Brésil et Russie : les difficultés devraient se poursuivre cette année

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Le Brésil et la Russie vont continuer de souffrir économiquement en 2016, explique Patrick Mange (BNP Paribas IP).
Le Brésil et la Russie vont continuer de souffrir économiquement en 2016, explique Patrick Mange (BNP Paribas IP).

Le Brésil et la Russie sont lourdement affectés par la chute des prix du pétrole et des matières premières. Bien que la crise dure depuis déjà un an et demi dans les deux pays, la récession pourrait encore perdurer, explique Patrick Mange, Stratégiste marchés émergents au sein de BNP Paribas Investment Partners.

Brésil : en pleine crise économique et politique

Au troisième trimestre 2015, le Brésil a enregistré une récession de 4,5% par rapport au même trimestre de l’année 2014, correspondant à la plus mauvaise performance de l’économie brésilienne depuis plus de vingt ans. Les statistiques du dernier trimestre 2015 ne sont pas encore connues, mais confirmeront sans aucun doute la très mauvaise passe que traverse le pays.

« La conjoncture reste particulièrement négative au Brésil, avec une forte inflation et une croissance du chômage », explique Patrick Mange. « En 2016, on prévoit une  aggravation de la récession, alors que le Brésil souffre du ralentissement de l’industrie chinoise ».

Le point bas de la conjoncture économique pourrait néanmoins être atteint d’ici peu. « Il est possible que le momentum se retourne cette année », estime le stratégiste, c’est-à-dire que le rythme de la récession commence à se tasser, laissant envisager un éventuel retour à l’équilibre pour 2017.

Chiffres de la croissance brésilienne, en glissement annuel pour chaque trimestre depuis 2010. Source : Investing.com.
Chiffres de la croissance brésilienne, en glissement annuel pour chaque trimestre depuis 2010. Source : Investing.com.

Côté politique, la situation ne s’arrange pas non plus : la présidente du pays, Dilma Roussef, est de plus en plus contestée. « Le taux de popularité de Dilma Roussef est plus faible que le taux d’inflation du pays », souligne sans concession Patrick Mange. Depuis quelques mois, la présidente brésilienne est menacée par une éventuelle procédure d’Impeachment, c’est-à-dire de destitution de sa fonction présidentielle par le pouvoir législatif.

Pour autant, « il n’est pas du tout sûr que Dilma Roussef quitte ses fonctions cette année. Les probabilités sont même en faveur de son maintien jusqu’en octobre 2018, date d’échéance de son mandat présidentiel » et cela « n’est pas une bonne nouvelle pour le pays, qui dans ce cas de figure ne pourrait introduire les reformes structurelles nécessaires à une croissance plus pérenne  », affirme le stratégiste de BNP Paribas Investment Partners.

La présidente brésilienne applique en effet une politique de rigueur économique qui ne parvient pas à porter ses fruits, et qui ne devrait pas être remise en cause tant que celle-ci reste à la tête de l’exécutif.

A contrario, « la validation d’une procédure d’Impeachment, même si elle n’est pas sans risques, pourrait donner l’espoir d’une nouvelle politique économique, et engendrer un cercle plus vertueux » envisage le stratégiste, même si ce scénario ne semble pas le plus probable à l’heure actuelle.

Les problèmes économiques du Brésil dépassent néanmoins la simple question de sa présidence. « Le marché du travail est beaucoup trop rigide » et le problème est même plus profond, au point qu’« il faudrait en fait envisager une réforme profonde de la Constitution », avance Patrick Mange. Tel serait alors le seul avantage de l’actuelle récession : un « cleaning up » économique et institutionnel dans le pays, qui pourrait être la base d’une croissance plus viable à l’avenir.

Russie : mise en difficultés par la rechute du pétrole

En Russie, grand producteur d'hydrocarbures, la situation reste également difficile sur le plan économique, alors que la rechute du pétrole en début d’année est venue repousser la perspective d’un retour à la croissance dès cette année. Pour la Russie, « le prix du pétrole reste un problème sous le seuil des 50 dollars » explique l’économiste, or le pétrole est descendu loin de ce seuil en janvier, aux alentours de 30 dollars/baril.

Symptôme direct de cette crise, le rouble a repris depuis plusieurs mois son érosion face au dollar. La monnaie russe s’échange désormais à près de 80 RUB pour 1 USD, à comparer à la parité de 35 RUB pour 1 USD qui prévalait il y a un an et demi. La monnaie russe a ainsi perdu plus de la moitié de sa valeur pendant cette période.

En décembre 2014, ce que l’on appelait déjà la « crise du rouble » s’était caractérisée par des doutes sur la capacité de certains emprunteurs russes à rembourser leurs dettes contractées en dollars. Mais ce problème est désormais moins présent. « L’endettement en dollars s’est beaucoup réduit et ainsi le service de la dette externe s’améliore », affirme Patrick Mange.

La Russie subit toujours, par ailleurs, les effets de l’embargo économique dans lequel le pays s’est lui-même enfermé en signe de protestation face aux sanctions économiques européennes décidées à son encontre en 2014. « À court terme, cela reste pénalisant », mentionne le stratégiste.

Encore une fois, à quelque chose malheur est bon. L’actuelle crise pousse la Russie à s’adapter en diversifiant son économie pour ne plus se reposer uniquement sur l’exploitation d’hydrocarbures, de nature cyclique. Ceci pourrait engendrer des effets positifs à long terme.

À noter, au niveau des marchés actions, que le Brésil et la Russie restent sous-pondérés dans les portefeuilles internationaux selon Patrick Mange.

Xavier Bargue (redaction@boursorama.fr)

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