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Noël : les santons de Provence ne connaissent pas la crise

information fournie par Le Figaro 11/12/2021 à 08:00

(Crédits photo : Pixabay - jackmac34 )

(Crédits photo : Pixabay - jackmac34 )

Les figurines fabriquées traditionnellement dans le sud de la France font travailler directement 800 personnes en Provence.

Noël est la fête religieuse la plus populaire en France. Attachés à la tradition du sapin, nombre de Français prêtent également beaucoup d'attention à la décoration de la crèche. Pour le plus grand bonheur des santonniers de Provence, qui fabriquent artisanalement les fameuses figurines selon un modèle traditionnel en plusieurs étapes : la création puis le moulage, l'estampage, la retouche, l'ébarbage, la cuisson et enfin la décoration.

S'il est très hétérogène, entre les petites entreprises familiales qui ne comptent qu'un ou deux artisans et les structures plus importantes, le secteur des santons se porte bien. « La crise sanitaire a été bénéfique pour la plupart d'entre nous » rapporte Michel Bouvier, le président de l'Union des fabricants de santons de Provence (UFSP), qui organise notamment la Foire aux santons de Marseille. « Ces 3 dernières années, les ventes ont augmenté. Et pas que dans les foires, sur internet aussi » ajoute-t-il. Escoffier, une des plus grosses entreprises de santons basée à Aubagne, a par exemple vu son chiffre d'affaires augmenter de 21,39% en 2020/2021 avec 2,7 millions d'euros après une hausse de 6% sur la période précédente.

« Dans la région, le santon fait travailler directement 800 personnes » indique Denis Muniglia, l'ancien président de l'UFSP. Il y a 25 ans, alors qu'ils travaillaient tous deux chez Apple, sa femme et lui ont fondé l'Atelier Arterra. « L'artisanat nous allait mieux » confie-t-il. Pour lui, il y a deux grosses périodes de vente dans l'année : Noël, évidemment, où une grosse partie du chiffre d'affaires annuel est réalisée (près de 80% pour certains), et la période estivale. L'été, les santons sont plébiscités par des étrangers, et particulièrement des Américains, « qui souhaitent ramener un petit bout de Provence ». Karine Jeannin, associée chez Marcel Carbonel (un des plus anciens créateurs de Marseille) confirme cette tendance : « pour certains Américains, les santons sont des Carbonel. C'est comme ça qu'ils les appellent ».

Mais les Français sont également de fidèles clients. Karine Jeannin en relève deux principaux types : « le très religieux, qui recherche surtout les santons classiques qui représentent la nativité comme le petit Jésus ou les rois mages, et le collectionneur, qui recherche des personnages moins connus ». « En général, les gens en achètent deux ou trois, ou un par enfant. Mais il y a de vrais passionnés. Hier, une dame a acheté pour 600 euros de santons ! » raconte Karine Jeannin. L'entreprise Marcel Carbonel emploie 35 personnes, dont 15 peintres professionnels. « Ce sont eux qui sont les plus difficiles à trouver » précise Jacques Vitali, associé Carbonel, car « c'est un travail difficile qui demande d'être vraiment passionné ».

Une inscription au patrimoine immatériel de l'UNESCO ?

Face à la concurrence des santons vendus à bas prix sur des sites internet chinois, les fabricants de santons de Provence ne sont pas vraiment inquiets. « Nous savons que notre savoir-faire artisanal est reconnu et apprécié des Français » explique Denis Muniglia. Pour lui, les Français achèteront toujours des santons : « Ça leur fait plaisir, ça représente tous les vieux métiers traditionnels qui ont pour la plupart disparu. Et puis, il faudra toujours remplacer ceux que le chat a cassés ! ».

Aujourd'hui, avec Internet, il est plus facile de toucher un public très large et de vendre dans toute la France. Les fabricants ont donc développé leurs sites web. Mais ils ont tout de même dû innover autrement ces dernières années : « On a créé d'autres tailles de santons beaucoup plus grandes, on a ajouté des nouveaux personnages ou des nouvelles couleurs » rapporte Denis Muniglia. « On est aussi très portés sur les demandes de santons personnalisés, qui ont beaucoup de succès » ajoute-t-il.

Les santonniers de Provence souhaitent que leur travail soit reconnu officiellement : « Nous avons créé une association pour obtenir une IG, une indication géographique. C'est un label d'État homologué par l'Institut national de la propriété industrielle (INPI). On espère l'avoir pour début 2023 » confie Denis Muniglia. Ce label protégera les santonniers provençaux de la concurrence déloyale à laquelle certains s'adonnent en produisant à l'étranger. « Nous avons des problèmes avec des petits malins qui font leurs santons en Tunisie, où la main-d'œuvre est moins chère » explique Michel Bouvier. À terme, Denis Muniglia et lui espèrent même faire entrer la Foire aux santons de Marseille au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO. « Ç a, ça prendra plus de temps. Il faut que ce soit une institution publique comme la région qui présente le dossier. Ce ne sera pas avant plusieurs années. Mais on a des projets ambitieux » conclut-il.

À Sceaux, la foire est ouverte

En ce moment et jusqu'au 12 décembre, la 40 ème Foire aux santons et crèches de Provence a lieu à Sceaux, dans les Hauts-de-Seine. « En termes de durée et d'exposants présents, elle est la deuxième foire de France, la première étant celle de Marseille, où le santon est né » nous apprend Michel Bellon, le président de l'Association des Méridionaux de Sceaux. La foire se tient dans l'ancienne mairie. On y trouve une dizaine de santonniers provençaux... mais pas que. Les plus connus, comme Carbonel, Fouque ou Arterra, sont au deuxième étage. Au premier, les enfants (ou les plus grands) peuvent fabriquer leur propre santon artisanal dans un atelier animé par une professionnelle.

En face, un stand un peu différent : des santons d'un autre continent. « Ce sont des santons burkinabés ! » précise Daniel Pasquali, membre de l'Association scéenne d'amitié africaine (Asama), reconnue d'utilité publique. Il expose des crèches et des santons en pierre saponite, ainsi que différentes petites sculptures en cuivre ou en bois pour garnir les crèches. « Tout cela est directement ramené du Burkina Faso par les bénévoles de l'association » ajoute-t-il. Avec l'argent récolté, l'Asama contribue, entre autres, aux frais de scolarité et de cantine de 2000 élèves dans 5 villages. « L'emplacement nous est offert par la mairie et les santonniers » témoigne Jean-François Rangan, le président de l'association, « je leur en suis très reconnaissant ».

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