GRAPHES-L'Asie, prochain épicentre de la crise financière ?

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25 novembre (Reuters) - Après la crise des subprimes qui a ébranlé le système financier américain et ses répliques en Europe qui ont débouché sur la crise des dettes souveraines au sein de la zone euro, l'Asie sera-t-elle le prochain épicentre de la grande crise financière dont l'économie mondiale peine à sortir depuis sept ans ? Les décisions inattendues prises ces dernières semaines par les autorités chinoises et japonaises peuvent le laisser craindre. Au Japon, deux événements ont remis en question la crédibilité des "Abenomics", le programme initié par le Premier ministre Shinzo Abe et destiné à sortir l'économie de deux décennies de marasme. La Banque du Japon a annoncé le 31 octobre un renforcement de son programme d'acquisition d'actifs pour le porter de 70.000 milliards de yens par an à 80.000 milliards, soit l'équivalent de 17% du PIB. Face à la rechute de l'économie en récession après la hausse de TVA du printemps, le gouvernement a dit vouloir repousser un deuxième relèvement, initialement prévu en octobre 2015, et a convoqué des élections anticipées le 14 décembre pour tenter de donner un nouveau souffle à sa politique. En Chine, les autorités ont annoncé une baisse de 40 points de base du taux des prêts à un an et de 25 points de base des taux créditeurs à un an, tandis que des sources proches des autorités chinoises ont dit à Reuters qu'un nouvel assouplissement n'était pas exclu si nécessaire mais qu'il n'interviendrait pas avant la publication des chiffres de la croissance au quatrième trimestre. ID:nL6N0TD0JA et ID:nL6N0TF396 Les initiatives des autorités japonaises soulignent combien il peut être difficile de s'extraire d'une situation de faible croissance et de faible inflation et combien la consolidation budgétaire par les hausses d'impôts peut s'avérer contre-productive dans ce type d'environnement. Si l'amplification de l'assouplissement quantitatif s'est traduit par un nouvel affaiblissement du yen, l'annonce du report d'une deuxième hausse de la TVA s'est accompagnée d'une forte tension sur le coût d'assurance contre le risque de défaut sur la dette souveraine japonaise, telle que mesurée par les CDS à 5 ans. Graphique de l'évolution des CDS à 5 ans sur la dette souveraine japonaise et du dollar/yen : http://bit.ly/1yca4ax Cette concomitance inhabituelle pourrait signifier que la déprécation du yen commence à échapper au contrôle des autorités monétaires, reflétant plus un risque économique d'ensemble qu'une décision de politique monétaire. Alors que le ratio dette publique brute sur PIB approche 240% du PIB, les achats d'emprunts d'Etat par la Banque du Japon empêchent l'apparition d'une prime de risque par rapport à des pays dont la situation financière est moins dégradée. En revanche, la Banque du Japon ne sera pas en mesure d'acheter des montants illimités de devises, ses réserves de change n'étant pas illimitées. "La crise sera en conséquence une crise de change et pas une crise de la dette souveraine dans le cas du Japon", prévient ainsi Tristan Abet de Louis Capital Markets. "Nous pensons que cette crise n'en est qu'à ses débuts et qu'elle peut propulser le dollar-yen au-dessus de 140 (yens pour un dollar) dans les mois à venir." Dans le cas de la Chine, les inquiétudes sur un atterrissage brutal de l'économie sont récurrentes depuis le plan de relance de 4.000 milliards de yuans décidé en urgence fin 2008 et alors que la croissance devrait tomber cette année à un plus bas de 24 ans. La rapidité de la progression du niveau total d'endettement, passé de 135% du PIB en 2000 à plus de 230% du PIB en 2013, l'essentiel de la hausse étant intervenue au cours des cinq dernières années, la mauvaise allocation des capitaux avec un surinvestissement chronique et la dépendance aux exportations constituent autant de points faibles de l'économie chinoise. Des réserves de change importantes, des ratios d'épargne élevés et le faible endettement des ménages figurent parmi les nombreux facteurs de soutien, relèvent toutefois les analystes de J.P. Morgan Asset Management. Pour Bei Xu, économiste sur la Chine de Natixis, la décision des autorités chinoises de baisser les taux directeurs peut certes s'expliquer d'un point de vue cyclique en raison des forts risques baissiers pesant sur la croissance mais elle est décevante d'une point de vue structurelle. Graphique de la croissance de l'encours des prêts en yuan et le taux des prêts à un an depuis 1998 : http://bit.ly/1tgKbky Tristan Abet la juge quant à lui "totalement schizophrène, le problème de la Chine n'étant pas la faiblesse du crédit mais que les autorités agissent comme si c'était le cas en maintenant les taux d'intérêt réels à un niveau très bas", ce qui encourage la montée de l'endettement et la mauvaise allocation du capital. Sources : * Japan : From theory to practice. The incapacity of the Japanese government to restore public finances is the lesson of the 2014 year. Cross Asset Strategy. Louis Capital Market. 24 novembre 2014. * Japon, les "Abenomics" sont-ils en train d'échouer ? Eco TV Week. BNP Paribas. 21 novembre 2014. http://bit.ly/1v9CPT4 * Abenomics as economic suicide ? Charles Dumas. Lombard Street Research. November 2014. * La Chine peut-elle parvenir à ralentir son économie tout en évitant un atterrissage brutal. J.P. Morgan Asset Management. 17 novembre 2014. * China : Interest rate cut - cyclically encouraging but structurally disappointing. Natixis. 21 novembre 2014. (Marc Joanny, édité par Dominique Rodriguez)

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