"Drôle de monde. Ce que fait et défait la déflation" par Véronique Riches-Flores (Cercle des analystes indépendants)

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La peur de la déflation dicte désormais l'action des grandes banques centrales
La peur de la déflation dicte désormais l'action des grandes banques centrales

La décision de la BCE sur la Grèce est une initiative malheureuse selon Véronique Riches-Flores, économiste, fondatrice de RF Research et membre du Cercle des analystes indépendants.

S'il a peu, on pouvait encore s'interroger sur ce que signifie la déflation, les dernières semaines nous en ont donné quelques illustrations et force est de constater que plus aucune règle du jeu d'un régime d'inflation et de croissance ne semble y avoir résisté.

  • La chute des prix du pétrole ne réjouit plus mais catalyse les craintes d'amplification des pressions à la baisse des prix et des salaires. C'est ainsi, paradoxalement, sur l'éventualité d'une remontée des cours de l'or noir que semble reposer tout espoir de rebond durable des marchés d'actions internationaux.
  • Les banquiers centraux ne visent plus la stabilité mais cherchent au contraire à bousculer l'inertie de comportements figés par la déferlante de pressions déflationniste mondiales, tentant par tous les moyens de créer la surprise, au risque de participer, aussi, à rigidifier in fine une bonne partie des flux de capitaux.
  • Leurs tentatives d'assouplissement monétaire ne sont pas applaudies mais suspectées de valider le diagnostic redouté, conduisant souvent à des réactions inverses à ce qu'elles produisent en temps normaux.
  • La perspective de taux d'intérêt durablement bas ne permet plus d'espérer une reprise du crédit et de l'investissement mais menace d'un regain d'instabilité financière dans les pays les plus endettés de la planète et de la création des poches spéculatives sur les actifs que les banquiers centraux protègent.
  • Les États sont rémunérés par les investisseurs pour leur offrir l'accès aux rares actifs sur lesquels les gains en capital semblent garantis, plutôt que d'être sanctionnés par la faible rémunération qu'ils offrent ou le risque assorti à la dégradation de leur signature (l'État finlandais  a vendu hier un milliard d'euros d'obligations à 5 ans à un taux négatif de -0,017%).
  • Les plus fervents défenseurs de l'austérité en Europe se retrouvent pied au mur avec des ratios d'endettement publics qu'ils ne peuvent maitriser. La dette publique finlandaise est ainsi en passe de s'éloigner de la sacro-sainte limite de 60 % du PIB local, risquant au vu de la situation du pays d'enclencher une spirale à la hausse dont on ne peut prédire où elle aboutira si le gouvernement campe sur ses positions.
  • Enfin, les épargnants dont on a coutume de dire qu'ils préfèrent la déflation à l'inflation dans nos économies vieillissantes voient le rendement de leurs actifs fondre comme neige au soleil et leurs revenus financiers suivre le même chemin. L'amélioration du pouvoir d'achat de ces derniers l'emportera-t-elle vraiment sur leur confiance et celle qu'ils peuvent avoir pour leurs descendants ? On peut en douter.

Alors, dans un tel contexte, les voix dissonantes font du bien. C'est en cela que celle d'Alexis Tsipras recueille une adhésion dissimulée mais vraisemblablement plus large que généralement admis. C'est en cela aussi que les bâtons dans les roues d'une résolution décente du cas grec, que des initiatives malheureuses, comme celles de la BCE hier, pourraient représenter, semblent particulièrement malvenues.

Véronique Riches-Flores

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d'analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

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  • andre541 le lundi 9 fév 2015 à 09:53

    Hé oui, c'est la sempiternelle fuite en avant du " toujours plus".Lisez Confucius ou Lao Tseu : La sagesse veut que l'on fasse avec ce que l'on a et non pas avec ce que l'on voudrait avoir.En France, nous sommes dans un des derniers pays " COMMUNISTE " L'on sait par expérience ce qu'il en est advenu......

  • 22441350 le lundi 9 fév 2015 à 08:37

    C'est l'accumulation du K dans des mains privées qui est la garantie d'investissements risqués porteurs d'avenir. Relisez Marx

  • 22441350 le lundi 9 fév 2015 à 08:36

    L'argent des plus riches circule et est investi au travers des family office avec un niveau de risque plus élevé que celui de l'épargnant moyen ou de la CRDS qui eux ne peuvent se permettre des pertes en capital et sont placés sur des obligations d'Etat représentatives de dettes parfois adossées sur des déficits de fonctionnement et non d'investissement. (…)

  • ljay1 le dimanche 8 fév 2015 à 19:13

    Ce capital et ces frontières à tous vents nous ont mis à sec..

  • M7815185 le vendredi 6 fév 2015 à 20:05

    Bien content d’être bien soigné ,d'avoir une retraite par répartition, toujours le même discours trop de services publics, alors que le problème est ailleurs ,baisse d’impôt des plus riches qui ensuite spéculent dans les subprimes et maintenant sur la dette des états, on n'arrive même pas à mettre en place une taxe Taubine...on est dans l'accumulation de richesse, les Arpagons avec leur cassette ,c'est eux qui tuent l'économie, l'argent doit circuler et être investit

  • M5135837 le vendredi 6 fév 2015 à 15:22

    La France est bien loin de l'austérité et la croissance n'est pas là! C'est notre modèle socio-économique qu'il faut revoir: trop de rigidités dans notre économies (droit du travail, d'entreprendre, statut de la fonction publique, principe de précaution, corporatismes, clientélisme, etc.), trop de dépenses publiques improductives, des services publiques à l'efficacité et à la productivité douteuse (enseignement, logement, formation continue, Pôle emploi, etc.)

  • acharbi1 le vendredi 6 fév 2015 à 09:26

    Que du baratin ,comme tout foyer ,on ne peut dépensée que ce que l'on possède ,le reste c'est la planche à billets et à thermes ,un manque de confiance dans l'économie

  • guerber3 le jeudi 5 fév 2015 à 21:22

    Qui osera le premier dire que l'on y est ???...c'est maintenant une évidence et ce ne sont pas les baisses de salaires qui vont inverser la tendance...!!!