Allemagne : le début d'un retournement ?

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L'Allemagne déçoit les marchés depuis trois semaines. La rigueur étoufferait-elle l'économie allemande ?
L'Allemagne déçoit les marchés depuis trois semaines. La rigueur étoufferait-elle l'économie allemande ?

Rien ne va plus pour le « bon élève » de l'Europe. Les statistiques mitigées sur l'économie d'outre-Rhin s'accumulent depuis trois semaines. Le marché s'interroge ce lundi sur le moral des entrepreneurs allemands, ressorti plus bas que prévu.

L'effet positif des stress tests bancaires en début de séance a vite laissé place à l'inquiétude engendrée par le traditionnel indice mensuel Ifo. Cet indicateur du moral des entrepreneurs allemands a baissé davantage que prévu en octobre, retombant au niveau de l'année 2012. L'indice s'établissait à 103,2 points alors que le consensus des analystes tablait sur un chiffre de 104,7. L'indicateur baisse pour le sixième mois consécutif.

La séance boursière est ainsi passée en territoire négatif, creusant ses pertes à la mi-séance avant d'entamer une légère reprise après 15h. Les inquiétudes sur l'Europe dictent une nouvelle fois l'humeur du marché.

Accumulation de mauvais signaux

L'inquiétude des marchés provient surtout de l'accumulation de mauvais signaux sur l'état de santé de la « locomotive allemande ». Pour rappel, l'annonce du ralentissement de l'industrie du pays il y a trois semaines avait été l'un des principaux déclencheurs de la panique boursière des 15 et 16 octobre.

L'image du pays se craquelle d'autant plus que le pays serait sur le point d'entrer en récession. Le PIB du T3 pourrait ressortir en contraction par rapport au T2 qui accusait déjà une baisse de 0,2% par rapport au début d'année. De ce point de vue, peu de pays européens sont dans une situation aussi difficile, même la France qui reste en croissance, bien que celle-ci soit très faible.

Un passage à vide qui s'explique en partie par le manque de demande extérieure, aussi en provenance de Chine (dont la croissance se tasse) que du reste de l'Europe. Ceci réduit à court terme les exportations allemandes qui sont au c½ur de l'économie nationale. Toutefois, les problèmes du pays seraient plus profonds.

Trop d'austérité tue la croissance

Le problème de l'Allemagne vient peut-être de sa volonté de « trop bien faire ». La rigueur budgétaire à tous les échelons serait un frein à long terme pour la croissance, et c'est ce dont le marché commence à prendre conscience.

En Allemagne, effacer les dettes ou arriver à l'équilibre budgétaire est un objectif de premier plan tout à fait compréhensible de prime abord. L'Etat autant que les « Länder » ou les villes affichent cette même volonté de diminuer leur endettement public. Une gestion a priori très saine des finances publiques.

Pourtant, cette rigueur budgétaire n'a pas toujours été le credo de l'Allemagne et aurait des conséquences inattendues. La politique de rigueur allemande est avant tout née d'une réaction à la crise des dettes souveraines européennes débutée en 2010. Or, à trop vouloir se protéger contre l'endettement public, l'Allemagne a peut-être mis en place les bases d'une nouvelle crise : la crise de la croissance. Sans relance, sans souplesse budgétaire, sans aides, l'économie ne parvient plus à progresser. Et l'inquiétude des marchés pourrait revenir alors que l'Allemagne pensait précisément avoir pris les mesures adéquates pour s'en prémunir.

L'épargne ralentit la dynamique

L'Allemagne connaît par ailleurs l'un des plus forts taux d'épargne d'Europe. Bien sûr, épargner ses revenus permet à chacun d'avoir une situation plus stable et de se prémunir d'éventuelles difficultés à venir.

Cependant, d'un point de vue macroéconomique, l'argent épargné ne tourne pas dans l'économie. Certes, l'épargne placée en banque est indirectement réinvestie sous formes de prêts à d'autres acteurs de l'économie. Mais l'effet n'est pas le même par rapport à une dépense d'argent qui va générer un cycle vertueux de chiffre d'affaires, de bénéfices et donc d'investissement de la part des entreprises. En fin de compte, l'économie allemande ralentit petit à petit et les chiffres publiés sont considérés comme médiocres.

Xavier Bargue

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  • nbanba le lundi 27 oct 2014 à 21:17

    Merkel et schauble vont pouvoir goûter le résultat de leur politique européenne de la terre brûlée.

  • guerber3 le lundi 27 oct 2014 à 19:00

    Presque partout dans le monde, à part le Zimbawe, la croissance s' appuie sur la dette , mais il faut donner du travail, même le plus stérile, pour consommer, consommer, toujours consommer en détruisant la terre : le monde politique n'a pas d ' idées...!

  • DEXIA05 le lundi 27 oct 2014 à 18:29

    Jean de La Fontaine avait raison dans "La poule aux œufs d'or". Dommage que les allemands ne la connaissent pas :( . Mais, bon, Goethe c'est bien aussi !

  • soulamer le lundi 27 oct 2014 à 18:22

    objectivité pour ma part! l'indigence se revellera dans les commentaires de nos socialistes qui vont se répandre dans les medais sur ce sujet

  • M6832035 le lundi 27 oct 2014 à 18:15

    Quels commentaires, les journalistes français (de gauche sans doute) se font plaisir, ils pensent revaloriser les minables résultats français avec de tels commentaires, ils n'ont honte de rien en dramatisant une petite baisse de l'économie allemande qui en fait est un léger "mois bien" sans doute comparer aux minables résultats français, c'est encore l'Eldorado !

  • cbocahut le lundi 27 oct 2014 à 18:10

    sortons de l'UE WWW.UPR.fr

  • M5579611 le lundi 27 oct 2014 à 18:09

    Soulamer: commentaire d'une rare indigence!Deux raisons au changement de tendance: 1 - les partenaires européens achètent de moins en moins allemand; 2 - la trop faible démographie n'exigeait que peu de création d'emplois, le vieillissement accéléré de la population devient chaque jour un peu plus difficile à financer et cela va continuer pendant plus de 10 ans.Conséquence: la locomotive sera incapable de tirer la croissance européenne et nous ne devons pas nous en réjouir.

  • fbordach le lundi 27 oct 2014 à 18:08

    Ach! grosse katastrophe... Et oui, quand on commerce, beaucoup avec la Russie, il faut s'attendre à des surprises en cas d'embargo!

  • Garasixt le lundi 27 oct 2014 à 18:06

    Je me marre, c'est maintenant que l'on s'en rend compte, pourtant il y a encre moins de trois ans la grosse était l'exemple absolu de Sarko.

  • LeRaleur le lundi 27 oct 2014 à 18:03

    L'UE va sauter, l'UE va sauter. Quand les marchés financiers vont taper sur la dette.