvenues pour les consommateurs européens qui, depuis longtemps, n'ont pas été en mesure de bénéficier d'une amélioration un tant soit peu significative de leur pouvoir d'achat. Ce dernier n'a pas augmenté de plus de 0,4 % au cours des quatre derniers trimestres ; il pourrait donc potentiellement doubler sous l'effet du reflux de l'inflation d'ici au début d'année. D'un choc, déflationniste en première lecture, la chute des cours du pétrole, pourrait dès lors se révéler reflationniste. De quoi assurément voir les perspectives de consommation sous un ½il un peu plus réconfortant malgré le contexte présent. Les valeurs cycliques de consommation ne s'y sont pas trompées ces derniers jours. Reste à espérer que les gouvernements en recherche permanente de nouvelles ressources ne confisquent pas l'essentiel de ce coup de pouce par des hausses de taxes...

Véronique Riches-Flores

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d'analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

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  • M7034327 le lundi 10 nov 2014 à 12:28

    Donc les saoudiens ont tout intérêt à maintenir les cours à un niveau faible... Tant mieux pour nous, à moins que Total et l'Etat français en profitent pour se gaver d'avantage en maintenant les prix à la pompe.

  • M7034327 le lundi 10 nov 2014 à 12:26

    De plus, les saoudiens n'ont pas envie de perdre les americains comme clients et ils voient d'un mauvais oeil l'exploitation des gaz et pétrole de schiste, rentable si les cours sont au-dessus des 100$.

  • M7034327 le lundi 10 nov 2014 à 12:26

    Non, les prix baissent parce que les saoudiens jouent au poker. Normalement l'Opep veille à ce que les prix soient maintenus autour de 100$ le baril en régulant l'offre. Mais les saoudiens maintiennent la production à un niveau élevé, parce que les russes et l'iran, ennemis des saoudiens, ont le pétrole comme principale ressource. Cela permet donc de plomber leur budget.

  • jckfou5 le lundi 10 nov 2014 à 09:16

    Des socialistes qui ne savent pas compter et le clan de droite qui a fait de l'Ump ce qu'on sait ....voilà les "Pros" qui dirigent la France...et par dessus le marché ils se disent tous avoir raison . Moi je les appelle "des Fous"

  • phenix le dimanche 9 nov 2014 à 21:30

    C'est ce qu'on dit, mais la réalité est différente, que le prix du pétrole descend ou pas, le prix d'énergie ne fait qu'augmenter. Alors la reflation peut attendre encore un peu. Je demande à voir.

  • lsleleu le dimanche 9 nov 2014 à 12:55

    La baisse du pétrole peut être une bonne ou une mauvaise nouvelle, tout dépend du motif de baisse. Si la baisse est due à une augmentation des productions et découvertes, c'est une bonne nouvelle. Si la baisse du prix est due à un affaiblissement de la demande à cause du tassement du débouché des entreprise, c'est une très mauvaise nouvelle, qui ne pourra déboucher que sur une déflation préoccupante et peut être durable ; et dont toutes les conséquences ne sont pas encore connues.

  • Corsair7 le dimanche 9 nov 2014 à 10:19

    alliennation

  • Corsair7 le dimanche 9 nov 2014 à 10:18

    Félation.

  • luke4 le samedi 8 nov 2014 à 18:05

    L'enflation continue, c'est le seul truc certain.

  • lorant21 le samedi 8 nov 2014 à 15:03

    j'ai lu il y a quelques jours un article d'un "économiste"intitulé: "baisse du pétrole, pas une si bonne nouvelle!". Bref, moi aussi, je vais me faire appeler "économiste".. genre les pitres de l'OFCE!! A vue de nez, la baisse est quand même plutôt bonne!