Effet Trump : quel impact sur les taux et la Bourse ? (Cercle des économistes)

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Effet Trump : quel impact sur les taux et la Bourse ? (Cercle des économistes)
Effet Trump : quel impact sur les taux et la Bourse ? (Cercle des économistes)

 

Les marchés financiers ont digéré la victoire de Donald Trump à l’élection présidentielle américaine, mais tous les doutes sur la faisabilité de son programme ne sont pas encore levés. Laurence Boone et Céline Renucci recensent les différents points qui vont continuer d’attirer l’attention des opérateurs boursiers.

La victoire sans appel de Donald Trump fut une surprise pour la plupart des acteurs du marché. Son premier discours apaisant a rapidement rassuré les marchés qui ont rebondi, mais l’incertitude demeure sur la tournure que prendra sa présidence. Le scénario le plus plausible aux Etats-Unis est un important programme de soutien de la demande, plus modéré que préconisé pendant la campagne. À notre avis, cela impliquerait des changements fiscaux, la partielle dérégulation du secteur financier et une politique énergétique traditionnelle.

Le reste des promesses de Trump (les restrictions en matière de commerce international, les dépenses d'infrastructure et la réforme Obamacare) génère plus de contentieux et sera probablement plus difficile à appliquer. La grande inconnue reste la politique de la Fed et le remplacement de ses membres (jusqu'à quatre nominations avant mi-2018). Un tel programme devrait rapidement booster la croissance et stimuler l'inflation, et pousser la Fed à des hausses de taux successives et plus fréquentes.

La victoire de Trump sera douloureuse pour certains. Les marchés émergents, notamment le Mexique, ont déjà été touchés doublement par les élections. Premièrement, la rhétorique belliqueuse de Trump sur le commerce jette une ombre sur le Mexique et tous les autres pays de l'ALENA. Deuxièmement, une hausse du dollar et des taux des bons du Trésor américains affecteront les pays détenant de hauts niveaux de dette libellée en dollars. En conséquence, le peso mexicain s'est effondré et la dette, ainsi que les actions, des pays émergents ont souffert. A l'avenir, nous ne pensons pas que les propositions commerciales ou sur l'immigration seront appliquées, mais une renégociation des accords commerciaux existants est possible.

En Europe, l’effet de diffusion en provenance des États-Unis s'est traduit par une forte hausse des rendements obligataires, des spreads et des courbes dans tous les pays. Alors que l’effet sur la courbe est bien accueilli par la communauté financière, et que la hausse des taux est une aubaine pour le programme d'assouplissement quantitatif de la BCE (car elle rend une partie de la dette allemande de nouveau éligible), ces mouvements sont accompagnés d'une réévaluation des risques.

Les spreads de la France, des Pays-Bas, de l'Espagne et de l'Italie se sont tous élargis (de l'ordre de 25 à 30 points de base). A l'avenir, la BCE reverra certainement en profondeur ses perspectives économiques et financières, en attendant des informations complémentaires sur la politique américaine. En conséquence, nous nous attendons à une conférence de presse sophistiquée en  décembre, permettant une extension du QE de six mois (en prenant en compte l'extension de trois mois permise par la hausse des taux des Bunds).

Toutefois, le lourd agenda politique européen pourrait facilement gâcher la fête, puisque d'importants événements politiques restent à venir dans les grands pays de la zone euro, avec des élections aux Pays-Bas, en France et en Allemagne. Parmi ces événements, le premier est le référendum italien du 4 décembre : un rejet de la réforme constitutionnelle marginal, et qui ne changerait pas le paysage politique, ne conduirait pas à un changement majeur de politique économique (Renzi pourrait former un nouveau gouvernement s'il devait démissionner), mais pourrait conduire à moins de réformes.

En outre, alors que la réévaluation du risque continue, un tel résultat conduirait probablement à un autre écartement des spreads et pèserait sur les financières. Ceci sans compter qu’un large rejet aurait des conséquences sur la stabilité du gouvernement, qui aurait un fort impact sur les marchés. La route risque d’être longue...

Laurence Boone est membre du Cercle des économistes et Chef économiste du groupe AXA et Directeur de la recherche AXA-IM et Céline Renucci, économiste Europe chez Axa-im

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  • flexmoul il y a une semaine

    La France va enfin se redresser : élection du libéral conservateur Fillon, crash de Merkel, euro faible, nouveaux partenariats avec la Sainte Russie, dépenses d'infrastructures et de défense (secteurs où la France est bonne)