« Agences bancaires : la révolution, c'est maintenant ? » (Cercle des économistes)

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Le monde de la banque connaît une révolution progressive, explique Catherine Lubochinsky du Cercle des économistes.
Le monde de la banque connaît une révolution progressive, explique Catherine Lubochinsky du Cercle des économistes.

L’« ubérisation » de l’économie n’épargne aucun secteur, pas même celui des banques. Un nouveau modèle est en train de naître, s’il n’est déjà né. Selon Catherine Lubochinsky, la complexification de la finance appelle, notamment, des formations adaptées.

Le « buzz médiatique» dû à l’annonce par la Société Générale de la fermeture de 20% de ses agences bancaires d’ici 2020 est surprenant à plus d’un titre. Tout d’abord, le concept traditionnel d’agence à l’ancienne est obsolète, et pas seulement pour les banques. Que ce soit à la Poste ou à la Ratp, il est devenu impossible de s’adresser à un employé pour affranchir une lettre ou acquérir un titre de transport. La révolution numérique est en marche, l’innovation technologique s’infiltre progressivement dans tous les secteurs d’activité.

L’enquête BVA de 2015 sur l’image des banques révèle que la proportion des détenteurs de compte, fréquentant plusieurs fois par mois leur agence, est passée de 62 % en 2007 à 21% en 2015. Cette proportion passe à 27% si on inclut ceux qui y vont une fois par mois. De plus, ces chiffres ne reflètent pas la disparité des comportements par tranche d’âge : les « jeunes » réalisent la quasi-totalité de leurs transactions bancaires par internet. L’agence bancaire n’est pas nécessaire pour effectuer les transactions courantes.

Si la banque en ligne ne représente que 5% des clients en France, désormais près d’un compte bancaire sur trois s’ouvre sur internet. De plus, la part mondiale des banques dans le système des paiements est passée de 100%, il y a quelques années, à 75% en 2014 (World Payments Report). Ce déclin est appelé à se poursuivre. Dans les pays en développement, le saut technologique est encore plus saisissant : seuls 54% des adultes ont un compte en banque (5% en Afrique sub-saharienne !), mais ils possèdent un compte via la téléphonie mobile (58% au Kenya !). L’accès aux services bancaires et financiers n’est plus synonyme d’implantation d’agences bancaires.

Les fermetures d’agences de la Société Générale devraient se faire sans licenciement, par le non remplacement de 3.000 départs en retraite. Les syndicats ont quand même vivement réagi, car ce n’est pas la première banque s’engageant dans une telle stratégie. Entre 2006 et 2013, 2.100 agences bancaires ont été fermées en France, avec un nombre d’employés par agence en diminution. Il en reste encore plus de 37.500, ce qui représente presque 600 agences pour 1 million d’habitants, contre une moyenne Européenne de 450. La France est ainsi placée en tête de la zone euro.

La banque est pourtant loin, en termes d’emplois, de « la sidérurgie du tertiaire » prévue dans le rapport Nora Minc de 1977 : fin 2014, selon la Fédération Bancaire Française, le secteur bancaire emploie 370.300 personnes, ce qui représente 2,3 % de l’emploi salarié en France. Et le secteur continue de recruter. Mais l’approche Schumpetérienne s’impose : l’innovation engendre un processus de destruction créatrice. La révolution du numérique diminue l’efficacité, voire l’utilité, de certains emplois dont celui de « guichetier de banque ». D’autres emplois, plus qualifiés, émergent. Ainsi, la tendance des recrutements est à l’augmentation du degré de qualification : plus de 90 % de ceux-ci concernent des Bac+2/3.

Ce processus de qualification accrue s’insère dans le cadre de la complexification de la finance au sens large, touchant les opérations de financement, la gestion d’actifs et la régulation financière. Il s’insère également dans une reconfiguration du modèle bancaire dans lequel la gestion des moyens de paiement devient plus intensive en capital, et la gestion de patrimoine plus intensive en travail, dans un contexte où la concurrence de nouveaux acteurs s’intensifie.

Catherine Lubochinsky

Catherine Lubochinsky est membre du cercle des économistes et Professeur à l’Université Paris II.

Le Cercle des économistes a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • M82941 le lundi 5 oct 2015 à 14:17

    puisque les conseillers sont pour la plupart incompétents, autant être son propre banquier par internet

  • trebi le lundi 5 oct 2015 à 12:42

    C'est vrai que l'utilité d'un conseiller financier était quand même limitée car non seulement parfois ils peuvent manquer de compétences et de connaissance mais surtout parce qu'avec les objectifs que les sociétés financières leur fixés ils étaient plus là pour vous vendre n'importe quoi que pour faire du conseil.

  • trebi le lundi 5 oct 2015 à 12:39

    Il faut voir si la Schumpetérisation de l'emploi : l’innovation engendre un processus de destruction créatrice, ne détruit pas plus d'emploi qu'il n'en crée. Ce processus a été déjà vu pour l'agriculture mécanisée, l'industrie robotisée et même si cela crée de nouveaux emplois. Cette évolution en détruit quand même beaucoup d'où l'utilité de réduire le nombre d'heures de travail à 30 ou 32 hebdomadaires.

  • pierry5 le lundi 5 oct 2015 à 11:31

    La moitié des agences bancaires sont appelées à disparaître à brève échéance. Il est rare que j'aille encore dans une agence sauf pour régler des problèmes relatifs à leurs sites . les logiciels sont parfois tellement mal fait qu'ils bloquent sans que l'on sache pourquoi, il faut aller réactiver à l'agence, prendre rendez-vous etc. ça m'énerve...

  • a.mabire le lundi 5 oct 2015 à 10:54

    De toute maniére en agence il faut prendre RDV pour avoir l'interlocuteur compétent (et encore), donc l'intérêt de l'agence se justifie de moins en moins. Par contre c'est encore un pas vers la désertification de nos campagnes.

  • lorant21 le lundi 5 oct 2015 à 10:26

    Ou alors les banques mettent dans les agences des gens qui connaissent quelque chose.. je me souviens de mon directeur d’agence qui ne savait pas ce qu'était un prêt in fine ou les actions au nominatif..