Crise des assurances habitation : certains biens deviennent-ils inassurables ? / iStock.com - Andrii Yalanskyi
Les ménages aux revenus modestes en première ligne
Alors que la souscription à une assurance multirisque est une obligation légale, le nombre de Français sans protection a été d'environ 1,7 million en 2025, portant le pourcentage de non-assurés à environ 2,5 % des occupants de résidences principales. Les tarifs en hausse d'environ 13 % depuis 2020 (dont 7,2 % récemment), notamment sur certaines zones à risque élevé, constituent le facteur principal de ce renoncement à s'assurer. Cette tendance inflationniste est multifactorielle : catastrophes naturelles plus fréquentes (inondations, tempêtes, feux de forêt…), dégradation des logements due au réchauffement climatique, augmentation du coût des réparations liée à l'inflation des matériaux, règlementation renforcée sur la sécurité et la prévention… Les assureurs sont soumis à une équation complexe : tenir compte de ces risques dans le calcul de leurs primes tout en restant compétitifs. Les ménages aux revenus modestes ont du mal à absorber ces hausses tarifaires, et certains font le choix de ne pas renouveler leur contrat d'assurance. Les conséquences d'un défaut d'assurance habitation sont pourtant majeures : non-indemnisation du sinistre (avec des conséquences financières importantes), mais aussi résiliation du bail et non-indemnisation par l'assurance des dommages causés aux tiers. Un sinistre non assuré peut donc aggraver notablement la situation d'un ménage déjà fragile socialement et financièrement. Pour remédier à ce risque collectif, certaines municipalités (dont Paris, Grenoble et Lille) ont mis en place des systèmes d'assurance à bas coût, sur critères sociaux, pour aider les publics les plus vulnérables.
L'impact sur les communes : des disparités régionales
En 2024, les événements climatiques sur le territoire ont coûté plus de 5 milliards d'euros aux assureurs (pour la période 1982-1989, le coût ne dépassait pas une moyenne de 1,5 milliard par an). Entre 2023 et 2024, les litiges liés aux sinistres climatiques ont été multipliés par 5, et aucune amélioration n'est en vue puisque, selon les évaluations, la facture des sinistres est susceptible de doubler d'ici 2050. Certains territoires sont exposés plus que d'autres au changement climatique et risquent de devenir inassurables. La région PACA est particulièrement touchée, avec un nombre record de sinistres liés à la sécheresse et aux tempêtes, tandis que la Bretagne est la région la moins impactée. Le coût des primes est directement lié à ces différences de risque, avec un tarif moyen annuel de 254 € pour la région PACA et de 175 € pour la Bretagne. Au même titre que les particuliers, les communes sont également concernées par la tendance générale. Depuis près de trois ans, elles ont observé une multiplication de leurs primes d'assurance par 2 à 4, avec une baisse des garanties et un risque de résiliation unilatérale de contrats par les assureurs. La SCET, filiale de la Caisse des dépôts spécialisée dans le conseil aux collectivités, évalue à 5 100 le nombre de municipalités qui cumulent une exposition aux risques climatiques et une situation financière difficile. Après avoir été exclues de l'assurance sans justification systématique ni délai suffisant, certaines ne parviennent pas à trouver de nouvel assureur, faute de réponse aux appels d'offres. Pour pallier ce risque grandissant, la SCET prône la création de systèmes d'auto-assurance qui permettraient aux collectivités de se constituer une réserve pour financer les sinistres éventuels. Une cellule d'accompagnement des collectivités, encadrée par le médiateur des assurances, a par ailleurs été mise en place en avril 2025 par le gouvernement.
Vous devez être membre pour ajouter un commentaire.
Vous êtes déjà membre ? Connectez-vous
Pas encore membre ? Devenez membre gratuitement