En 2016, tout ira bien à Wall Street... ou pas

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    par Caroline Valetkevitch 
    NEW YORK, 29 décembre (Reuters) - Si la plupart des experts 
pensent que 2016 verra Wall Street repartir de l'avant, ils n'en 
dressent pas moins une longue liste de calamités qui pourraient 
attendre la Bourse au tournant. 
    Après six années de hausse, l'indice Standard & Poor's 500 
 .SPX  est pour l'instant pratiquement à l'équilibre sur 2015, 
affichant un recul de 0,1% depuis le début de l'année avec sa 
clôture à 2.056,50 points lundi soir. 
    Les 30 stratèges interrogés ce mois-ci par Reuters 
l'attendent en moyenne à 2.207 points à la fin 2016, ce qui 
représenterait une hausse de 8% environ par rapport à son niveau 
actuel.   
    La tenue des résultats de sociétés est le principal souci de 
la majorité d'entre eux. Leur croissance est attendue à zéro en 
2015 et les actions s'en trouvent d'autant plus chères, avec un 
ratio cours/bénéfice de l'ordre de 19,3, bien supérieur à la 
moyenne historique de 15. Si les résultats baissent, les 
valorisations seront encore plus élevées. 
    Les analystes de Thomson Reuters prévoient une croissance 
des chiffres d'affaires de 3,9% en 2016, ce qui veut dire que 
toute hausse des charges d'exploitation risque de se traduire 
par une stagnation des résultats pour la deuxième année 
d'affilée.  
    "Si le coût du travail et la charge des intérêts commencent 
à augmenter (...) on aura du mal à tenir les marges", constate 
Bob Doll, stratège de Nuveen Asset Management. 
    Et si le dollar, en hausse de 8,4% face à un panier de 
devises cette année, continue de monter l'an prochain, en raison 
du différentiel de taux entre les Etats-Unis et l'Europe, "cela 
coûtera aux entreprises américaines 28 milliards de dollars", 
affirme Wolfgang Koester, responsable du risque de change du 
consultant FireApps.  
    Selon lui, le dollar retranchera 3 à 4 cents au bénéfice par 
action des entreprises américaines exportatrices au premier 
trimestre. 
    2016 sera l'année de la présidentielle aux Etats-Unis, ce 
qui est habituellement un présage favorable pour Wall Street. 
Sur 16 élections présidentielles depuis 1950, 13 ont stimulé 
l'indice S&P, quel qu'ait été le vainqueur, selon Stock Trader's 
Almanac.  
    Les stratèges se demandent si 2016 ne sera pas l'une des 
exceptions à la règle, avec des têtes d'affiche telles que 
Donald Trump et Bernie Sanders.  
    "Plus le candidat fait figure d'extrémiste, moins la Bourse 
l'apprécie", dit Kristina Hooper, stratège d'Allianz Global 
Investors, ajoutant que la campagne électorale contribuera à la 
volatilité du marché tout au long de l'année. 
    Le risque taux reste également présent. Wall Street avait 
monté le 16 décembre, lorsque la Réserve fédérale a lancé son 
cycle de remontée des taux d'intérêt tout en laissant entendre 
qu'elle l'entretiendrait sans hâte.  
    Toutefois, si elle poursuit le mouvement sans que 
l'inflation ou les résultats d'entreprise se redressent, les 
boursiers risquent fort de faire la tête.  
    Car, entre autres choses, une telle remontée des taux 
pourrait rendre les actions moins intéressantes, comparées à 
d'autres actifs comme les obligations. 
     
    "BYE BYE, FORCE VITALE!" 
    La chute des cours du brut a été un autre fait 
caractéristique de 2015 et certains investisseurs craignent pour 
l'an prochain une véritable débandade, pense John Manley, 
stratège de Wells Fargo Funds Management. 
    Le baril de brut américain évolue autour de 36-37 dollars, 
en baisse de plus de 65% depuis juin 2014. Si l'or noir et 
d'autres matières premières continuent de s'affaisser ainsi, le 
risque est celui d'une déflation qui contamine le secteur 
financier, créancier des entreprises énergétiques, ajoute John 
Manley. 
    Cette déflation des prix à la pompe n'a pas incité le 
consommateur à dépenser à tout-va et si les taux d'intérêt 
remontent, il risque d'être encore plus tenté d'épargner.  
    Et que dire de l'inconnue chinoise? Les Bourses chinoises 
ont éternué en août et Wall Street s'est enrhumée. Dans la 
mesure où les perspectives économiques de la Chine ne sont pas 
bien fameuses, les investisseurs en redoutent les répercussions 
notamment sur les matières premières et sur la situation des 
changes, ainsi que, globalement, sur les marchés émergents et 
les Etats-Unis.  
    Il reste enfin le risque d'une catastrophe non financière, 
inquiétude majeure de stratèges qui citent le terrorisme ou 
l'instabilité du Moyen-Orient. 
    "Le risque évident est celui d'un événement en quelque sorte 
géopolitique qui paralyse la circulation et le commerce; ça peut 
se produire", explique Steve Auth, responsable des placements 
actions de Federated Investors. Il se pourrait aussi que le 
consommateur se terre chez lui en réaction à tout événement 
public perçu comme étant de nature terroriste. 
    Si la chute libre des cours pétroliers s'est révélée néfaste 
pour la Bourse, l'inverse ne serait pas forcément une bonne 
affaire pour elle. Une crise systémique au Moyen-Orient pourrait 
facilement faire flamber l'or noir, ce qui serait handicapant à 
la fois pour les ménages et pour les entreprises.  
    Et si tout cela ne suffit pas à donner des idées noires, il 
y a encore "le risque que la force vitale ait déserté l'économie 
mondiale", observe John Manley, de Wells Fargo.  
    "Nous n'avons pas vraiment fait ce qu'il fallait il y a six 
ans de cela; on a juste retardé l'échéance, c'est cela qui me 
fait vraiment très peur. Au lieu de couler à pic à cause d'une 
brèche dans la coque, nous sombrons peu à peu parce que la coque 
fuit lentement mais sûrement. Je n'en suis pas à le penser mais 
cela me préoccupe".    
 
 (Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Véronique 
Tison) 
 

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