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Valéry Giscard d’Estaing : le modernisateur
information fournie par Le Particulier pour BoursoraMag04/12/2020 à 14:08
Temps de lecture: 6 min

Valéry Giscard d’Estaing est décédé le 2 décembre 2020. crédit photo : Crédit photo : Kleinschmidt / MSC (creative commons)

Valéry Giscard d’Estaing est décédé le 2 décembre 2020. crédit photo : Crédit photo : Kleinschmidt / MSC (creative commons)

Décédé des suites de la Covid19, Valérie Giscard D'Estaing s'est éteint à l'âge de 94 ans. Président de la République de 1974 à 1981, il contribua à faire entrer la société française dans la modernité au travers de nombreuses réformes dont la libéralisation de l'interruption volontaire de grossesse. Le monde entier salue aujourd'hui sa mémoire.

Le surdoué

Il était avant Emmanuel Macron, le plus jeune président que la France n'ait jamais élu. Valéry Giscard d'Estaing est mort dans la nuit du 2 décembre 2020 à l'âge de 94 ans. L'ancien chef de l'État avait déjà été hospitalisé à l'hôpital Georges Pompidou, à Paris, pour «une légère infection aux poumons» en septembre 2020, puis de nouveau en novembre 2020 pour une insuffisance cardiaque. Lui qui, en 2017, aura été le Président de la République ayant vécut le plus longtemps, décède des suites de la Covid-19.

Issu d'un milieu bourgeois, VGE nait en 1926. Son père, Edmond Giscard, devenue Giscard d'Estaing en juin 1922, est inspecteur des Finances, économiste et membre de l'Institut de France. Sa mère, May Bardoux, est la fille de l'homme politique Jacques Bardoux, ex-ministre de l'instruction publique sous la IIIème République. Ce patrimoine culturel l'enrichit dès le plus jeune âge.

Giscard n'est pas un enfant comme les autres. Doté d'une remarquable intelligence, il devient double bachelier à 15 ans. Polytechnicien à 18 ans, il sera affecté au 2eme régiment de dragons en 1944. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il combat en France, en Allemagne et participe à la Libération de Paris. Sa bravoure lui vaut une Croix de guerre.

En 1948, il intègre l'ENA et entre en politique dès 1954, au cabinet d'Edgard Faure puis devient député en 1956 avant d'être nommé secrétaire d'Etat au budget en 1959 et ministre des finances en 1962. Rien ne semble arrêter l'ascension fulgurante du jeune Giscard, dont la culture et l'intelligence impressionnent tous ceux qu'il croise.

Giscard à la barre

A la suite du décès de Georges Pompidou en 1974, Giscard décide de se lancer à la conquête du pouvoir. De Gaulle l'avait remercié en 1965, brisant ainsi son ascension, et l'homme ne l'avait jamais digéré. La rancune est l'un des traits de caractère que l'on retrouvera longtemps dans sa carrière politique. Inspiré par le président américain John Fitzgerald Kennedy, VGE se lance dans une campagne folle. Posant avec sa fille sur des affiches.

Sillonnant les routes de France en voiture. Il se veut proche des Français et dégage, du haut de son mètre quatre-vingt-neuf, une formidable énergie. Giscard au foot. Giscard sous la douche. Giscard au tennis. Giscard au ski. Le futur président est conscient de l'image élitiste qu'il renvoie et se sert du sport pour se rapprocher du Français moyen. C'est, de l'avis des spécialistes, la première campagne présidentielle dont la stratégie de communication est savamment pensée.

Lors du débat du second tour contre François Mitterrand, il cloue sur place le leader du Parti Socialiste en deux répliques devenues célèbres. «Vous êtes un homme du passé monsieur Mitterrand (…) je ne peux pas parler de l'avenir avec vous. On a l'impression que l'avenir, ça ne vous intéresse pas.» Ainsi que le classique «Je trouve toujours choquant et blessant de s'arroger le monopole du cœur. Vous n'avez pas le monopole du cœur, monsieur Mitterrand». Le 27 mai 1974, la France se laisse séduire et élit Valéry Giscard d'Estaing à la tête du pays faisant de l'homme de 48 ans le plus jeune président de la Vème République à l'époque.

L'homme moderne

Dans son hommage, Boris Johnson, l'actuel premier ministre de Grande-Bretagne, a tenu à saluer «un grand modernisateur», à juste titre. Dès 1974, VGE fait basculer la société française dans la modernité. Les réformes se multiplient. Ouverture du gouvernement à des personnalités de la société civile comme les journalistes Jean-Jacques Servan-Schreiber puis Françoise Giroud. Ralentissement du rythme de la Marseillaise. Déplacement du défilé du 14 juillet des Champs-Élysées à Bastille-République. Majorité à 18 ans. Divorce par consentement mutuel. Loi sur la libéralisation de l'avortement, adopté grâce aux voix de la gauche. Création du musée d'Orsay. Les éboueurs viennent petit-déjeuner à l'Elysée. Giscard va voir les prisonniers de Lyon. VGE et sa femme Anne-Aymone s'invitent à diner chez les Français. Hausse des impôts sur les sociétés et les plus gros contribuables. Giscard frappe vite et fort. Les conservateurs sont pris de court. C'est la «société libérale avancée».

Mais le président est rapidement rattrapé par les conséquences du choc pétrolier de 1973. Son plan de lutte contre l'inflation et les nombreuses mesures d'économie d'énergie pour faire face à la pénurie de pétrole n'empêchent pas le taux de chômage de grimper continuellement en France et en 1975, le cap du million de chômeurs est franchi. Le président investit alors le terrain européen et crée avec le chancelier allemand Helmut Schmidt le Conseil européen. Ses dons d'économistes sont mis à contribution. C'est lui qui lance les bases de l'écu, l'unité de compte européenne qui ouvrira la voie à l'euro. Lui aussi qui convainc ses partenaires de faire élire au suffrage universel, en 1979, le Parlement européen. Lui toujours qui soutiendra et obtiendra que le premier président de cette institution… soit une présidente. Madame Simone Veil.

Le temps des affaires

Si les années Giscard sont synonymes de progrès, elles riment également avec les scandales, en grand nombre, qui émaillent le septennat du Président. L'affaire des diamants de Bokassa, celle des avions renifleurs, la mort mystérieuse de Robert Boulin… autant d'événements qui écornent l'image du Président de la République, sans oublier les nombreuses liaisons qui lui sont imputées depuis l'affaire du camion de laitier. De Marlène Jobert, à Brigitte Bardot, en passant par Martine Denguiadé, la femme de l'empereur de Centrafrique Jean-Bedel Bokassa ou encore Marie Laforêt, on ne compte plus le nombre de partenaires connues du tout Paris qui auraient fréquenté la couche de celui que l'on surnomme «Valéry Folamour», comme le raconte l'historien Jean Garrigues dans son livre Une histoire érotique de l'Élysée.

Des sources proches du «Châteaux», insistent auprès des journalistes sur les comportements monarchistes de Giscard D'Estaing. Ses safaris africains font scandale. Si en 1980, il jouit encore d'une popularité de près 53%, le désamour avec les Français est là. Jacques Chirac, son ancien Premier ministre, qui démissionne avec fracas en 1976, est bien décidé à lui barrer la route pour un second mandat en se présentant à l'élection présidentielle de 1981. S'il n'atteint pas le second tour qui voit de nouveau s'affronter Giscard et Mitterrand, il se garde bien de donner une consigne de vote claire ce qui, pour VGE constituera un coup de poignard qu'il ne pardonnera jamais à l'ancien président, aujourd'hui lui aussi décédé. La suite est connue de tous. Mitterrand l'emporte au second tour et devient le premier Président de la République socialiste. Giscard lui, quittera le palais présidentiel sous les huées des Français.

L'hyperactif

L'ex-président de la République, retraité à seulement 55 ans, entame une fin de carrière en demi-teinte. Après un épisode dépressif, Giscard repart en campagne. Au volant de sa Peugeot verte, il sillonne les routes du Puy-de-Dôme et est élu en 1983 conseiller général dans la région, puis député du Puy-de-Dôme l'année qui suit. Il conserve son siège jusqu'en 1997.

Dans le même temps, VGE accède au poste de Président du Conseil régional d'Auvergne, qu'il occupe de 1986 à 2004. En 2003, l'Académie Française l'accueille et fait de lui un Immortel. Durant cette période il crée le parc d'attraction Vulcania afin de redynamiser la région. Il consacre toute son énergie à la rédaction de la Constitution de l'Union européenne en devenant le Président de la Convention européenne chargée de préparer ce projet. Mais en 2005, les Français rejette le texte, soumis à référendum.

Petit à petit, la France oublie son ancien Président, tout en lui conservant une grande affection. Une enquête réalisée par l'institut BVA en 2014 indique que 64% des Français estiment que Valéry Giscard d'Estaing a été un bon Président de la République. Ses interventions se raréfient aux fils des années. Les maladies surviennent. Ces derniers mois, l'ex Président multipliait les allers-retours à l'hôpital. C'est au cœur de la nuit qu'il s'est éteint à pas feutrés, solennel et digne, sans avoir eu le temps cette fois de nous adresser un dernier «Au revoir».

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