(Actualisé §4-5 et §9)
par Timour Azhari et Mohammed Ghobari
Les forces armées gouvernementales yéménites ont annoncé lundi avoir lancé une "offensive stratégique" sur Sanaa, la capitale du Yémen, afin de reprendre le contrôle de la ville aux mains des rebelles houthis pro-iraniens.
Les forces gouvernementales yéménites, soutenues par l'Arabie saoudite, se sont également emparées lundi de positions clés dans le détroit de Bab el-Mandeb, ont indiqué des sources militaires et gouvernementales, alors que les Houthis ont avancé le mois dernier vers cette voie navigable stratégique.
Une grande partie du district de Dhoubab, qui surplombe Bab el-Mandeb, est désormais sous le contrôle de l'armée yéménite, grâce à un soutien aérien massif de la coalition dirigée par l'Arabie saoudite, ont déclaré à Reuters trois sources militaires et une source gouvernementale.
Le ministre yéménite de l'Information, Moammar al-Eryani, a précisé à Reuters que l'armée gouvernementale s'était emparée de la piste d'atterrissage de Dhoubab.
Située sur le littoral occidental, Dhoubab abrite une base militaire à une trentaine de kilomètres du détroit de Bab el-Mandeb, verrou vers la mer Rouge. Une source militaire gouvernementale affirme toutefois que des combats se poursuivent dans et autour de la base où se trouve la piste d'atterrissage.
Dimanche, le président yéménite, Rachad al Alimi, a annoncé le lancement d'une vaste opération militaire visant à reprendre le contrôle des territoires occupés par les Houthis.
Les Houthis contrôlent la capitale depuis 2014, ainsi qu'une grande partie du nord-ouest du pays, où vit la majeure partie de la population.
Les médias proches des Houthis avaient auparavant nié toute progression des forces gouvernementales dans la région.
Le ministère houthiste de la Santé a fait état de deux morts et sept blessés dans des bombardements de l'armée gouvernementale sur Sanhan et Sa'wan, dans la province de Sanaa.
Les combats font rage depuis des semaines sur plusieurs fronts au Yémen, alors que la guerre civile, globalement latente depuis 2022, a regagné en intensité avec le conflit entre les États-Unis et l'Iran.
Les Houthis ont notamment entrepris de prendre le contrôle du détroit stratégique de Bab el-Mandeb, et ont lancé plusieurs attaques contre l'Arabie saoudite - alliée des Etats-Unis - et en mer Rouge depuis leur annonce en juillet dernier d'un blocus maritime des ports saoudiens.
Alors que les exportations énergétiques du Golfe sont déjà limitées par la fermeture du détroit d'Ormuz par l’Iran, les combats au Yémen menacent cette autre voie énergétique majeure, ce qui a fait grimper les prix mondiaux et fait naître de nouveaux risques.
L’Arabie saoudite, qui arme et forme les forces yéménites, soutient la campagne militaire du gouvernement (en exil à Aden)par sa puissance aérienne et a sollicité l’aide logistique de ses alliés pour repousser les Houthis, rétablir la libre circulation en mer Rouge et mettre fin aux attaques sur son territoire.
COMBATS VIOLENTS SE DÉROULENT DANS LE SUD-OUEST DU YÉMEN
Les combats les plus violents ces derniers jours ont eu lieu dans le sud-ouest du Yémen, tant dans la zone côtière près du détroit de Bab el-Mandeb qu'autour de la ville de Taïz, dans le sud-ouest, où les Houthis tentent d’encercler les forces gouvernementales.
Une agence de presse contrôlée par le groupe rebelle a cité lundi une source militaire affirmant que les Houthis avait chassé les forces gouvernementales du district d’al-Mawasit, dans la province de Taïz, et avait atteint une résidence de Rachad al Alimi.
Au cours du week-end, les Houthis ont progressé sur la dernière route reliant Taïz à Aden.
La prise de contrôle par les Houthis de la route de Taïz-Aden entraînerait un siège de fait de Taïz, troisième plus grande ville du Yémen, où vivent des centaines de milliers de civils et où sont également stationnés des milliers de soldats des forces gouvernementales.
La ville revêt une importance qui ne tient pas uniquement à sa position stratégique : le président yéménite Rachad al Alimi est originaire de cette région et le siège de Taïz exacerberait une situation humanitaire déjà désastreuse dans le pays.
La famine au Yémen s'aggrave, avec un nombre record d'habitants incapables de subvenir à leurs besoins alimentaires, a déclaré vendredi le Programme alimentaire mondial (PAM).
Le conflit au Yémen a éclaté après la prise de Sanaa par les Houthis en 2014, ce qui a poussé une coalition menée par l’Arabie saoudite à intervenir l’année suivante pour rétablir le gouvernement et chasser le groupe soutenu par l’Iran.
Les combats se sont rapidement enlisés dans une impasse sanglante, la plupart des lignes de front étant bloquées. Un cessez-le-feu conclu en 2022 s'est maintenu jusqu’à l'été dernier.
(Reportage Timour Azhari, Mohammed Ghobari, Jana Choukeir, Menna Alaa El-Din ; rédigé par Angus McDowall ; version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)

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