Jacques Boncompain, président de l'Association pour défendre la mémoire du Maréchal Pétain (ADMP) lors de son procès devant le tribunal correctionnel de Verdun, le 4 mars 2026 dans la Meuse ( AFP / Jean-Christophe VERHAEGEN )
Une amende de 5.000 euros a été requise mercredi à Verdun à l'encontre de l'organisateur d'une messe en hommage à Philippe Pétain, poursuivi pour "contestation publique de crime contre l'humanité" pour avoir affirmé que le chef du régime de Vichy avait "sauvé" des juifs.
À l'issue des débats, le tribunal correctionnel a mis sa décision en délibéré au 20 mai, à 14 heures.
À la barre, Jacques Boncompain, président de l'Association pour défendre la mémoire du Maréchal Pétain (ADMP), a insisté sur l'aspect selon lui "insupportable" de cette convocation. "Rendez-moi mon honneur!", a lancé aux juges le prévenu de 84 ans aux cheveux blancs.
Le 15 novembre, à la sortie d'une messe qu'il avait organisée en hommage au maréchal Pétain dans une église de Verdun, il l'avait qualifié de "plus grand serviteur de la France du XXe siècle".
L'événement avait réuni une centaine de manifestants venus s'opposer à cet hommage, ainsi que de nombreux journalistes dont les caméras avaient enregistré les propos litigieux.
Pendant la Seconde guerre mondiale, Pétain "a sauvé, devant témoins je peux le dire, au moins 700.000 juifs", avait ainsi déclaré le vieil homme, selon une vidéo mise en ligne par le journal L'Est républicain.
Une pile de livres à côté de Jacques Boncompain, président de l'Association pour défendre la mémoire du Maréchal Pétain (ADMP) lors de son procès devant le tribunal correctionnel de Verdun, le 4 mars 2026 dans la Meuse ( AFP / Jean-Christophe VERHAEGEN )
Fustigeant une "forme de négationnisme et de révisionnisme historique et judiciaire", la procureure de la République Delphine Moncuit a estimé que M. Boncompain avait voulu remettre en cause une "vérité historique et juridique établie" afin d'"exonérer le régime de Vichy" de son rôle dans la déportation des juifs de France.
Compte-tenu du casier judiciaire vierge du prévenu, de son grand âge, de ses problèmes de santé et d'une expertise psychiatrique ayant montré une "altération de son discernement", elle a requis 5.000 euros d'amende.
Pendant quatre heures, de nombreux débats historiques ont retenti au sein de la salle d'audience baptisée Georges Blume, du nom d'un greffier né à Verdun et mort déporté en 1944, comme l'a soulevé dans sa plaidoirie Me Julien Bensimhon, avocat de la Licra et de l'Observatoire juif de France.
- Thèse minoritaire -
Ni M. Boncompain, ni les deux témoins cités par la défense, n'ont nié ou contesté les propos litigieux. Ils les ont au contraire justifiés, citant quatre historiens qui soutiennent la thèse minoritaire selon laquelle Philippe Pétain aurait "protégé les juifs français". Une vision pourtant dénuée de tout fondement, selon de nombreux autres historiens.
Me Julien Bensimhon, avocat de la Licra et de l'Observatoire juif de France, s'adresse aux médias au tribunal correctionnel de Verdun, le 4 mars 2026, à l'issue du procès du président de l'ADMP (Association pour la défense de la mémoire du maréchal Pétain), Jacques Boncompain ( AFP / Jean-Christophe VERHAEGEN )
"Quand on vient dire que 700.000 Juifs ont été sauvés, on nie complètement l'existence des 80.000" qui sont morts durant la Seconde Guerre mondiale, a souligné Me Bensimhon, qui a appelé le tribunal "à faire preuve d'exemple", alors que l'antisémitisme augmente dangereusement et que "les derniers survivants de la Shoah sont en train de mourir".
"Le fascisme arrive" en Europe et en France, a renchéri Me Emmanuel Ludot, avocat d'enfants de déportés, pour qui le prévenu "surfe sur (cette) vague".
"La défense nie une réalité", a aussi regretté Me Pierre Brunisso, représentant de la Ligue des droits de l'Homme.
Pierre Brunisso, avocat de la Ligue des droits de l'homme (LDH), s'adresse aux médias au tribunal correctionnel de Verdun, le 4 mars 2026, à l'issue du procès du président de l'ADMP (Association pour la défense de la mémoire du maréchal Pétain), Jacques Boncompain ( AFP / Jean-Christophe VERHAEGEN )
En défense, Me Frédéric Pichon a regretté cette comparution: pour lui, un "vieillard leucémique" a été "traîné" en justice face à "une foule de parties civiles venues pour toucher le jackpot".
"Personne ne conteste la Shoah" ni l'ensemble des crimes commis durant la Seconde Guerre mondiale, a insisté l'avocat, pour qui "il n'y a pas une once de méchanceté dans cet homme, qui n'a jamais fricoté avec l'extrême droite" et ne s'est intéressé à Pétain que "dans les dix dernières années de sa vie".
Surnommé "vainqueur" de la bataille emblématique de Verdun en 1916, Philippe Pétain prit en 1940 la tête du régime de Vichy qui collabora avec l'Allemagne nazie. Il a été frappé d'indignité nationale en 1945 et condamné à mort, une peine commuée en prison à vie par le général de Gaulle. Il est mort en détention sur l'île d'Yeu en 1951.

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