En cas de Brexit : lourds problèmes politiques et action des banques centrales à prévoir

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La victoire de l'hétéroclite camp pro-Brexit déclencherait une cacophonie économique et politique qui pourrait pousser les banques centrales à agir pour calmer la situation sur les marchés.
La victoire de l'hétéroclite camp pro-Brexit déclencherait une cacophonie économique et politique qui pourrait pousser les banques centrales à agir pour calmer la situation sur les marchés.

Les investisseurs deviennent très nerveux à l’approche du référendum sur le « Brexit ». Ce scénario poserait en effet de nombreux problèmes politiques au RU et à l’UE. Sur les marchés, en cas de Brexit, les banques centrales pourraient néanmoins agir sans tarder pour calmer les inquiétudes.

« Il est assez commun de voir le débat sur le Brexit/Bremain résumé à deux conclusions : un risque pour les marchés financiers avec le Brexit et un risque politique pour l’Union européenne (UE) » observe Philippe Ithurbide, directeur de la recherche économique chez Amundi, dans une récente note d’analyse. Mais pour ce dernier, « Cela n’est pas aussi simple ».

Les défenseurs du Brexit ne forment pas un groupe homogène

Tout d’abord, il est clair que le Brexit mettrait une certaine pagaille politique aussi bien au sein de la classe politique britannique qu’au sein de l’UE.

« Il convient de rappeler que le camp du Brexit n’est pas homogène, loin de là. Certains (extrémistes) revendiquent l’indépendance totale, voire même la fermeture des frontières (protectionnisme, arrêt de l’immigration…). D’autres, les libéraux, souhaitent alléger les contraintes règlementaires imposées par l’UE et pouvoir renégocier l’ensemble des relations (y compris commerciales) » observe le directeur de la recherche économique d’Amundi.

En cas de vote favorable au « Brexit », une question restera donc en suspens pour savoir par quelle « porte » le Royaume-Uni va sortir de l’Union européenne.

Surtout, le Brexit serait une première historique et montrerait « qu’il est possible de quitter l’UE, et que rien n’est irrévocable » envisage Philippe Ithurbide. Ce scénario pourrait donc donner des idées à certains partis populistes d’Europe continentale, faisant du Royaume-Uni un exemple à suivre.

« En outre, le risque de voir l’Écosse requérir un nouveau référendum pour son indépendance est fort, les Écossais n’ayant jamais caché leur proximité avec l’Europe » ajoute l’économiste.

La victoire des pro-européens ouvrirait l’ère de l’« Europe à la carte »

Le plus compliqué avec le référendum du 23 juin est que même une victoire des pro-européens pourrait faire le jeu des eurosceptiques.

Pour favoriser un maintien du Royaume-Uni au sein de l’Union européenne, « Les pays de l’UE ont tout récemment accordé au RU des concessions sur l’immigration, sur la souveraineté et sur la gouvernance pour éviter le scénario du Brexit » rappelle Philippe Ithurbide.

Ainsi, si les Britanniques choisissent de rester au sein de l’Union européenne en bénéficiant de ces nouvelles règles "sur mesure", cela montrerait « qu’il est possible d’obtenir des concessions à tout moment et que l’Europe à la carte n’est pas une simple vue de l’esprit » remarque l’économiste.

Ici aussi, ce scénario pourrait donner des idées à certains partis politiques d’autres Etats-membres de l’UE pour que leur pays bénéficie également d’« avantages » particuliers en dérogeant aux règles de politique commune fixées par l’UE.

« Sans aller jusqu’au risque de dislocation, on visualise bien, à travers le référendum, le "pavé dans la mare" lancé par les Anglais sur la gouvernance de l’UE » résume ainsi Philippe Ithurbide, qui s’interroge : « Le référendum agira-t-il comme un élément déclencheur de mobilisation [pro-européenne] ou d’enlisement ? Là se trouve tout l’enjeu de l’UE ».

Marchés : les banques centrales pourraient calmer les inquiétudes

Du côté des marchés financiers, la question du « Brexit » est devenue un sujet de préoccupation particulièrement palpable depuis le 10 juin. Craignant le scénario d’un « Brexit », les indices boursiers européens ont enchaîné trois séances de forte baisse lors des dernières séances, avec un CAC40 à -2,24% vendredi 10, -1,85% lundi 13 et -2,29% mardi 14 juin.

Pour Philippe Ithurbide, « Il est incontestable qu’un Bremain est préférable pour les marchés financiers », pour la simple et bonne raison que les investisseurs ont horreur de plonger dans l’inconnu.

Il faut néanmoins garder à l’esprit que même si les marchés financiers pâtiraient à court terme d’une victoire du camp eurosceptique le 23 juin, les autorités compétentes devraient faire le nécessaire pour éviter une véritable situation de crise financière.

Du côté britannique, la Bank of England pourrait calmer les craintes en abaissant ses taux directeurs. Son principal taux directeur est actuellement fixé à 0,50%, laissant une marge à la BoE pour l’abaisser de plusieurs dizaines de points de base (un point de base = 0,01%), voire les passer en taux négatifs comme cela est actuellement le cas en Suisse ou au Japon. Avec le risque, néanmoins, d’accélérer temporairement la fuite des capitaux hors du Royaume-Uni à cause d’une dévaluation de la livre sterling.

Même chose en zone euro : « La BCE pourrait bien en profiter, si besoin, pour accélérer ses achats d’actifs, ce qui fait des marchés de taux de l’UEM une zone relativement protégée » en cas de Brexit, termine Philippe Ithurbide.

Xavier Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • monjohn il y a 7 mois

    À lire: http://www.levif.be/actualite/international/c-est-le-moment-de-re-lire-yanis-varoufakis/article-normal-513965.html

  • cbocahut il y a 7 mois

    De toute manière l'Euro est comdamné https://www.facebook.com/notes/alain-blottiere/pourquoi-leuro-est-condamn%C3%A9-analyse-de-vincent-brousseau/10153548470070978

  • jpoche il y a 7 mois

    gros enfumage...

  • M2766070 il y a 7 mois

    comana c est qui qui achète les aéroports de Nice et Toulouse ? l UE ? Non , la chine , pro fond.... a plusieurs (plus on est de fous moins y a de riz), tiens l armée française va changer ses véhicules et z achète quoi ? Ford? c est pas made in US ? oui!!! ha c est dans l UE ?

  • remymar3 il y a 7 mois

    moi je travaille à mon compte dansle conseil financier, les règlements européens sont de plus en plus complexes , illisibles et chronophage... a force de vouloir protèger le consommateur, on crée des charges qui se répercutent sur lui, et le professionnel qui a moins de temps se consacre à ses clients rentables, c'est à dire des services à deux vitesses. tout le monde y perd... stop à la technocratie, je comprends le désir de liberté et d'air frais d' Albion. halte à la bruxellocratie

  • Garasixt il y a 7 mois

    fiffifif2, pas d'accord, tous le monde financier si lie pour le STAY, la machine à faire peur, pire que les Etats!

  • Alex282 il y a 7 mois

    Le Brexit à bon dos mais et si le non l'emporte l'impact sera t-il aussi important que cela ? Pas certain, les English n'ont jamais vraiment fait partie de l'UE tout d'abord en conservant leur monnaie et si il y a rupture avec l'EU il faudra plusieurs années pour revoir les accords signés. Alors pour l'instant !!

  • 66gol il y a 7 mois

    Du point de vue économique après l'affolement temporaire que certains sauront utiliser..., tout rentrera dans l'ordre ,car les économies sont trop dépendantes et personne UE ou UK n'a interet à maintenir des tensions entre les deux. Par contre sur un plan politique l'UK aura les mains libres. Donc il me semble que l'intérêt de l'UK est de sortir de ce fou toir qu'est l'UE.

  • b.renie il y a 7 mois

    En plus le Brexit fait sortir du jeu européen le cheval de Troie des USA. Le problème politique que les membres de l'Union auront à gérer est la contestation des partis populistes. Mais cela est le problème de politique intérieure que chaque gouvernement aura à gérer selon sa propre ambition pour l'Europe. Le problème euroéen vient de la trop grande rapidité de l' élargissement à partir de l'Europe de onze.

  • b.renie il y a 7 mois

    le Brexit serait une première historique et montrerait « qu’il est possible de quitter l’UE, et que rien n’est irrévocable On d"couvre la lune. Tout accord est toujours modifiable. En l'occurrence la modification donne à UK ce qu'elle veut depuis toujours que l'Europe soit une association de marchands pas une intégration politique. L'UE lui accorde de s'associer sans modifier son projet ambitieux. Tout le monde sera content,