Brésil : "Une hirondelle ne fait pas le printemps"

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L'économie brésilienne profite du rebond des matières premières mais le chômage s'envole et le pays traverse toujours une phase de chaos politique.
L'économie brésilienne profite du rebond des matières premières mais le chômage s'envole et le pays traverse toujours une phase de chaos politique.

Depuis plus d’un an, l’économie brésilienne connaît une double crise économique et politique. À l’origine de ces deux phénomènes se trouvent respectivement la chute des prix des matières premières dont le Brésil est un grand exportateur, et plusieurs scandales affectant la classe dirigeante brésilienne, accusée à la fois de corruption (« affaire Petrobras ») et de maquillage des comptes publics.

Les difficultés socio-économiques brésiliennes, déjà présentes et médiatisées à l’occasion de la Coupe du Monde de football 2014, s’étaient significativement aggravées à partir de l’été 2015. C’est en effet dans le courant de l’année dernière que le l’économie brésilienne a commencé à connaître une sévère contraction, avec une récession de 5,9% enregistrée au quatrième trimestre 2015 par rapport au quatrième trimestre 2014.

Des signaux économiques contradictoires

Depuis le début de l’année 2016, plusieurs phénomènes contradictoires s’observent au Brésil.

Tout d’abord, l’économie brésilienne reste en lourde récession et aucun économiste ne s’attend à un retour de la croissance au cours de l’année.

Pour autant, le rebond du prix de certaines matières premières enregistré depuis février 2016 fait naître l’espoir d’une prochaine sortie de crise, peut-être dès 2017. Cet espoir a provoqué une envolée record de la Bourse de São Paulo : l’indice Ibovespa, tombé à 37.500 points en janvier 2016, est revenu au-dessus des 51.000 points en juin 2016 (+35% environ). Les investisseurs sont donc de retour sur le marché brésilien.

Surtout, « Le PIB du pays a enregistré au cours du premier trimestre 2016 sa plus faible contraction depuis fin 2014. Le fort rebond des exportations a été le principal soutien à l’activité » observe Thuy van Pham, économiste marchés émergents chez Groupama AM. Un bon signe qui pourrait faire penser que le plus dur de la crise brésilienne est désormais passé.

Le chômage augmente de manière quasi-exponentielle

Du côté de l’emploi, la situation se dégrade néanmoins à grande vitesse. Les derniers chiffres montrent une envolée du chômage à 11,2% de la population active (avril 2016). Le taux est certes comparable à celui de pays avancés comme la France, mais la dynamique est nettement plus négative. En décembre 2015, le taux de chômage communiqué par l’institut de statistiques brésilien n’était encore que de 6,9% de la population active. En janvier 2014, ce même taux n’était que de 4,3%.

« De nombreux ménages brésiliens connaissent de sérieux problèmes financiers car ils ne peuvent pas rembourser leurs dettes » observe ainsi Maarten-Jan Bakkum, stratégiste marchés émergents chez NN IP.

En somme, « La prudence doit être de mise. Les déséquilibres structurels, notamment le faible taux d’investissement, demeurent irrésolus. Ils continueront de peser sur la croissance » note Thuy van Pham de Groupama AM.

Côté monétaire, la réappréciation du réal brésilien face au dollar au cours des derniers mois devrait permettre de juguler en partie l’inflation qui sévit au Brésil et pénalise l’activité économique à cause des taux d’emprunts devenus élevés et de l’érosion du pouvoir d’achat des ménages. « Une baisse progressive du taux d’intérêt directeur [de la banque centrale brésilienne] est envisageable à partir du second semestre de l’année 2016. À 14,2 %, [le taux directeur actuel] figure parmi les plus élevés des pays émergents », explique Thuy van Pham.

Le pays traverse une phase de chaos politique

En parallèle, le pays est désormais dans le chaos social et politique le plus complet. En mai 2016, la présidente Dilma Roussef a été suspendue de ses fonctions exécutives pour une durée de six mois par le pouvoir législatif. Au cours de ces six mois, une enquête sera menée et un procès devrait permettre de savoir si les griefs reprochés à Dilma Roussef s’avèrent justifiés. Après quoi, le Sénat procédera à un second vote qui pourrait se traduire par une destitution définitive.

Pour certains analystes comme Patrick Mange, économiste pays émergents chez BNP Paribas, la destitution pour l’instant seulement temporaire de la présidente brésilienne, très impopulaire dans son pays, est une bonne chose. Le Brésil pourrait ainsi repartir sur des bases politiques plus saines et plus propices à la confiance des ménages sans tarder.

Maarten-Jan Bakkum n’est cependant pas de cet avis : « Il aurait mieux valu qu’elle ne soit pas destituée (…).Maintenant, le pays a un nouveau gouvernement [provisoire] qui a pris le pouvoir de manière incorrecte, avec peu de soutien au sein de la population ». Sans compter que Dilma Roussef « a été destituée par des individus qui ont été accusés eux-mêmes de corruption ».

Malgré tout, le stratégiste de NN IP observe que : « La composition du gouvernement temporaire de Michel Temer et les annonces de mesures économiques incitent les investisseurs, surtout brésiliens, à croire que des mesures fermes seront prises pour enrayer le déficit budgétaire, restaurer le climat d’investissement et, par conséquent, mettre fin à la récession ».

Cet espoir reste incertain à l’heure actuelle : « On ignore combien de temps ce gouvernement restera au pouvoir [et] on peut se demander s’il pourra rapidement mettre en œuvre les réformes » note le stratégiste de NN IP. Mais parfois, un simple espoir peut suffire à relever la tête.

Xavier Bargue (redaction@boursorama.fr)

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  • M4358281 il y a 7 mois

    Surtout quand le vote est rouge vif et que l'on promet de raser gratis ...

  • 23425c il y a 8 mois

    Le Brésil est en recession mais c'est le pays le plus peuplé et le plus grand marché d'Amerique du Sud donc malgré les incertitudes, un jour ou l'autre, il s'en sortira.

  • 32bits il y a 8 mois

    Plus besoin de guerre pour faire chuter un gouvernement ou son économie... La bourse et le futures.