Election présidentielle : Faut-il anticiper une hausse des marchés ?

le
1

Election présidentielle : Faut-il anticiper une hausse des marchés ?
Election présidentielle : Faut-il anticiper une hausse des marchés ?
Après avoir sous-estimé le risque d’un Brexit et la possibilité de voir Donald Trump élu, les investisseurs semblent cette fois surestimer les chances de victoire de Marine Le Pen qui prône une sortie de l’euro.
En cas de victoire d’un de ses principaux rivaux (pro-européens), ce qui demeure le scenario le plus probable, un risque politique majeur serait levé sur l’Europe et la Zone euro. Cela pourrait-il alors favoriser une hausse des marchés européens et en particulier des marchés français ? Si oui peut-on l’estimer et quels seraient les secteurs à privilégier ? Les réponses de François-Xavier Chauchat, économiste et membre du comité d’investissement de Dorval Asset Management.

François-Xavier Chauchat, à ce stade de la campagne présidentielle le plus probable reste l’élection d’un candidat qui ne mettrait pas en péril l’avenir de l’Union européenne et de la zone euro, les marchés l’ont-ils déjà intégré ?

Il faut bien comprendre que les enjeux de ces élections sont tellement importants pour les investisseurs qu’ils ne peuvent se permettre de prendre trop de risques avant le résultat final. Puisqu’un des trois candidats en tête dans les sondages – en l’occurrence Marine Le Pen – plaide pour le retour au franc, c’est bien, au vu de la place de la France en Europe, l’avenir de l’euro qui est en jeu. Or plus de €17,000 milliards de dettes obligataires publiques et privées sont libellées en euro. L’euro est aussi la deuxième monnaie de réserve au monde. Enfin, les banques de la zone euro détiennent €3,500 milliards d’actifs dans les autres pays de la zone. Les risques d’une crise financière sont donc tout à fait sérieux.  

Tout le monde a bien conscience, évidemment, que ce scénario est peu probable. La montée de Marine Le Pen dans les sondages en février a été stoppée à un niveau qui semble confortable. Mais les expériences du Brexit et des élections américaines, qui ont montré que les résultats finaux pouvaient beaucoup surprendre, paralysent beaucoup d’investisseurs. De plus, une probabilité même faible d’un choc systémique majeur se doit d’être intégrée dans les prix des marchés. Ainsi, le différentiel de taux à long-terme entre la France et l’Allemagne – le fameux « spread » - a plus que doublé depuis la fin de l’année dernière, passant de 30 à plus de 60 points de base. Fin février, les taux à 2 ans allemands ont plongé à -1%, nouveau plus bas historique, car certaines institutions placent leurs liquidités en Allemagne « au cas   où ». Enfin, le CAC a aussi un peu souffert en relatif, d’environ 2% contre  le DAX, son marché future ayant servi de couverture privilégiée aux investisseurs.

Si cela devait se vérifier il n’y aurait plus de risque politique majeur à court terme pour la zone euro, pourrions-nous dès lors observer une hausse des marchés européens ?

Le contexte est extrêmement favorable à la zone euro en terme macroéconomique. La reprise se diffuse à l’économie française depuis quelques mois, et à l’industrie italienne depuis peu. La croissance de la zone euro pourrait atteindre 2% cette année et l’année prochaine. Cerise sur le gâteau pour les entreprises,  l’inflation salariale est inexistante, et les taux à court terme sont extrêmement bas. C’est la période bénie pour les marges bénéficiaires.

De plus, les actions européennes sont sous-évaluées d’environ 15% contre Wall-Street, selon les calculs de Dorval Asset Management, justement du fait du risque politique. Le potentiel de hausse, au moins en terme relatif, est donc très substantiel si un candidat pro-européen est élu en France. Cet effet positif pourrait être augmenté par la perspective désormais crédible de voir le candidat ultra-européen Martin Schultz l’emporter en Allemagne à l’automne. Certes, la Banque Centrale Européenne devrait alors préparer les esprits à un retrait très progressif de ses interventions. Mais le risque lié à la BCE sera surtout ressenti sur les marchés obligataires, et beaucoup moins sur les actions.

Quel serait le potentiel de hausse sur les marchés parisiens et les secteurs qui en bénéficieraient le plus ?

Le marché parisien devrait suivre les autres marchés européens, avec un potentiel de hausse de l’ordre de 10% ou un peu plus cette année. Nous privilégions les secteurs qui bénéficient le plus de la diffusion de la croissance – comme la construction et les services aux entreprises – et ceux qui vont réagir le plus à la levée des hypothèques politiques, dont surtout les financières.

Après le Brexit et la surprise Trump comment se prépare-t-on chez Dorval AM avant cette échéance majeure ?

Contrairement au vote Brexit et aux élections américaines, qui ne nous apparaissaient pas comme des évènements mettant en jeu le risque systémique, nous considérons chez Dorval AM que les risques liés aux élections françaises nécessitent une forte réactivité. Ainsi, nous avons baissé l’exposition aux actions de notre fonds flexible européen Dorval Convictions de près de 100% début janvier à 60% fin février à cause du départ calamiteux de la campagne électorale, avant de le remonter à 80% récemment, avec une exposition significative aux financières. Sur notre fonds flexible le plus patrimonial – Dorval Flexible Monde – nous avons dès le début de l’année initié une position vendeuse d’obligations françaises, position qui nous semble avoir un profil asymétrique intéressant. L’idée est que si d’aventure les élections françaises créaient une nouvelle crise européenne, les taux français monteraient fortement – mais ils ne baisseraient sans doute pas beaucoup dans le cas contraire, car la tendance reste à la hausse des taux d’intérêt dans le monde.

Propos recueillis par la Rédaction

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
  • flexmoul il y a 11 mois

    D'abord se renseigner à l'aide du DOSSIER SPECIAL sur le site web ToutSaufMacron.com