« France : quand la courbe du chômage s'inverse »

le , mis à jour à 10:40
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Pas besoin de 1,5% de croissance en France pour faire baisser le chômage estime Jean-Paul Betbèze.
Pas besoin de 1,5% de croissance en France pour faire baisser le chômage estime Jean-Paul Betbèze.

Les dossiers économiques et sociaux vont tenir une bonne place lors de la sixième conférence de presse de François Hollande, fort d’une amélioration timide mais notable de la conjoncture. Jean-Paul Betbeze recense les raisons du frémissement.

C'est effectivement en cours. Pour l’économie française, le premier semestre n'a pas été mauvais en moyenne, la suite s’annonce favorable. Les consommateurs entraînent la machine et vont continuer. Derrière cette amélioration de la croissance française par la consommation, il y a d’abord les revenus nominaux. Ils sont toujours bien orientés, notamment dans les grandes et moyennes entreprises, pour des raisons largement liées aux contrats de travail et aux règles internes. En même temps, le prix de l'énergie baisse et l'inflation est encore plus faible que prévu. Donc le revenu réel accélère. Il tient la croissance en ce début d'année et va continuer, soutenu aujourd’hui par le net regain du crédit à la consommation.

En même temps, la baisse du prix du pétrole a permis d’améliorer à la fois la balance commerciale et les marges des entreprises, en complément du CICE. Les marges se redressent, passant de 29,5 % en moyenne en 2014 à 31,1 % au premier trimestre 2015. C’est ainsi que s’améliorent graduellement l'activité et l'investissement. Mais pour ce dernier, c’est trop lent.

Et le chômage dans tout ça ? Il est en train de baisser. Bien sûr, les changements récents de catégorie aident, faisant passer environ 10 000 personnes de la catégorie A (chômeurs) en catégorie E, étant donné qu'ils sont en stage d'insertion et ne font donc pas d’ « actes positifs de recherche d’emploi ». Bien sûr, les 430 000 emplois en contrat d'insertion, dont 80 % dans le secteur public et associatif, aident plus encore. Bien sûr, on peut exclure d’autres raffinements statistiques et moins d’incitations et de rappels à ceux qui oublient de s’inscrire et de se réinscrire.

Mais on ne peut oublier non plus les éléments positifs qui viennent des réformes en cours, des lois Macron et des discussions qui vont commencer sur l'assouplissement du droit social. Tout ceci, avec les marges qui remontent et l'anticipation d'une lente reprise, va jouer positivement sur la croissance et l'emploi. Ajoutons, preuve supplémentaire, les données favorables qui concernent actuellement l'emploi intérimaire. Il va mieux, preuve que les entreprises ont des anticipations mieux orientées et aussi des marges qui se reconstituent.

Donc le chômage va baisser et François Hollande se préparer, il ne sera pas le seul. Pour autant, ce nouvel emploi est bien différent de l’ancien. On y trouve beaucoup d'auto-entrepreneurs (presque un million), beaucoup de temps partiels et très partiels, beaucoup de créateurs, avec en même temps des perspectives plus rabotées d’évolution pour les salariés "classiques". Le chômage baissera et l’emploi changera souvent de nature.

Comme quoi, l'emploi n'a pas besoin de 1,5 % de croissance pour repartir. C’est l’effet de « l'uberisation » de l'économie. Elle détruit beaucoup d'anciens emplois, souvent protégés (taxis par exemple). Et elle en crée beaucoup plus. Moins chers pour leurs utilisateurs, ils augmentent leur pouvoir d’achat. Ils seront aussi une source de revenus plus faibles et plus fractionnés - au moins au début, pour celui qui les offre. Ceci augmente in fine le pouvoir d'achat de tous. Plus d'emplois avec seulement 1,2 % de croissance, c'est le signe que quelque chose change. La bourse devrait aimer, mais c’est un autre monde qui s’ouvre.

Jean-Paul Betbeze

Créateur de Betbeze Conseil SAS, Jean-Paul Betbèze est membre de la Commission économique de la nation, du Cercle des économistes et du Comité scientifique de la Fondation Robert Schumann. Il a été auparavant chef économiste de banque (notamment Chef économiste & Directeur des Etudes Economiques, Membre du Comité Exécutif de Crédit Agricole SA) et Professeur d’Université (Agrégé des Facultés, Professeur à Paris Panthéon).

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd’hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l’initiative repose sur une conviction commune : l’importance d’un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

 

 

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  • yanemen le mardi 8 sept 2015 à 22:13

    Il a l'air intelligent mais il dit beaucoup de quonneries, pourtant.... il me déçoit.c'est comme s'il croyait vraiment que l'autre a fait quelque chose depuis 36mois....il est naïf ou niais

  • GR207 le mardi 8 sept 2015 à 18:42

    Le pedigree de ce monsieur est collector, profil du parfait socialiste. La conclusion du débat pour le Cercle des économistes sera: "La politique économique du gouvernement est totalement crédible". Ne vous faites pas berner, le Cercle des économistes est une obédience socialistes et d'ailleurs les Elie Cohen et consorts qui sont omniprésents sur les médias sont tous des keynésiens... Idem pour le think tank Terra Nova

  • posthit le mardi 8 sept 2015 à 12:16

    Quel homme !!! , rien que les 3 premières lettres de son nom incite à la méfiance .

  • gacher le mardi 8 sept 2015 à 10:59

    parler d'autoentrepreneurs comme des emplois, sachant que la grande majorité gagne moins de 5000 euros par an, et que ca justifie des baisses du chômage et des créations d'entreprise quasi sans activité, il y a de quoi être fier de ce résultat uniquement bon pour les statistiques. lamentable ces sois disant économistes

  • jackieb1 le mardi 8 sept 2015 à 09:55

    Quand à la fin du mandat la courbe s.inversera on pourra être satisfaits !Pendant que les autres pays aurons créé des emplois pendant 5 ans nous aurons accumule des pertes. Et il faudra des années pour les récupérer avant de revenir positifs par rapport à 2012. Quel langage de spécialistes politiques !!!

  • pi.arnau le mardi 8 sept 2015 à 09:24

    avec 5.5 millions de chômeurs + 5 millions de gens en dessous du smic et 150000 immigrés + 20000 réfugier ????

  • heimdal le mardi 8 sept 2015 à 08:37

    Ubériser c'est travailler quand on en a envie pour rester sous le seuil de revenus qui donne droit à toutes les aides.Les baisses d'impôt ciblées "bas revenus" du gouvernement nmajoute des droits supplémentaires à cette catégorie de "travailleurs" avec moins voire sans aucun devoir en contrepartie .

  • heimdal le mardi 8 sept 2015 à 08:31

    Le seul moyen d'endiguer le chômage est de supprimer le SMIC.

  • b.renie le mardi 8 sept 2015 à 07:22

    Le chômage ne peut baisser durablement que si on rend à notre économie réelle sa compétitivité perdue avec les 35h sans réduction des salaires (moins 7% à12% selon les secteurs sans parler de l'administration de l'Etat qui est à charge de l'économie réelle) Deux indices montrent qu'économiquement rien ne change : le taux de l'argent à moins d'un an qui est essentiellement négatif. Et le solde toujours très négatif de la balance commerciale en dépit de la baisse du pétrole importé moins 50%

  • b.renie le mardi 8 sept 2015 à 07:13

    L'ubérisation est un phénomène trop nouveau pour qu'on puisse analyser ses conséquences structurelles sur le marché du travail et la stabilité de secteurs entiers de l'économie réelle (les services à la personne, transport, restauration, etc.). Ce qui apparait c'est que c'est une activité, low cost qui aura des conséquences sociales non négligeables rapidement, du fait de l'absence d'un statut fiscal et social ; disons de son caractère sauvage déréglementé pour faire court.