« Comment développer l'épargne salariale ? » par Philippe Trainar (Cercle des économistes)

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Il faudrait davantage inciter les entreprises à recourir à l'épargne salariale selon Philippe Trainar.
Il faudrait davantage inciter les entreprises à recourir à l'épargne salariale selon Philippe Trainar.

Le développement de l'épargne salariale figure parmi les mesures contenues dans le projet de loi présenté par Emmanuel Macron. Selon l'économiste Philippe Trainar, pour être efficace, cette mesure devra passer par une incitation des entreprises à y recourir.

L'épargne salariale est née de la volonté d'association « capital-travail ». Initialement, elle a été portée par le patronat chrétien puis par les gaullistes sociaux, qui sont à l'origine de l'ordonnance qui a rendu obligatoire la « participation aux bénéfices ». Plus récemment, dans les années 80-90, le « profit sharing », notamment sous la forme de distribution d'actions, a été recommandée par certains économistes en raison de la flexibilité qu'elle introduit dans la rémunération des salariés en fonction de la performance de l'entreprise, tandis que les économistes libéraux mettaient en garde contre le cumul des risques du salarié sur son entreprise. Cette dernière formule a été très utilisée dans les start-ups dont la croissance impose de modérer les distributions de salaires.

De façon générale, la gauche a été hostile à l'épargne salariale, au motif de la priorité à accorder à la lutte des classes et de la volatilité introduite dans la rémunération des salariés. Après avoir cherché un temps à en généraliser l'usage, au nom de l'égalité et au vu des gains réalisés par les bénéficiaires, elle est revenue à une attitude hostile au motif qu'elle donnerait de mauvaises incitations aux bénéficiaires, notamment des incitations à une prise de risque excessive.

En France, l'épargne salariale prend essentiellement la forme de « l'intéressement » (formule facultative, instaurée en 1959 et utilisée pour intéresser le personnel à la performance de l'entreprise) ; de la « participation aux bénéfices » (formule obligatoire dans les entreprises de plus de 50 salariés, instaurée en 1967 pour encourager la collaboration entre le capital et le travail) et du « plan d'épargne salariale » (formule facultative, sans obligation d'investissement dans l'entreprise, instaurée en 1967 pour encourager les salariés à la prévoyance).

Ces formules bénéficient d'un régime fiscalo-social favorable : dès lors que les fonds restent bloqués pendant cinq ans, le salarié est exonéré de l'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux... sous réserve d'un prélèvement de 20% sur 97% des montants versés, et d'un prélèvement de 15,5% les gains et plus-values réalisées. Quant aux versements de l'entreprise, ils ne sont pas soumis à l'impôt sur les sociétés.

Pour développer l'épargne salariale, il faudrait améliorer l'incitation des entreprises à y recourir. Pour cela, il faudrait tout d'abord assouplir les trois formules de l'intéressement, de la participation aux bénéfices et de l'épargne salariale, qui sont trop lourdes et complexes à gérer, d'autant qu'elles supposent un accord d'entreprise avec les partenaires sociaux.

Il faudrait ensuite supprimer les prélèvements sociaux de 20% et 15,5%, sachant que les versements dont bénéficie le salarié ne donnent droit à aucune prestation sociale et qu'ils sont risqués.

Enfin, il faudrait bannir toute possibilité de déblocage anticipé des fonds par décision unilatérale du législateur car il impose des coûts dissuasifs aux entreprises concernées.

Philippe Trainar

Philippe Trainar est directeur des risques et membre du comité de direction du groupe Scor mais aussi professeur à l'Université Paris-Dauphine. Il est également membre du Conseil d'analyse économique et de la Commission économique de la nation ainsi que président de la Commission de gestion des risques de la Fédération française des sociétés d'assurance.

Ses principaux domaines d'expertise sont la macro-économie ; le risque et l'assurance ; la fiscalité ; les retraites et la protection sociale ; la finance et l'économie internationale.

 

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

 

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  • M8885793 le jeudi 18 déc 2014 à 03:14

    En effet Métastok, c'est un domaine dont je ne sais pas grand chose. Mais je ne stigmatisais que l'investissement dans les actions de l'entreprise dans laquelle on travaille. Par contre depuis plus de 40 ans je regrette de voir que le Capitalisme Populaire ne se développe pas plus en France. Si c'est comme vous dites, alors c'est bien. On ne manque pas d'excellents opcvm chez nous.

  • metastok le mercredi 17 déc 2014 à 14:37

    M8885793, vVous ne devez pas connaître grand chose à l'épargne salariale pour affirmer que c'est mettre son épargne et son boulot dans le même panier. Depuis un bon moment déjà, dans les offres de qualité, le salarié a le choix dans une multitude fonds Carmignac, Tocqueville, DNCA, financière de l'échiquier, Comgest, LCF, EdR etc et le teneur de compte est complètement indépendant de l'entreprise. Aucun risque donc sur l'épargne en cas de faillite de l'entreprise...

  • OSS119 le mardi 16 déc 2014 à 21:07

    L'économie ira tout simplement mieux lorsque l'Etat aura compris et accepté qu'il faut mieux rémunérer ceux qui travaillent et moins les assistés (dont les retraités, les "malades", et autres bénéficiaires) qui vivent des prélèvements sur les premiers

  • M8885793 le mardi 16 déc 2014 à 17:53

    Pitoyables commentaires !.... C'est vraiment pas gentil de dire ça... Et puis il y a de très nombreuses personnes qui travaillent dans de très petites entreprises même pas capitalisées. Auchan ne peut pas employer tout le monde. Reste quand même vrai que c'est imprudent de mettre ensemble son épargne et son boulot.

  • metastok le mardi 16 déc 2014 à 16:08

    Que de pitoyables commentaires....L'épargne salariale, c'est ce qui a permis (entre autres) à une caissière du groupe Auchan de prendre sa retraite en 2007 avec un pactole de plus d'un million d'€. Quand les crétins de communistes auront compris que tout ce que veulent les entrepreneurs, ce sont des salariés efficaces et que pour cela ils sont prêts à partager les richesses crées, alors ils cesseront de se vautrer dans le misérabilisme et le nivellement vers le bas.

  • M8885793 le mardi 16 déc 2014 à 15:38

    Lorsque je mentionne l'investissement systématique, il faut préciser que je pense à un investissement minimum (quelques paquets de cigarettes), dès la première paye et jusqu'au terme de la vie active. Le nombre de mois est la véritable richesse d'un jeune. Mais son nombre diminue vite aussi.

  • M4314275 le mardi 16 déc 2014 à 15:19

    L'épargne salariale n'est pas très compatible avec la précarité de l'emploi que le patronat veut accentuer.

  • M8885793 le mardi 16 déc 2014 à 15:13

    Pourquoi ne pas agir un niveau plus haut. Investir dans sa propre entreprise équivaut à risquer son job et son pognon. Investir tous les mois via les opcvm dans l'activité mondiale fait prendre conscience que le Marché Financier auquel on participe acquiert les moyens de production.

  • rraclot le mardi 16 déc 2014 à 12:57

    Perdu pour éventuellement perdu... Il vaut mieux verser "ses" cotisations à l'entreprise que chez "La CGT".. Là dans l'entreprise on a au moins une chance de récupérer!!!

  • rraclot le mardi 16 déc 2014 à 12:33

    Il a raison, dès que le salarier s'investit dans l'entreprise tout va mieux... C'est bien supérieur aux grèves .. Aujourd'hui il vaut mieux croire et mettre ses économies dans son entreprise qu'à la CGT..!